Lire entre les lignes
Nawla Darwich
Cette
expression bien connue veut communément dire qu’il y aurait
un message à décoder, demandant un exercice intellectuel qui
consiste à se mettre en œuvre pour comprendre ce que ce
message implique de connotations et d’implications
culturelles. C’est exactement ce que nous avons voulu faire
au sein de l’organisation à laquelle j’appartiens, et qui
est une organisation de plaidoyer social dans le domaine des
droits des femmes. C’est pourquoi nous avons fondé, il y a
quelques années, une unité chargée de servir en tant
qu’observatoire médiatique.
Bien entendu, nous savons tous le rôle vital que jouent les
médias dans la production de la conscience collective du
grand public, rôle qui s’amplifie de jour en jour avec le
développement de médias de plus en plus sophistiqués et
répandus d’une part et avec le retrait graduel d’autres
moyens de production culturelle (comme le patrimoine
culturel, par exemple) d’autre part. Cependant, ce
rétrécissement de l’hégémonie dont se paraient ces autres
moyens de production culturelle ne veut absolument pas dire
qu’ils étaient plus favorables vis-à-vis des femmes.
Rappelons-nous à titre d’exemple ces dizaines — si ce n’est
des centaines — de proverbes populaires qui rabaissent
l’image des femmes jusqu’à les réduire à de purs objets de
reproduction, préférentiellement la reproduction d’enfants
mâles.
Nous nous référions donc à l’impact des médias sur la
formation de la culture publique, avec emphase sur les
médias audiovisuels vu le taux élevé d’analphabétisme qui
règne dans notre pays et qui empêche de larges couches de la
population de bénéficier des produits des médias écrits.
Cela, bien que les médias écrits ne jouent pas — d’une
manière générale — un rôle bien plus avancé dans ce domaine.
Mais pour dire ce qu’il faut correctement, je devrais
ajouter que le rôle de notre observatoire médiatique n’est
absolument pas de juger ce que nous présentent les médias,
ni de faire pression sur la liberté d’expression et de
création. Certainement pas, vu que nous faisons partie d’une
société civile qui lutte pour son droit à l’existence et est
totalement consciente que le droit à la liberté d’opinion et
d’organisation sont des droits indivisibles, puisque sans
liberté d’expression, la liberté d’organisation devient une
chimère, et vice versa. Il s’agit bien plutôt d’aider les
faiseurs de médias à s’arrêter devant eux-mêmes, se regarder
en rétrospective, s’analyser et enfin se poser des questions
quant à leur mission, dans le sens où chacun de nous peut
produire ou écrire ce qu’il a envie de dire, mais ne sait
pas toujours exactement la portée de ce qu’il dit et son
influence au niveau de la société, ainsi que ses
implications inhérentes quant aux comportements et
attitudes.
Dans
cette trajectoire, je voudrais présenter à nos lecteurs
quelques-uns des résultats auxquels nous sommes parvenus
dans les années 2003 et 2004 en ce qui concerne l’image des
femmes dans quelques feuilletons télévisés durant les mois
de Ramadan des années 2002 et 2003. L’importance de cette
observation réside dans le fait que le taux de spectateurs
atteint des valeurs maximales pendant ces périodes. Les
résultats que je présente ici sont fort succincts et ont
l’intention de servir à titre de purs indicateurs.
Le
premier des observatoires médiatiques s’est plutôt intéressé
à tracer les formes de violence perpétrées contre les femmes
ainsi que les réactions de l’entourage environnant vis-à-vis
de ces violences, alors que le second a tenté d’examiner de
plus près les images stéréotypées des hommes et des femmes
dans ces feuilletons. Inutile de vous dire que les résultats
ont été probants : dans le premier cas, plus de 700 cas de
violence de toutes formes (physique, morale et sexuelle) ont
été décelés dans 12 feuilletons visionnés tous les jours
pendant trente jours (ou plus) consécutifs, avec bien peu de
réactions en faveur de ces femmes violentées, surtout
lorsqu’il s’agissait de violence domestique, ce qui pourrait
vouloir dire que le spectateur était exposé quotidiennement
à de multiples formes de violence représentées comme
naturelles, et par conséquent les accepter comme un fait
naturel de la vie. Quant aux images stéréotypées des deux
sexes (ou genres), elles se concentraient essentiellement
sur des femmes et des hommes entre 15 et 45 ans,
c’est-à-dire sur la période reproductive chez les femmes et
productive chez les hommes avec une quasi-exclusion des
enfants et des catégories âgées. Ce qui en soi approfondit
la division des rôles entre hommes et femmes, et exclut des
segments de la société qui ont certainement un rôle à jouer,
en plus de la réalité qui dit que la grande majorité de
notre société se compose de jeunes. En plus, la plupart des
protagonistes n’avaient pas d’occupation professionnelle
claire, marquant ainsi la nullité de valeur du travail au
niveau social, ainsi que l’affirmant. En outre, les hommes
étaient beaucoup mieux représentés pour leur clairvoyance et
rationalité en comparaison des femmes plus enclines aux
solutions sentimentales et irrationnelles.
Ces
exemples démontrent combien des clichés peuvent affecter et
exacerber l’opinion publique, et même conduire à une
distorsion de celle-ci. Mais gardons pour un autre article
d’autres démonstrations de ce lavage de cerveau, ainsi que
ses répercussions au niveau général.