Al-Ahram Hebdo, Livres | Gilles Leroy,« Cette histoire vaut toutes les intrigues tragico-sublimes qu’on pourrait imaginer »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Livres

Foire du Livre . Le romancier et prix Goncourt 2007, Gilles Leroy, était l’invité du Pavillon français. Il nous parle d’Alabama Song, le chef-d’œuvre qui l’a propulsé au sommet de la réussite littéraire. Entretien. 

« Cette histoire vaut toutes les intrigues tragico-sublimes qu’on pourrait imaginer » 

Al-Ahram Hebdo : Dans votre œuvre, vous avez pris le parti de conter la vie de Zelda Fitzgerald, épouse du créateur de Gatsby le Magnifique, Scott Fitzgerald, dans tout ce qu’elle a de plus tragique et de plus magnifique. Pourquoi Zelda ?

Gilles Leroy : Parce qu’elle m’accompagne depuis très longtemps maintenant. J’ai découvert Scott Fitzgerald à l’âge de 20 ans, et dès qu’on découvre Scott, on tombe très vite sur Zelda. Son personnage et surtout son destin, d’une cruauté exemplaire, m’ont rapidement fasciné.

Elle qui naît au sein d’une grande famille d’aristocrates d’Alabama, destinée à un avenir confortable et tout tracé, aura une vie romanesque, cruelle, extraordinaire. Elle est bourrée d’aspirations, d’ambitions que seul un artiste pourra révéler. C’est chose faite lorsqu’elle rencontre le jeune Scott lors d’un bal. Elle saisit instantanément le potentiel et le talent d’écrivain du jeune homme, qui à l’époque n’a pas encore publié. Alabama Song débute par leur rencontre, lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ont besoin l’un de l’autre pour percer dans cette vie qu’ils ambitionnent. Ils forment un couple contemporain, ce que j’appelle un « couple associatif ». Ils se désirent évidemment, mais leur ambition folle de réussir et d’embrasser le monde est au premier plan. Scott connaît le succès immédiat avec son premier roman, et ils s’engagent tous les deux dans une vie de célébrité. L’unique point de discorde au sein de ce couple réside dans les aspirations artistiques de Zelda, qui refuse de vivre à l’ombre de la gloire de son époux.

— Quelle a été l’influence du couple Scott-Zelda dans votre propre cheminement littéraire ?

— J’ai un rapport avec eux qui est affectif, émotionnel, mais sur le plan de mon écriture c’est davantage Scott Fitzgerald et l’ensemble des auteurs américains du siècle dernier qui ont compté. La découverte de ce pan de littérature outre-Atlantique a produit un véritable chamboulement dans mon écriture, à tel point qu’on m’a dit un beau jour : « Gilles, tu es un auteur américain ». Lorsque je lis les auteurs américains de ma génération, je vois très bien la parenté avec mon système d’écriture. On retrouve un jeu avec la chronologie, une certaine rapidité, des distorsions du temps, qui tiennent à la façon dont j’aborde, j’attrape les personnages. Je n’ai malheureusement pas à l’heure actuelle assez de recul sur mon propre travail pour m’auto-analyser, mais je retrouve une certaine parenté avec Brett Easton Ellis ou encore Joyce Carol Oates. Les romanciers américains ont un regard à la fois désespéré et drôle, et ont une façon de traiter les émotions et les sens sans trop les détourner. Alors que l’écriture française garde beaucoup plus les émotions à distance.

— Comment avez-vous fait pour vous glisser avec tant d’aisance dans le personnage de Zelda Fitzgerald, qui est avant tout une femme, une femme torturée qui plus est ?

— Il y a ici plusieurs aspects : c’est une femme, américaine, qui est née à la même époque qu’une de mes grands-mères, et puis il y a cette fêlure et le naufrage dans la folie. Tous ces éléments la rendent totalement exotique, radicalement étrangère, et pourtant, j’ai choisi la narration à la première personne. J’ai eu cette intuition que c’est précisément pour cette raison que j’allais pouvoir la saisir, et à travers elle, dire des choses très personnelles. Le choix du « Je » féminin s’est imposé en une demi-journée de réflexion, après avoir écrit un ou deux paragraphes. Dès le lendemain, je savais que ça marcherait. Ce qui a été beaucoup plus inquiétant, c’est lorsqu’il a fallu que je décrive la folie de Zelda, qui s’immisce d’abord ponctuellement dans la vie du personnage, et qui finit par la dévorer. Ce moment de la narration a été complexe à écrire, mais j’ai tout de même la sensation que l’on sait tous au fond de nous ce que c’est de perdre la tête. C’est assez inquiétant d’ailleurs !

— Aviez-vous ce roman en tête depuis longtemps ?

— Depuis mes 20 ans, lorsque j’ai découvert ce couple et le destin si romanesque de Zelda. Je voulais faire quelque chose de cette vie, sans bien savoir quelle forme cela aurait au final. Cela fait des années que je prends des notes, des bribes qui m’ont servi à écrire ce roman, rédigé en 9 mois, sachant que le travail de recherche en amont se compte en années.

— Est-ce compliqué, voire frustrant, pour un romancier d’être obligé de coller son récit à une trame historique inamovible ?

— Au contraire, c’est formidable ! Inutile d’inventer une histoire, celle-ci vaut toutes les intrigues tragico-sublimes qu’on pourrait imaginer. C’était d’ailleurs un soutien d’avoir ce fil conducteur, car j’ai respecté la chronologie, tout en faisant le choix évidemment de ne pas traiter certains événements, pour mettre en avant d’autres aspects. Mon ambition a été d’être au plus près de ma vision de cette femme. J’ai aussi imaginé des choses dont je n’ai pas preuve de l’existence, mais qui sont vraisemblables compte tenu de l’enchaînement des événements.

— Le couple Zelda-Scott Fitzgerald est considéré comme le premier couple « people », comment l’expliquez-vous ?

— Scott a été le premier écrivain au monde à être si médiatique. Il faut ajouter qu’il était en permanence photographié accompagné de son épouse. Il était courant, à l’époque, qu’on réunisse leurs deux visages dans un cœur qu’on affichait devant les théâtres, les cinémas, dans les journaux. Ils étaient devenus un label de glamour, de jeunesse. Car ils ont été les pionniers de la nouvelle vague littéraire qui s’est totalement émancipée des valeurs de la première guerre mondiale. Ils prônent une attitude romantique, fondamentalement individualiste qui tranche avec les valeurs de l’Amérique patriotique et lyrique.

— Etes-vous inquiet d’avoir remporté le prix Goncourt, qui est la plus haute distinction littéraire en France ?

— Pas vraiment … c’est vrai que j’ai entendu plusieurs personnes me présenter leurs condoléances (rires), notamment deux anciens lauréats, qui m’ont dit d’un air navré « Bon courage pour la suite … ». Je vais sans doute avoir très peur lors de la sortie de mon prochain roman, car il paraît que le livre qui suit n’a soit aucun retentissement, soit se fait chahuter. Mais je vais faire abstraction de ce genre de pensées pendant l’écriture … Je ne me sens pas fragilisé, ni menacé, peut-être parce que depuis juin dernier je suis lancé dans l’écriture d’une pièce de théâtre qui m’a apporté une autre dynamique.

Et puis, ce prix j’ai décidé de le vivre, modestement, mais de le vivre. On n’en a qu’un dans la vie !

Propos recueillis par Louise Sarant


 

Sélection
d’événements phare 

Théâtre

L’acteur Khaled Al-Sawi, l’actrice Azza Al-Hosseini, le critique et poète Guirguis Choukri, l’écrivaine et critique Racha Abdel-Moneim, la critique et professeure de théâtre Nehad Seleiha, ainsi que Khaled Goweili, membre du groupe Al-Warcha vous donnent rendez-vous pour discuter de l’avenir du théâtre en Egypte. Et ce lors d’un colloque intitulé : Les groupes culturels indépendants : Théâtre indépendant ou théâtre libre. La discussion sera menée par Hoda Wasfi, présidente du Centre Hanaguer pour les arts.

Mercredi 30 janvier, de 13h à 15h, au Café culturel (Al-Maqha al-saqafi). 

Hommage

Célébration à l’occasion du jubilé de la célèbre Trilogie de Naguib Mahfouz : Bein Al-Qasrein, Qasr Al-Choq et Al-Sokkariya. Des scènes de films et du feuilleton portant les mêmes noms seront projetées. En 1988, Mahfouz est devenu l’unique lauréat égyptien du prix Nobel pour la littérature. Mahfouz a publié environ 50 œuvres au long de son parcours avant de succomber le 30 août 2006 à l’âge de 94 ans. Un colloque, dirigé par Mohamed Salmawy, aura également lieu. L’écrivain libyen Ahmad Ibrahim Al-Faquih, le réalisateur Tewfiq Saleh, l’acteur Nour Al-Chérif, ainsi que les actrices Mervat Amin, Nadia Loutfi, Maali Zayed et Hala Fakher seront présents.

Jeudi 31 janvier, de 13h à 15h, dans la salle 15 A. 

Littérature

Les Merveilles de la littérature et la connaissance de l’autre, sous ce titre l’Américain Dana Gioia donnera sa lecture à la Foire du livre. Gioia est président de la Fondation nationale des arts à Washington. Il est poète, critique et auteur d’anthologie ayant réalisé les meilleures ventes aux Etats-Unis. Il a publié 3 recueils de poèmes. Son recueil Interrogations à midi lui a valu le prix américain du livre en 2002. La lecture sera suivie par une conversation menée par l’écrivain et journaliste Sami Khachaba.

Jeudi 31 janvier, de 15h à 17h, dans la salle 15A.

Poésie

La poète émiratie Maysoune Saqr récitera des vers de ses recueils lors d’une soirée de poésie. Maysoune Saqr a publié 10 recueils de poèmes en arabe classique et deux en dialecte égyptien ainsi qu’un roman Rihana. Son dernier recueil La Veuve d’un brigand, en arabe classique, a été publié en 2007 par la maison d’édition égyptienne Merit. Maysoune Saqr est également une artiste plasticienne. Elle a fait également des tentatives de vidéo art. Tous les jours à la même heure jusqu’au samedi 2 février, un poète émirati présentera une soirée de poésie, les Emirats arabes unis étant l’invité d’honneur de la foire cette année.

Jeudi 31 janvier, de 18h à 20h, dans la salle du 6 Octobre.  

Politique

Rencontre avec Pascal Boniface, politologue français spécialiste en relations internationales. Le directeur de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) donnera une lecture intitulée « Vision française de la mondialisation ». Il a écrit ou dirigé la publication d’une quarantaine d’ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, ou encore la politique étrangère française ou l’impact du sport sur les relations internationales. Il est éditorialiste pour plusieurs hebdomadaires et quotidiens français, mais également tunisiens, marocains et émiratis entre autres. Il est en outre président de la Commission de prospective sur l’avenir du football auprès de la Fédération française de football. Finalement, Boniface est Chevalier de l’Ordre national du mérite et Chevalier de la Légion d’honneur. La lecture sera suivie par une conversation que dirigera le politologue égyptien Al-Sayed Yassine.

Vendredi 1er février, dans la salle 15A, de 17h à 19h, Une présentation du dernier livre de Boniface. Rencontre-débat « Proche-Orient : quelques idées reçues » aura en outre lieu le mercredi 30 janvier à 16h30, au Pavillon français.

Marwa Hussein

 




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