Al-Ahram Hebdo, Egypte | Vigilance défectueuse
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2008, numéro 696

 

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Egypte

Grippe Aviaire . Avec quatre nouveaux décès et 25 cas suspects en une semaine, le virus H5N1 a de nouveau frappé, mettant en lumière l’échec des efforts de sensibilisation à la maladie.

Vigilance défectueuse

Avec la récente mort de Hanem Atwa Ibrahim, 50 ans, dans le gouvernorat de Damiette, le bilan des victimes du virus H5N1 hautement pathogène s’élève à 19 depuis son apparition en Egypte. Mais le fait alarmant est qu’en moins d’une semaine, quatre nouvelles victimes ont été découvertes. 25 personnes suspectées de porter le virus ont par ailleurs été hospitalisées dans 5 gouvernorats (Sohag, Qéna, Qalioubiya, Daqahliya et Ménoufiya). S’agit-il d’une nouvelle progression de la maladie due aux flux des oiseaux migrateurs ? A priori non. Les tests effectués par les équipes des ministères de la Santé et de l’Environnement dans la zone de regroupement des oiseaux dans le Sinaï n’ont révélé aucun cas d’infection par la maladie. Il n’empêche qu’il est maintenant reconnu que le virus de la grippe aviaire est endémique en Egypte. « Ce rebondissement de la grippe aviaire ne peut s’expliquer que par un relâchement tant au niveau officiel que populaire. Les gens ont cru que le virus avait disparu, alors ils ont baissé de vigilance. L’élevage des volailles sur les toits des maisons et des immeubles a repris au moment où la campagne de prévention lancée par le gouvernement au début de la maladie a commencé à faiblir », explique Ibrahim Al-Kérdani, porte-parole en Egypte de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Apparu pour la première fois en février 2006, le virus H5N1 a fait une série de victimes avant de connaître une relative accalmie durant l’année 2007. C’est cette accalmie qui a favorisé l’atmosphère de relâchement qui a prévalu durant l’année écoulée. L’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avait noté, en juin dernier, que la lutte contre le virus H5N1 s’était nettement améliorée dans le monde, mais que la situation restait critique en Indonésie et en Egypte, où le risque de mutation du virus vers une forme contagieuse entre humains restait élevé. Or, les mesures de prévention de la maladie sont restées au ralenti. Un fait reconnu d’ailleurs par le ministère de la Santé qui annonce une relance de la campagne de prévention. « Toutes les mesures nécessaires ont été prises pour endiguer une éventuelle progression de la grippe aviaire », annonce Abdel-Rahmane Chahine, porte-parole du ministère. Le gouvernement multiplie en effet les campagnes dans les maisons et les fermes afin de vacciner les volailles. D’autre part, le commerce des volailles vivantes a été interdit et des dizaines de milliers de volailles saisies pour éviter toute contagion. Mohamad Al-Chaféï, vice-président de l’Union des producteurs de volailles, met cependant l’accent sur les failles de cette campagne. « Le gouvernement a autorisé les sociétés privées à importer les vaccins de l’étranger sans contrôle réel. Le résultat a été que ces sociétés ont importé des vaccins de mauvaise qualité », assure Al-Chaféï.

La sensibilisation est un autre facteur important. Pour mieux lutter contre la maladie, le gouvernement a besoin d’améliorer la qualité de sa campagne de sensibilisation. Selon Mahmoud Khalil, professeur de communication à l’Université du Caire, celle-ci a été inefficace. « Le contenu des messages qui ont été diffusés à la radio a été très faible. De plus, la campagne a baissé d’intensité. Ce genre de campagnes doit être préparé pour de longues périodes. De même, on ne peut expliquer le danger du virus de la grippe aviaire par des chansons. Il faut véhiculer un message ferme et sérieux et diffuser des documents filmés à la télévision », explique Khalil. Et de conclure : « Lorsque le virus est apparu pour la première fois en 2006, le gouvernement a utilisé les prédicateurs des mosquées et les prêtres pour sensibiliser la population quant aux dangers d’élever des volailles sur les toits d’immeubles ou dans les maisons. Toutes ces mesures se sont arrêtées » .

Ola Hamdi

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Les astuces pour échapper aux contrôles

Malgré la décision des autorités d’interdire la vente de volailles vivantes, ce commerce se pratique toujours de manière clandestine dans les quartiers populaires. Reportage à Hélouan, au sud du Caire.

Quartier de Hélouan au sud du Caire. La rue Bostan est connue pour le commerce de volailles. De petits magasins serrés les uns contre les autres sont disposés le long de cette rue étroite. Malgré la décision des autorités en février 2006 d’interdire la vente des volailles vivantes, le lieu grouille d’activité et les clients affluent sur les marchands.

Devant l’un des magasins, plusieurs clients ont pris place. « Je voudrais un kilo de filet de poulet », demande une jeune femme au vendeur. « Pardon madame, il n’y a pas de filet. Je n’ai que très peu de poules. Les ministères de la Santé et de l’Agriculture nous harcèlent avec leurs campagnes. Ils nous avaient pourtant fichu la paix quelque temps, mais à présent, ils reviennent en force. Mais revenez demain, je vous prépare votre filet », répond Mahmoud, le vendeur, qui semble très sûr que sa volaille est saine et ne contient aucune trace du virus H5N1, dit de la grippe aviaire. « La ferme qui me vend ces poules est vraiment bien. Les fournisseurs prennent toutes les précautions et les mesures de prévention pour garantir la qualité de leurs volailles. De plus, j’examine moi-même les bêtes avant de les acheter pour protéger mes clients et aussi mon commerce », assure le vendeur qui dit avoir hérité ce métier de son père. Mahmoud et les autres marchands de la rue ne semblent pas se soucier de la propagation du virus de la grippe aviaire, qui pourrait rendre leurs volailles dangereuses pour la santé. Ce qui les intéresse, c’est de contourner les campagnes d’inspection lancées par le ministère de la Santé. « La vente des volailles est mon seul métier. Je ne sais rien faire d’autre », affirme Mahmoud. Avec la mort la semaine dernière de quatre nouvelles victimes atteintes du virus H5N1 hautement pathogène, le gouvernement a décidé de fermer les marchés des volailles vivantes au Caire et dans les gouvernorats et d’instaurer un contrôle strict sur le transport des volailles. Le ministère de la Santé multiplie les campagnes d’inspection en vue de garantir l’application de ces décisions.

Cependant, le commerce des volailles continue de se faire clandestinement dans les quartiers populaires. « Pour ne pas perdre mes clients et aussi pour continuer à gagner ma vie, j’achète une petite quantité de volailles, car je ne veux pas attirer l’attention des services de santé », assure Mahmoud.

Les marchands de la rue Bostan ont recours à toutes sortes d’astuces pour échapper au contrôle des autorités. A l’entrée de la rue, ils ont posté une personne qui fait la vigie. La mission de celle-ci consiste à les prévenir immédiatement si les services municipaux arrivent sur les lieux. Dans ce cas, ils ferment rapidement leurs magasins. « L’autre jour, les services municipaux sont passés et ont trouvé l’un des magasins ouvert. Ils l’ont fermé et le vendeur, Gamal, a écopé d’une amende de 500 L.E. », raconte Oum Mohamad, habitant le quartier. Depuis cet incident, Gamal a demandé à ses employés de surveiller l’entrée de la ruelle pour repérer les véhicules des services de santé et ceux du ministère de l’Agriculture. Gamal, quant à lui, a décidé de cacher les volailles chez lui, dans l’immeuble où se trouve son magasin. Sa femme fait la sentinelle devant l’immeuble. Et lorsqu’un client se présente, elle prend vite la commande et disparaît à l’intérieur de l’immeuble. Puis, elle revient avec un paquet plein qu’elle remet au client.

Les habitants du quartier n’ont pas l’air de craindre le virus. « Les viandes rouges sont extrêmement chères et sont clairement au-dessus de mes moyens. Or, j’ai 4 enfants à nourrir », explique Ibrahim, l’un des habitants. « J’achète deux poulets à 25 L.E. tandis qu’un kilo de viande se vend à 35 L.E. Ils ont dit qu’une fois bien cuite, cette viande ne représente aucun danger », assure-t-il.

Si au début de la propagation du virus, la panique s’était emparée de la population, personne ne semble aujourd’hui craindre la maladie. « Les volailles malades sont différentes des volailles saines. On les reconnaît facilement et on les exclut », assure Mohamad, vendeur. Quant à Fatma, habitant le quartier et mère de trois enfants, elle affirme que ses enfants « ne mangent que du poulet ». « J’achète mon poulet chez le même vendeur. Je suis sûre qu’il ne vend pas de la volaille atteinte du virus. Je sais aussi que le poulet bien cuit est sans danger ».

Le commerce des volailles de la rue Bostan continue donc de fleurir aux dépens de la vigilance des autorités, qui semblent dépassées l

O. H.

 




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