L’implication arabe
Salama A. Salama
Ce
qui devait arriver est arrivé : des milliers d’habitants de
la bande de Gaza ont bousculé les barrières aux frontières
du passage de Rafah. Là, les garde-frontières égyptiens ne
pouvaient rien faire face à la situation humaine déplorable
causée par les procédures du blocus sauvage imposé par
Israël. Ce dernier perpètre des actes criminels, en tuant et
en affamant les habitants de cette région, en coupant l’eau
et l’électricité et en interdisant l’acheminement des
médicaments. En effet, si les forces égyptiennes étaient
intervenues, l’Egypte aurait été accusée de complicité avec
Israël.
La même
chose avait eu lieu lors de la crise des pèlerins, et
l’Egypte avait été obligée d’ouvrir le passage de Rafah
contre la volonté d’Israël. Il est clair que cette situation
peut se répéter encore et encore tant que nous laissons à
Israël et aux Etats-Unis le droit de décider du destin de
Gaza et d’obliger ses habitants à se plier à la volonté
d’Olmert et de Barak.
Nombreux
sont ceux qui ont exprimé leur surprise et leur
mécontentement face à l’impuissance arabe mise à nu. Les
Arabes n’ont pas bougé d’un pouce sauf quand l’Agence des
Nations-Unies pour le secours des réfugiés a lancé des
appels au secours. Là, Israël a allégé les sanctions
permettant l’acheminement de produits alimentaires et du gaz
pendant un seul jour en donnant aux habitants le droit de
choisir entre « marcher et vivre dans le noir ou faire
chuter le gouvernement de Haniyeh ! ».
Posons-nous une question importante : Israël peut-il
entreprendre seul de telles démarches racistes sans une
entente arabe et internationale, implicite ou déclarée ? Et
cette entente consisterait à exercer le maximum de pression
et de punition collective sur les habitants de Gaza qui,
jusqu’aujourd’hui, ne se sont pas encore rebellés contre le
Hamas.
Si
Israël est capable d’adopter des procédures unilatérales qui
consistent à fermer les passages, et si les Européens sont
devenus complices avec Israël en décidant de retirer leurs
représentants, causant ainsi le gel de l’accord des
passages, pourquoi l’Egypte serait-elle l’unique pays à
respecter l’accord ? Pourquoi hésite-t-elle à adopter une
décision unilatérale stipulant l’ouverture du passage de
Rafah au lieu d’aider Israël à exécuter son plan ?
Robert
Mali, le directeur du Groupe des crises internationales au
Proche-Orient, dit que le Hamas a proposé au cours des
dernières semaines d’arrêter le lancement de missiles à
partir de Gaza si Israël arrêtait ces attaques et ouvrait
les passages. Mais Israël a refusé d’alléger le blocus de
peur de renforcer la position du Hamas à l’intérieur de
Gaza, ce qui va à l’encontre du plan américain et diminue le
pouvoir d’Abou-Mazen et du processus fragile de négociations.
Il est
clair que c’est cette justification qui explique le silence
du Quartette et la nonchalance des Etats arabes. Or, comme
le dit Robert Mali, cette théorie est fondée sur des comptes
erronés, puisque des pertes pour le Hamas ne signifient pas
forcément des gains pour le Fatah.
C’est
Israël qui reste le gagnant éternel, puisqu’il est en train
d’anéantir à jamais la cause palestinienne et de faire
monter la colère et la haine des Palestiniens contre le
monde entier. Et en particulier contre l’Egypte qui assume
seule la charge du déchirement palestinien, de la faiblesse
arabe et de l’implication internationale.
Les
Arabes assument avant Israël et les Etats-Unis la
responsabilité de la catastrophe humaine à Gaza. C’est un
déshonneur historique qui met la cause palestinienne aux
portes d’une liquidation totale !