Al-Ahram Hebdo, Opinion | Nawla Darwich ,  Lire entre les lignes
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Opinion

Lire entre les lignes
Nawla Darwich
 

Cette expression bien connue veut communément dire qu’il y aurait un message à décoder, demandant un exercice intellectuel qui consiste à se mettre en œuvre pour comprendre ce que ce message implique de connotations et d’implications culturelles. C’est exactement ce que nous avons voulu faire au sein de l’organisation à laquelle j’appartiens, et qui est une organisation de plaidoyer social dans le domaine des droits des femmes. C’est pourquoi nous avons fondé, il y a quelques années, une unité chargée de servir en tant qu’observatoire médiatique.

Bien entendu, nous savons tous le rôle vital que jouent les médias dans la production de la conscience collective du grand public, rôle qui s’amplifie de jour en jour avec le développement de médias de plus en plus sophistiqués et répandus d’une part et avec le retrait graduel d’autres moyens de production culturelle (comme le patrimoine culturel, par exemple) d’autre part. Cependant, ce rétrécissement de l’hégémonie dont se paraient ces autres moyens de production culturelle ne veut absolument pas dire qu’ils étaient plus favorables vis-à-vis des femmes. Rappelons-nous à titre d’exemple ces dizaines — si ce n’est des centaines — de proverbes populaires qui rabaissent l’image des femmes jusqu’à les réduire à de purs objets de reproduction, préférentiellement la reproduction d’enfants mâles.

Nous nous référions donc à l’impact des médias sur la formation de la culture publique, avec emphase sur les médias audiovisuels vu le taux élevé d’analphabétisme qui règne dans notre pays et qui empêche de larges couches de la population de bénéficier des produits des médias écrits. Cela, bien que les médias écrits ne jouent pas — d’une manière générale — un rôle bien plus avancé dans ce domaine. Mais pour dire ce qu’il faut correctement, je devrais ajouter que le rôle de notre observatoire médiatique n’est absolument pas de juger ce que nous présentent les médias, ni de faire pression sur la liberté d’expression et de création. Certainement pas, vu que nous faisons partie d’une société civile qui lutte pour son droit à l’existence et est totalement consciente que le droit à la liberté d’opinion et d’organisation sont des droits indivisibles, puisque sans liberté d’expression, la liberté d’organisation devient une chimère, et vice versa. Il s’agit bien plutôt d’aider les faiseurs de médias à s’arrêter devant eux-mêmes, se regarder en rétrospective, s’analyser et enfin se poser des questions quant à leur mission, dans le sens où chacun de nous peut produire ou écrire ce qu’il a envie de dire, mais ne sait pas toujours exactement la portée de ce qu’il dit et son influence au niveau de la société, ainsi que ses implications inhérentes quant aux comportements et attitudes.

Dans cette trajectoire, je voudrais présenter à nos lecteurs quelques-uns des résultats auxquels nous sommes parvenus dans les années 2003 et 2004 en ce qui concerne l’image des femmes dans quelques feuilletons télévisés durant les mois de Ramadan des années 2002 et 2003. L’importance de cette observation réside dans le fait que le taux de spectateurs atteint des valeurs maximales pendant ces périodes. Les résultats que je présente ici sont fort succincts et ont l’intention de servir à titre de purs indicateurs.

Le premier des observatoires médiatiques s’est plutôt intéressé à tracer les formes de violence perpétrées contre les femmes ainsi que les réactions de l’entourage environnant vis-à-vis de ces violences, alors que le second a tenté d’examiner de plus près les images stéréotypées des hommes et des femmes dans ces feuilletons. Inutile de vous dire que les résultats ont été probants : dans le premier cas, plus de 700 cas de violence de toutes formes (physique, morale et sexuelle) ont été décelés dans 12 feuilletons visionnés tous les jours pendant trente jours (ou plus) consécutifs, avec bien peu de réactions en faveur de ces femmes violentées, surtout lorsqu’il s’agissait de violence domestique, ce qui pourrait vouloir dire que le spectateur était exposé quotidiennement à de multiples formes de violence représentées comme naturelles, et par conséquent les accepter comme un fait naturel de la vie. Quant aux images stéréotypées des deux sexes (ou genres), elles se concentraient essentiellement sur des femmes et des hommes entre 15 et 45 ans, c’est-à-dire sur la période reproductive chez les femmes et productive chez les hommes avec une quasi-exclusion des enfants et des catégories âgées. Ce qui en soi approfondit la division des rôles entre hommes et femmes, et exclut des segments de la société qui ont certainement un rôle à jouer, en plus de la réalité qui dit que la grande majorité de notre société se compose de jeunes. En plus, la plupart des protagonistes n’avaient pas d’occupation professionnelle claire, marquant ainsi la nullité de valeur du travail au niveau social, ainsi que l’affirmant. En outre, les hommes étaient beaucoup mieux représentés pour leur clairvoyance et rationalité en comparaison des femmes plus enclines aux solutions sentimentales et irrationnelles.

Ces exemples démontrent combien des clichés peuvent affecter et exacerber l’opinion publique, et même conduire à une distorsion de celle-ci. Mais gardons pour un autre article d’autres démonstrations de ce lavage de cerveau, ainsi que ses répercussions au niveau général.

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