Al-Ahram Hebdo,Société | Des hommes d’affaires s’impliquent
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Société
Immigration Clandestine. Pour lutter contre ce problème, un groupe d’hommes d’affaires vient de lancer l’initiative « L’Egypte a besoin de ses enfants ». Ils proposent des offres d’emploi aux rescapés et aux familles des victimes. 

Des hommes d’affaires s’impliquent 

« A tous les rescapés ayant risqué leur vie pour atteindre l’autre côte dans une embarcation de fortune. A tous ceux qui ont rêvé d’un avenir ailleurs et ont voulu fuir. Aux milliers de familles de victimes ayant perdu un proche qui, dans sa tentative de traverser la mer clandestinement, a trouvé la mort. A eux seulement, nous offrons cette initiative. Voici une liste d’offres d’emploi que nous proposons à tous ceux qui ont perdu espoir et surtout leur foi en leur patrie. Car ces jeunes sont bien chers à l’Egypte ».

Tel est l’extrait d’un appel publié cette semaine dans le quotidien Al-Akhbar. Il s’agit d’une initiative intitulée Masr awla bewladha (l’Egypte a besoin de ses enfants) et qui vise à lutter contre le fléau de l’immigration clandestine en proposant des offres d’emploi aux survivants d’un voyage risqué en mer, ainsi qu’aux proches des victimes. L’initiative vient à un moment où les naufrages en mer ou les arrestation de jeunes Egyptiens sur les frontières européennes ne cessent de se multiplier.

D’ailleurs, près de 7 000 émigrants africains seraient morts en 2007. Au cours de cette même année, 1 700 jeunes ont tenté de traverser la mer pour se rendre en Europe. 150 d’entre eux ont trouvé la mort et 1 000 ont été rapatriés.

D’où est venue l’idée d’une telle initiative ? C’est en fait l’entreprise Orascom qui a fait le premier pas proposant à l’aube de 2008, 2 500 offres d’emploi destinés uniquement aux jeunes rescapés et aux proches des victimes. Ce n’est qu’une semaine plus tard que des dizaines d’hommes d’affaires ont décidé d’y contribuer proposant des milliers d’autres offres au sein de leurs entreprises.

En effet, tout a commencé lorsqu’une équipe de journalistes d’Al-Akhbar a décidé de faire une étude sur les raisons du départ de ces jeunes. En se rendant dans les villages touchés par ce fléau, ils se sont rendus compte que ces aventuriers voulaient surtout imiter des proches ou des amis issus du même village ayant fait fortune en Europe. Ce qui explique leur détermination à répéter l’expérience malgré les risques encourus au cours du voyage. « La plupart d’entre eux ne possèdent aucune éducation ni formation et sont prêts à tout pour partir. Ils sont éblouis par les histoires rapportées par leurs proches partis en Europe leur disant que leurs salaires pouvaient atteindre les 100 euros par jour. Mais ces jeunes ne se sont jamais demandé si ces histoires étaient réelles ou si leurs proches avaient travaillé au noir », explique Elham Aboul-Fath, vice-rédactrice en chef d’Al-Akhbar et responsable de l’initiative.

Des offres dans des usines, ateliers, hôtels, entreprises privées et clubs ont été proposées. Mais il fallait tout d’abord fournir à ces candidats la formation nécessaire pour exercer ces métiers. Une formation qui entre aussi dans ce projet. « Nous faisons tout pour que cette initiative prenne un aspect national. Nous avons reçu 12 000 demandes de travail. Beaucoup proviennent de personnes qui ne sont pas concernées par l’immigration clandestine. Ce qui prouve qu’il s’agit d’un vrai besoin de société. Ils nous ont répété : doit-on porter l’étiquette de rapatrié ou de rescapé pour faire parvenir nos voix et avoir une opportunité de travail ? », explique Elham Aboul-Fath.

Quant à la sélection des candidats, les responsables de cette initiative ont choisi de laisser cette mission à une société de recrutement pour éviter le piston. « Cette initiative ne peut pas être une solution au chômage. L’important pour nous était de réagir immédiatement, car nous ne supportions plus de voir mourir sous nos yeux de jeunes Egyptiens et rester les bras croisés ou de nous contenter d’avoir de la peine pour eux. Le secteur privé doit assumer ses responsabilités et aider le gouvernement à trouver des solutions efficaces aux problèmes de la société », explique Sabrine Al-Hossami, responsable des relations publiques à la société Orascom.

 

Ils y croient dur comme fer

Autre motif ayant poussé ces hommes d’affaires à réagir, c’est l’image de l’Egypte devant la communauté internationale. « Le sujet de l’immigration clandestine est toujours abordé lorsque nous assistons à des conférences à l’étranger. Le fait que l’Egypte soit l’un des pays les plus touchés par le phénomène nous affecte profondément. Nous avons pensé que notre rôle devait dépasser le fait d’aborder le sujet, le débattre dans des conférences ou en faire des recherches. Il fallait à tout prix réagir d’une façon plus concrète et plus positive », ajoute Sabrine.

Les candidats désirant exercer un des métiers proposés sont censés remplir le formulaire publié dans le quotidien Al-Akhbar ou envoyer leur CV par courrier électronique à la société de recrutement chargée de recevoir les candidatures.

Mais le plus difficile est de convaincre ces jeunes que les idées qu’ils se font du travail en Europe peuvent être de la pure illusion. Une mission presque impossible. « Dieu nous a ordonné de parcourir la Terre à la recherche du gagne-pain. Il vaut mieux être dévoré par les poissons que de voir ses enfants mourir de faim », dit Hendawi, originaire de Daqahliya et l’un des derniers rescapés sur les côtes turques. Hendawi a l’intention de refaire l’expérience et ne considère pas que de telles initiatives peuvent régler son problème. Car son rêve est bien plus grand et ses ambitions sont sans limites. Pourtant, il s’indigne contre la décision du mufti refusant de donner le statut de martyr aux victimes en les qualifiant d’avides. « Toute personne décédée pendant la quête de son gagne-pain n’est-elle pas un martyr ? Qu’il aille plutôt condamner les corrompus qui nous ont obligés à partir », demande-t-il.

Qu’ils soient des martyrs ou pas, le drame semble tout de même condamné à se répéter. Des corps de jeunes Egyptiens sont repêchés au large des côtes italiennes, turques ou grecques. Des dépouilles arrivent en Egypte, et les rescapés tentent de répéter l’expérience. Ils se sont jetés à la mort après avoir tout vendu pour réunir les frais du voyage.

Une chose est évidente : ces jeunes ont vécu une véritable tragédie au cours de leur voyage. Ils racontent des histoires abominables sur les dangers qu’ils ont bravés. Ils ont vu sous leurs yeux leurs compatriotes se noyer parce qu’ils ne pouvaient plus résister au froid ou parce qu’ils n’avaient plus la force de ramer. Certains ont bu de l’eau de mer pour apaiser leur soif ou ont mangé du dentifrice parce qu’ils avaient trop faim. Pourtant, tout cela n’a pas l’air de les convaincre de renoncer à l’idée de partir.

Selon un rapport récemment publié par Human Rights Watch, mettre l’accent sur le sort peu enviable des clandestins n’est pas forcément suffisant pour arrêter ce fléau. De plus, selon les statistiques, près de 20 % des immigrants clandestins cherchent à se rendre en Europe en passant par la Libye. Selon le département d’immigration au ministère italien de l’Intérieur, de nombreux Egyptiens, depuis la signature de l’accord entre Rome et Le Caire exigeant le rapatriement des immigrants clandestins, déclarent qu’ils sont palestiniens pour obtenir le statut de réfugié politique. Fuyant le chômage et la pauvreté, la disparition de leurs proches sur des embarcations de fortune ne les a pas empêchés de vivre la même expérience.

Sayed est très heureux d’apprendre qu’une initiative vient d’être lancée pour aider les rescapés et les familles des victimes. Lui qui avait tout vendu, y compris ses meubles, pour partir en Italie sur un bateau de pêche est prêt à remettre l’idée et s’est même présenté pour un travail en Egypte. « Ici, je n’avais aucune chance de trouver un boulot. Je ne suis pas diplômé, et même ceux qui en possèdent, on les voit dans les cafés en état d’attente », dit Sayed.

Pour lui et pour beaucoup d’autres, cette initiative peut paraître comme une bouée de sauvetage, la seule issue pour des jeunes à la recherche d’autres horizons pour subsister. « Pour la première fois, il s’agit d’une solution pratique et non pas de l’attitude classique adoptée par le gouvernement, celui de blâmer ces jeunes pour leur avidité et leur quête de l’argent », explique Soad, jeune diplômée d’un institut technique.

Malheureusement, une tranche importante de la jeunesse égyptienne ne voit l’avenir que dans l’exil. Elle meurt de faim, de soif ou est engloutie par la mer, mais rien n’a l’air de l’empêcher de traverser la mer pour rejoindre l’autre rive.

Deux regards très différents l’un de l’autre. Pour les immigrés clandestins, ce voyage est leur seule source d’espoir. Alors que pour ceux qui ont lancé l’initiative, pourquoi courir un tel risque, surtout si la société est en train de leur proposer d’autres alternatives ? En attendant, la liste des victimes s’allonge, des corps continueront à reposer au fond de l’eau, des clandestins inconnus, des morts anonymes et les survivants continueront à raconter l’odyssée de ces hommes qui risquent tout pour atteindre l’eldorado.

Amira Doss

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.