Al-Ahram Hebdo, Egypte | La loi cherche sa voie
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2008, numéro 696

 

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Egypte

Greffe d’Organes . Un projet de loi encadrant et légalisant la pratique est actuellement en débat au Parlement. De quoi faire ressurgir la polémique éthique entamée il y a 10 ans.

La loi cherche sa voie

La commission de la santé à l’Assemblée du peuple a repris cette semaine ses discussions sur le projet de loi sur la transplantation d’organes. Un sujet qui fait l’objet d’une polémique médicale, éthique et religieuse depuis plus d’une décennie : ses défenseurs estiment qu’elle constitue une solution au problème du trafic d’organes, tandis que ses pourvoyeurs pensent que ce projet de loi va simplement légitimer cette pratique.

Le projet a été accepté « dans son principe » par les membres de la commission et le gouvernement serait déterminé cette fois à faire passer la loi lors de l’actuelle session parlementaire. Le président de l’Assemblée du peuple, Fathi Sourour, estime que ce projet de loi s’inscrit dans l’intérêt des patients qui n’ont pas les moyens de se faire opérer à l’étranger, et mettra fin à l’exploitation des plus démunis qui trouvent dans la vente de leurs organes un moyen de survie.

Car depuis des années, le trafic d’organes prospère dans le pays par l’intermédiaire d’un réseau clandestin travaillant pour le compte de certains hôpitaux et centres médicaux privés. Un documentaire filmé par une ONG a montré que 40 jeunes Egyptiens avaient vendu un de leurs reins en 2006 à des personnes venues des pays du Golfe.

« La promulgation de cette loi devient une urgence. Le nombre de malades souffrant d’insuffisance rénale et hépatique est en augmentation continue. Il suffit de noter que 30 % des Egyptiens souffrent des maladies hépatiques, dont 10 % ont besoin de transplantation », affirme Hamdi Al-Sayed, président de la commission et du Syndicat des médecins. Très enthousiaste sur le projet de loi, il appelle les opposants à cesser leur polémique « stérile » qui place l’Egypte en retrait par rapport à bien d’autres pays. « 18 pays islamiques, dont l’Arabie saoudite, autorisent la greffe d’organes depuis des années, alors que l’Egypte reste plongée dans cette guerre de définitions religieuses et médicales de la mort », dénonce encore Al-Sayed. Des avis religieux ont été déjà émis en faveur de la transplantation d’organes par Al-Azhar et Dar Al-Iftaa (la maison des fatwas), mais sans mettre fin à la polémique.

Le projet de loi prévoit des peines allant jusqu’à 10 ans de prison et une amende de 10 à 50 000 livres contre toute personne s’impliquant dans des affaires de trafic d’organes. Le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, réclame quant à lui une peine de prison à vie et une amende de 500 000 livres.

La loi prévoit également la création d’un organisme central dépendant du ministère de la Santé pour définir les critères auxquels doivent répondre les hôpitaux où ce genre d’opérations est effectué, recevoir les organes destinés aux greffes et dresser les listes des personnes en attente de greffe. L’idée est de contrôler le processus tout en évitant le contact direct entre le donateur et le patient, explique Al-Sayed.

Toujours selon le projet de loi, la mort clinique du donateur doit être confirmée par un comité formé de 5 médecins spécialistes. Un testament écrit par le patient lui-même ou par un membre de sa famille est également obligatoire avant de procéder à l’opération.

Mais ces garanties et restrictions n’ont pas empêché certains députés, voire certains médecins, d’aller encore plus loin dans leur refus. Ceux-ci craignent que la loi ne légitime ce qui se faisait jusqu’ici, notamment le trafic d’organes. Le député Heidar Boghdadi refuse donc ce projet de loi qui « contredit les principes de la religion, de l’humanité et la Constitution ». Dans la guerre juridique qu’il entend mener contre ce projet de loi, Boghdadi se référera à des décisions du Conseil d’Etat et de la Haute Cour constitutionnelle datant des années 1990 et qui, selon lui, criminalisent la transplantation d’organes.

« Loin du débat religieux et médical, cette loi ouvrira la porte au trafic d’organes. Non seulement parce que les peines sont peu dissuasives, mais surtout parce qu’il n’existe pas chez nous en Egypte de mécanismes pour s’assurer de la transparence de la procédure et empêcher la corruption », estime Boghdadi. Il trouve également que l’intégration des hôpitaux et des centres médicaux privés dans ce domaine soulève de nombreuses craintes. « Si un hôpital privé possède des organes, décidera-t-il de les donner à ceux qui en ont le plus besoin ou à ceux qui peuvent payer plus ? », se demande le député.

 

Affaires d’escroquerie

La suspicion des Egyptiens envers le corps médical est nourrie par divers incidents de négligence qui souvent coûtent la vie à des patients, sans compter des affaires d’escroquerie dans le domaine de la transplantation d’organes qui ont été récemment dévoilées par les médias. Sayed Zakariya, ouvrier égyptien, est récemment apparu à la télévision pour raconter son drame. « Une personne est venue me parler dans un café pour me proposer un travail en Arabie saoudite. Mais avant, je devais faire des analyses. C’est alors qu’on m’a annoncé que je souffrais d’un calcul rénal et que je devais subir une petite opération ». C’est ainsi que Zakariya a perdu un rein à son insu, et que son ami de café n’était autre qu’un agent travaillant pour la mafia d’organes.

Le Dr Chérif Ezzat, neurologue, ne reconnaît pas le concept de mort cérébrale. « Il s’agit d’une invention pour justifier la greffe et le trafic d’organes. Je trouve les arguments de Hamdi Al-Sayed infondés. Il est bien placé pour savoir que la mort clinique est une notion très controversée et représente un avis et non pas une vérité scientifique. Le fait que d’autres pays l’adoptent ne suffit pas pour l’adopter ».

L’Association égyptienne de déontologie médicale a, de son côté, récemment publié un rapport mettant en garde contre la légalisation de la transplantation d’organes. Le rapport prend l’exemple de la Grande-Bretagne, où une loi très ferme et des procédures de contrôle strictes n’ont pas empêché la prolifération de commerçants d’organes. Visiblement, le débat est bien loin d’être tranché, même si la promulgation de la loi semble imminente.

May Al-Maghrabi

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