Patrimoine .
Des objets imités de l’Egypte Ancienne vendus aux enchères
dans la capitale britannique ont eu un grand succès
démontrant que le charme millénaire de la civilisation de la
Vallée du Nil ne dépare pas.
Les pharaons habitent Londres
Si
à l’exemple des films à la mode où il est question de momies
revenant à la vie ou bien du spectre d’un pharaon hantant
une maison moderne, un Ancien Egyptien qui reviendrait à la
vie dans certains appartements cossus de Londres ne serait
guère dépaysé. L’Egypte Antique, son art, ses bijoux, ses
meubles et son mode de vie passionnent jusqu’à présent non
seulement les Français, comme il est de coutume de le dire,
mais les Britanniques aussi. La vente aux enchères qui a eu
lieu mercredi dernier dans l’une des plus grandes salles
londoniennes, Bonhams, sous le titre de « Egyptian Revival »
(regain égyptien), en est une preuve. Si l’on connaît les
ventes d’articles égyptiens authentiques dont la sortie du
pays défraye la chronique et suscite des joutes oratoires, y
compris au niveau politique, cette dernière était consacrée
à des objets imités, mais si bien faits comme le soulignent
les pharaons qui ne les auraient pas désavoués.
Ce regain d’intérêt pour ce qui est pharaonique s’explique
aussi par le succès de l’exposition Toutankhamon qui se
tient actuellement à Londres. Le jeune roi qui suscite
imagination et fantaisie depuis la découverte de sa tombe
dans les années 1920 est remonté une fois de plus au trône.
D’ailleurs, la vente à Bonhams a été marquée par une brève
intervention de Lord et Lady Carnavon. Lord Carnavon est le
petit-fils du Lord de même nom qui a été le bailleur de
fonds de Howard Carter qui a révélé la tombe. «
L’inauguration de l’exposition de Toutankhamon à Londres
démontre une fois de plus que le charme de l’Egypte Ancienne
et de son héritage artistique persiste au XXIe siècle »,
souligne Madeleine Perridge, du département d’antiquités de
Bonhams et qui s’est occupée de cette vente. Celle-ci a
compris des sculptures et des œuvres d’art inspirées de
l’Ancien Empire, des œuvres d’art déco : bijoux, figurines
et céramiques. Des peintures, des aquarelles, des gravures
en rapport avec l’Egypte, des collections de photographie,
des livres. La plupart de ces objets bien que relativement
modernes donnent facilement l’impression qu’ils proviennent
d’une tombe pharaonique.
En
tête de liste, une impressionnante pièce dorée et polychrome
de l’époque de Napoléon III, incrustée d’ivoire et datant de
la XIXe siècle. Il y avait aussi une magnifique et élégante
tête de Néfertiti, un trône à l’exemple de celui de
Toutankhamon. Les prix varient entre 10 000 et 70 000
livres sterling. La vente, selon les spécialistes, a répondu
à tous les goûts et toutes les bourses. Elle a mis en valeur
ce goût pour un style à la mode dans les années 1920. Les
designers de mobilier ont commencé à copier les chaises et
les tabourets trouvés dans la tombe de Toutankhamon, ainsi
qu’une réplique fidèle du trône de Toutankhamon qui
d’ailleurs a été vendue à 6 000 sterling. Les figures
monumentales de dieux et de héros, des statues de bronze
d’un prêtre et sculptées au XIXe siècle et trois figures de
marbre de la jeune Antinoé qui s’est noyée dans le Nil
abandonnant son amoureux.
Mais les bijoux restent pour le public les objets les plus
exotiques de ce regain de passion, tout style art déco,
notamment une large collection de la fabrique allemande
Jakob Bengel datant de 1930 et mettant en relief l’œuvre
d’un designer qui fut à la mode Wilhem Wagenfeld.
D’une certaine manière, cette vente est une sorte de
contre-expérience comme le soutient le Financial Times. Elle
stimule l’imagination et des décorateurs et des acheteurs.
Les collectionneurs authentiques eux se concentrent sur les
artefacts de l’Egypte Ancienne et en cherchent les ventes
aux enchères. A l’heure actuelle, il y a beaucoup de
difficultés sur ce plan. Il y a des objets dérobés, d’autres
qui sont faux et on a vu de ce fait des dealers aller en
prison. Le commerce a perdu sa respectabilité.
Bonhams a été créée en 1793, c’est l’une des plus anciennes
et des plus importantes salles de ventes d’art et
d’antiquités. Elle s’est trouvée dans une affaire d’objets
égyptiens volés : ceux dérobés du musée de Maadi, il y a
quelques années. Elle n’était pas mise en cause, mais cela
démontre à quel point les ventes d’objets antiques et les
questions du patrimoine deviennent problématiques.
De toute façon, les pharaons n’auraient pas désavoué les
imitations vendues à Bonhams .
Ahmed
Loutfi