Notre objectif stratégique
Morsi Attalla
En
examinant attentivement l’agenda stratégique du ministère
égyptien des Affaires étrangères, nous découvrons que
celui-ci a un objectif précis : instaurer une paix juste et
durable dans toute la région. Pour cela, il opte pour les
négociations sous l’ombrelle du respect des résolutions de
la légitimité internationale. Cependant, l’Egypte s’est
fixée une ligne rouge à ne jamais dépasser : elle s’est
décidée à ne jamais imposer de tutelle à la décision
palestinienne qui doit rester une décision purement
palestinienne. Les parties arabes ne peuvent présenter aux
Palestiniens que le soutien, l’aide, les consultations,
l’expertise et les experts. En fin de compte, c’est leur
cause et personne ne peut les obliger à accepter ce qu’ils
ne peuvent admettre.
Pour savoir si nous avançons dans la bonne direction, il
suffit de revenir en arrière. Ainsi saurons-nous ce qu’il
faut faire pour réaliser notre objectif stratégique :
restituer les droits violés et instaurer les fondements
d’une paix réelle, juste et durable. Nous devons nous
souvenir que nous ne nous sommes engagés dans la bataille de
la paix qu’après quatre guerres avec Israël en 1948, 1956,
1967 et 1973. A l’exception de la guerre de 1973, toutes les
guerres se sont terminées dans l’intérêt d’Israël pour des
raisons et des considérations se rapportant en partie à nous
et en partie aux conjonctures internationales.
L’Egypte a dépensé des milliards de livres et a perdu des
dizaines de milliers de martyrs. De plus, son économie a
vivement été touchée. Cependant, ni son peuple ni son
gouvernement n’ont jamais perdu foi en la cause arabe. L’Egypte
insiste à présenter son soutien à toutes les parties arabes,
avec en tête le peuple palestinien, pour qu’il retrouve ses
droits légitimes.
Personne ne peut nier que le génie de la politique
égyptienne réside dans sa vision lointaine qui émane d’une
stratégie politique continue.
Il a toujours été clair que l’agenda de la politique
égyptienne reflète une volonté sincère de prouver que les
sacrifices de l’Egypte pour la cause palestinienne ne sont
pas vains. L’Egypte a réussi à transformer cette cause d’une
simple cause de réfugiés en la cause d’un peuple et d’un
Etat sans que personne n’ose accuser l’Egypte d’avoir
sacrifié un quelconque droit des Palestiniens.
Il est clair depuis l’accession au pouvoir du président
Moubarak en 1981 que celui-ci est décidé à confirmer
l’engagement de l’Egypte à instaurer la paix dans la région.
Il est clair aussi que l’Egypte ne veut pas une paix pour
elle seule, mais une paix globale dans toute la région pour
que ses bienfaits se répercutent sur tous les peuples du
Moyen-Orient, avec en tête le peuple palestinien. Les
mobiles de l’Egypte sont nombreux. Cependant, le plus
important est de renforcer le rôle historique de l’Egypte
dans la région en tant que pays fondateur de la paix et
garant de la sécurité et de la stabilité. Ceci explique
certainement les efforts politiques et diplomatiques
continus déployés au long des 26 dernières années.
Dans ce contexte, il suffit de signaler le rôle joué par l’Egypte
pour transformer la cause palestinienne d’une simple cause
de réfugiés, comme elle fut citée dans la résolution du
Conseil de sécurité n°242 de 1967, en la cause d’un Etat et
d’un pays. De plus, l’Egypte est le seul pays arabe à s’être
engagé dans des guerres et des conflits, à s’être exposé à
des attaques et qui a connu d’énormes pertes matérielles et
humaines parce qu’elle tenait à ce que la cause
palestinienne ne soit pas éliminée.
L’Egypte reste convaincue que toute solution doit émaner du
respect des résolutions du Conseil de sécurité n°242 et 338,
du principe de la terre contre la paix et de la
reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien. A
savoir, son droit à l’autodétermination, le droit du retour
des réfugiés et le droit aux indemnisations.
C’est sur cette base qu’agissent la politique et la
diplomatie égyptiennes sur la scène régionale et
internationale. Cela afin de consolider les efforts de
relance du processus de paix d’une part et de consulter les
Palestiniens d’autre part pour surmonter la crise de
confiance entre ces derniers et les Israéliens d’autre part.
Cependant, l’Egypte ne cache pas sa conviction qu’Israël est
le responsable de l’enlisement du processus de paix et de
l’aggravation de la crise de confiance.