Subventions .
Le gouvernement a diminué son soutien au prix de vente du
mazout et du bitume, deux produits entrant dans l’industrie
de la construction. La décision s’inscrit dans un plan plus
global. Explications.
Le mazout et le bitume moins aidés
Après
l’essence, le gasoil et le gaz naturel en 2006 et 2007, le
tour du mazout et du bitume est venu. La première décision
économique du gouvernement en 2008 est en effet de diminuer
les subventions allouées à ces deux produits. Du coup, leur
prix a augmenté de 100 % : la tonne de chacune de ces deux
matières est passée de 500 à 1 000 L.E. Une source du
ministère du Pétrole ayant requis l’anonymat a révélé au
quotidien Al-Masri Al-Yom qu’il s’agit là probablement d’une
première étape d’un plan visant à augmenter le prix d’autres
produits pétroliers entre avril et juillet prochains. Selon
cette source, les produits candidats à la hausse sont le
gasoil et l’essence 90, 92 et 95 octane. Autant de mesures
qui pourraient bien se traduire par une nouvelle vague
d’inflation.
Déjà cette hausse des prix du mazout et du bitume a eu un
effet considérable sur le coût de production des matières de
construction, qui à leur tour sont vendues jusqu’à 30 % plus
cher. Le mazout est en effet incontournable pour la
production de briques et représente près de 50 % du coût de
production. De son côté, le bitume entre dans la production
d’isolants thermiques et hydrauliques ainsi que dans les
travaux de goudronnage. « De nombreux entrepreneurs ont
cessé leurs travaux de construction en attendant de voir
comment les clients allaient réagir à la hausse des prix et
s’ils sont prêts à payer la différence, car il s’agit d’une
augmentation considérable », annonce Aymane Abdel-Hakim,
entrepreneur. Le secteur de l’immobilier sera le plus
affecté par cette hausse des prix de l’énergie, étant donné
qu’elle coïncide avec une hausse des prix du fer à béton
(voir p 15). Les prix de l’immobilier risquent alors
d’enregistrer une hausse importante, même s’il est encore
trop tôt de savoir dans quelle mesure. Cependant, le boom
actuel de l’immobilier n’est pas menacé. « La demande sur
l’immobilier est liée aux classes les plus aisées. Les gens
qui achètent des maisons et des villas dans les nouvelles
résidences privées sont les mêmes qui achètent des biens
immobiliers sur la Côte-Nord, sans compter les Arabes du
Golfe », estime une analyste dans une grande institution
internationale qui a requis l’anonymat. En réalité, c’est
surtout le pouvoir d’achat des couches inférieures de la
classe moyenne qui est concerné : elles pourront être
affectées par une hausse probable du prix de l’électricité
vu que 30 % de la consommation nationale de mazout, soit
environ 3 millions de tonnes, est utilisée dans le secteur
de l’électricité. A la publication de cet article, il était
impossible de dire si la hausse des prix serait appliquée au
secteur de l’électricité ainsi qu’aux boulangeries, car la
décision a été prise selon un accord entre le ministre des
Finances, celui du Pétrole et celui de l’Industrie et du
Commerce, que le premier ministre a approuvé. Sans que le
ministre de l’Electricité ait été informé.
A vrai dire, la décision de réduire ces subventions
s’inscrit dans un plan plus global, annoncé à l’été 2007, et
à l’issue duquel le gouvernement souhaiterait voir ces
subventions complètement supprimées. Celles-ci représentent
aujourd’hui 55,7 milliards de L.E., soit le 1/5 des dépenses
publiques. Les deux tiers de cette somme sont allouées à
l’énergie. Or, les prix de plusieurs produits n’ont pas
évolué depuis de nombreuses années, alors que sur le marché
international, ils sont en hausse continue. Une situation
qui incite des économistes à se prononcer en faveur d’une
hausse des prix de l’énergie. « Il n’est pas logique que le
litre d’essence soit vendu au même prix qu’une grande
bouteille d’eau minérale », déplore la source qui a requis
l’anonymat. Cependant, les avis diffèrent sur la méthode
adoptée par le gouvernement pour arriver à ses fins. « Une
hausse si importante est susceptible de déstabiliser le
système de fixation des prix, alors qu’une hausse graduelle
aurait permis au marché d’agir sur un mode plus approprié »,
estime Samir Radwane, membre du conseil d’administration de
l’Organisme d’investissement. Un régulateur pourrait par
exemple empêcher commerçants et producteurs en position de
monopole de contrôler le marché à leur gré.
Marwa
Hussein