Pakistan .
En acceptant l’aide de Scotland Yard dans l’enquête sur le
meurtre de Benazir Bhutto, le président Musharraf cherche à
prouver son innocence pour garder les chances de son camp
lors des législatives du 18 février.
Musharraf joue l’apaisement
Après plusieurs jours de violences et de chaos politiques,
le président pakistanais, Pervez Musharraf, a pu ramener un
calme relatif dans un pays en ébullition suite à la mort
tragique de sa « fille chérie », Benazir Bhutto. Le chef de
l’Etat cherche surtout à se disculper de toute implication
dans l’assassinat de cette dernière. Les partisans de Mme
Bhutto persistent à qualifier Musharraf d’« assassin ». Pour
eux, il est le premier accusé car Bhutto avait affirmé, à la
veille de sa mort, qu’elle prouverait qu’il allait « truquer
» les élections pour se maintenir au pouvoir.
S’élevant contre le camp du président, le parti de Benazir
Bhutto a dénoncé, dimanche, les différentes versions des
autorités sur les causes du décès, après que le président
Pervez Musharraf eut admis qu’elle avait pu être tuée par
une balle tirée par l’homme qui l’a visée avant l’attentat
suicide. Jusqu’ici, les autorités estimaient qu’elle était
décédée d’une fracture du crâne en heurtant le toit ouvrant
du véhicule, alors qu’elle tentait d’esquiver les balles
d’un tireur, avant l’explosion de la bombe du kamikaze. « Le
régime change constamment sa position. Cela attise le doute
et le soupçon et donne crédit aux exigences du PPP (Parti du
Peuple Pakistanais) d’une enquête indépendante sous les
auspices de l’Onu », a déclaré le porte-parole du mouvement,
Farhatullah Babar. Le camp Bhutto et le PPP réclament depuis
dix jours une enquête des Nations-Unies, sur le modèle de
celle mise sur pied pour l’assassinat de l’ex-premier
ministre libanais Rafic Hariri en 2005, ce qui est quasiment
impossible car cela nécessiterait l’implication présumée
d’un pays tiers.
Rejetant une enquête onusienne, le président Musharraf a
toutefois accepté la venue de Scotland Yard cette semaine
pour diriger l’enquête sur la mort de Bhutto. Samedi, les
cinq experts ont commencé leur travail, en inspectant le
lieu de l’attaque. Mais il semble que leur tâche ne sera pas
facile à cause des fautes de procédures et des erreurs des
autorités. Islamabad s’était dit, pour la première fois,
ouvert à l’idée d’une aide étrangère dans l’enquête, à la
suite d’une proposition de la France et de l’Union
européenne transmise par le chef de la diplomatie française
Bernard Kouchner en visite au Pakistan. « Accepter
l’intervention de Scotland Yard est une tentative de la part
de Musharraf de prouver son innocence de toutes les
accusations qui le cernent. S’il accepte d’impliquer une
instance neutre comme le Scotland Yard, c’est-à-dire qu’il
n’a rien à craindre. C’est un jeu bien calculé car si son
innocence est prouvée, son parti gagnera lors des
législatives », analyse le Dr Hicham Ahmad, professeur à la
faculté d’économie et de sciences politiques à l’Université
du Caire.
Réfutant les accusations selon lesquelles il n’a pas assuré
la sécurité à son opposante, le président Musharraf a
affirmé fermement dimanche que Mme Bhutto était la seule
responsable de l’attaque qui lui a coûté la vie : « Pour
s’être levée hors de la voiture, je pense qu’elle est la
seule responsable. Personne d’autre. La responsabilité est
la sienne », ajoutant que son gouvernement avait fait tout
ce qu’il pouvait pour assurer la protection de Benazir
Bhutto. « Elle était menacée. Donc, elle a reçu plus de
sécurité que quiconque », a-t-il dit.
Reste l’enjeu le plus crucial, les législatives. Déjà, les
deux principaux mouvements de l’opposition — le Parti du
Peuple Pakistanais (PPP) de Mme Bhutto et la Ligue musulmane
du Pakistan-Nawaz (PML-N) de l’ex-premier ministre Nawaz
Sharif — ont décidé de prendre part au vote. Si l’opposition
remportait ces législatives, le pouvoir de Musharraf, de
plus en plus contesté, serait affaibli. Quel que soit son
résultat, le scrutin du 18 février est assez crucial car il
va dessiner le paysage politique de l’unique puissance
nucléaire avérée du monde musulman, un pays peuplé de 160
millions d’habitants et sur lequel les yeux du monde sont
braqués avec inquiétude, de crainte qu’il ne sombre dans le
chaos .
Maha
Chirbini