Al-Ahram Hebdo, Littérature | Refqi Badawi, Du manque de temps
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Littérature

Entre métaphore et réalité, Refqi Badawi, dans cette nouvelle inédite Diq al-waqt, raconte l’histoire symbolique d’un monde où force et passion se rencontrent.  

Du manque de temps

A travers des temps passés et des temps qui couraient, je n’avais rien d’autre à faire que de m’arrêter, alors que ma tête était dévorée par les oiseaux.

Témoin j’étais sur ces temps-là. Plus je me laissais aller à ces événements, plus les oiseaux dévoraient ma tête et se rassasiaient. Plus ils tarissaient et plus ils s’arrêtaient, se calmaient comme s’ils étaient en manque d’événements.

 

***

Je l’avais convaincue et elle l’avait été. L’amour à travers le téléphone enflammait l’imagination et augmentait le plaisir. Les affres de l’imaginaire nous plongeaient dans un état qui faisait vibrer notre être d’un tremblement plein de créativité.

Lorsque nous nous arrêtions, les oiseaux dévoraient nos têtes et se rassasiaient, alors que j’étais coincé par les soldats de ma maison et elle par les soldats de la sienne.

Nous volions les instants, alors que les oiseaux s’interrompaient à des moments lorsque les soldats surgissaient et que nous baignions dans notre volupté.

 

***

Me voici embrigadé et collé au sol. Ma tête était relevée orgueilleusement. Au-dessus était placé le plateau du dîner que je présentais aux parents, aux amis et aux étrangers. Ils allongeaient leurs mains pour atteindre le plateau. Ils y arrivaient sur le bout des doigts, prenaient ce qu’ils pouvaient déguster. Lorsqu’ils terminaient, ils écartaient leur visage et partaient. Les oiseaux arrivaient et dévoraient ma tête, picoraient … picoraient. Ils revenaient et mes entrailles se relâchaient.

 

***

Elle … Embrigadée et attachée au sol. A chaque fois qu’elle essayait de défaire ses attaches, ils l’embrigadaient à nouveau. Sur sa tête, une couronne qu’elle ne voyait pas et que personne d’autre ne voyait que moi, un enfant qu’elle ne voyait pas et que personne d’autre ne voyait que moi. Il avait ses mêmes beaux traits, assis à ses pieds. Elle le relevait à ses côtés, sur le trône. L’enfant apprit en premier à se soumettre à sa volonté et à ses enseignements. Elle lui inculpait les prémices de l’hégémonie et du commandement, du pouvoir et de la force. Elle lui apprenait à se tenir bien droit et à se hausser avec fierté, à communiquer et à communiquer encore et encore ses désirs et ses rêves. Elle lui demandait de manière assidue depuis qu’elle avait arrêté de l’allaiter de prendre garde et de prendre sa place à ses côtés, de ne jamais laisser les oiseaux dévorer sa tête.

Elle lui avait parlé de moi sans lui donner de détails. Elle lui avait dit une seule chose : « Il était préoccupé de placer son grain dans mes entrailles. Il m’apprenait tous les jours comment t’apprendre le commandement. Il m’aimait à la folie ».

 

***

Lui … Les corps se courbaient de peur et de terreur. Dans ses yeux, l’éclat du commandement. Il était sur le point de devenir aussi beau que sa mère. Sa beauté se composait de mes eaux et de l’ovule de la reine. Combien nombreux les ovules qui étaient morts auparavant … Ils étaient tombés avec ses règles. Elle s’était lavée et purifiée. Elle attendait, à chaque fois, mes eaux avec passion, pour qu’elles la fécondent. Le ventre se gonfla et elle devint enceinte comme je l’avais tant rêvé. Un rêve que j’avais si souvent fomenté. Elle lui avait offert son sein, elle l’avait offert à sa bouche qui ne s’était pas encore formée, jusqu’à ce qu’elle en arrive à ses fins. Elle le nourrit de son lait. Elle l’allaita de musique et joua pour lui la symphonie de la possessivité. Elle l’allaita d’histoire, de philosophie, de politique, de sagesse et d’élocution. Les visages se dressèrent pour lui. Elle l’allaita de mon nom qu’il garda profondément en lui avec terreur. Il prit garde à ce que les oiseaux ne dévorent pas sa tête après qu’il eut tenu bien fort les rênes du pouvoir.

 

***

Moi … Qui étais-je, moi ? Une raison … Un cœur … et des billions de spermes, qui nageaient et dont les restes continuaient à circuler en moi. Certains en sortaient sans trouver leur chemin.

Je préservais ce qui me restait de vie pour l’unir à la reine. Je m’installais sur mes provisions d’expériences cherchant le secret prisonnier de mes côtes, son sens, son essence même, l’interprétation de cette hâte, cette angoisse et ce bourdonnement dans mes oreilles : « Il a fécondé la reine ».

Des souterrains de tendresse me forçaient à attendre tout ce temps, à m’arrêter tous ces moments, en transcendant, jouissant, patientant sur le fait de ses oiseaux qui dévoraient ma tête.

Son regard que mes yeux ne lâchaient pas et dont je ne tarissais pas avec tout l’enfer qu’il comportait, m’enflammait. Le désir traversait mes veines et je me retrouvais attiré vers celle que j’avais attendue afin qu’elle traverse les ovaires en passant par le tuyau pour se stabiliser dans l’utérus et le féconder après avoir perdu des dizaines d’ovules avec les règles.

 

***

Elle … Un visage de grande beauté … Et de grands yeux au regard cassé et lorsqu’elle le voulait, ils larmoyaient.

Je la caressais avec tendresse et lui demandais pardon.

Elle … Deux grands yeux qui ordonnaient et lorsqu’elle le voulait, ils défiaient.

Je la frappais avec violence et lui lançais des insultes sans relâche. Alors, elle se soumettait et se rendait. Ses yeux, au regard quelquefois cassé, qui défiaient la plupart du temps, se transformaient en des yeux amoureux, rêveurs, passionnés qui marmonnaient : « Je t’aime ». Je la relevais petit à petit. Je lui enseignais et elle se laissait faire. Elle apprenait les arts, les lettres, la politique, l’histoire, la philosophie, la musique, la mode, le commandement et l’apprentissage du pouvoir et de l’hégémonie. Elle maîtrisait tout cela et le pratiquait. Et alors résonnait dans ses oreilles : « Tu es la reine et ton fils te fera régner à ses côtés ».

Elle passait la main sur son ventre, caressait son embryon, façonnait ses traits, son esprit, son âme et subissait l’écoulement du sang entre ses cuisses. Des dizaines d’ovules avaient chuté parce que ses ovules royaux ne prenaient vie qu’à travers mes eaux. J’avais attendu longtemps que ses ovules royaux nagent dans mes eaux. Ses paumes n’avaient de cesse de caresser son ventre. Elle apprenait à son embryon son existence à venir à travers les temps où son père s’était tenu debout alors que les oiseaux dévoraient sa tête. Il ne faisait aucun cas, ne regardait pas en arrière et ne revenait pas sur ses pas un seul instant malgré la force de la douleur et de la souffrance. Et ce, pour actualiser son existence. Elle lui enseignait. Elle avait enduré et souffert, s’était sacrifiée pour actualiser son existence afin qu’il la fasse régner à ses côtés. Elle caressait son ventre, le caressait encore et plongeait dans la certitude de ce qui allait arriver.

 

***

Moi … Je ne l’avais pas vu alors qu’il régnait. Les oiseaux avaient complètement terminé de dévorer ma tête.

Et lui … Il ne m’avait jamais approché.

Elle m’avait rendu visite, une seule fois, en pleine obscurité. De loin, ses gardiens avaient encerclé les entrées et sorties des cimetières.

Elle dit : « Ton fils, dont personne ne savait qu’il était ton fils, avait gouverné et tes eaux ne s’étaient pas perdues ; il m’avait fait régner à ses côtés et m’avait relevée au-dessus de la marmaille humaine que nous gouvernions ». Elle avait beaucoup pleuré lorsqu’elle me parla de la grandeur de mon fils et de son parcours royal. Elle avait encore plus pleuré en avouant le mérite que mes eaux avaient pour elle. Mais elle avait sangloté en parlant de son attente et de sa profonde nostalgie pour le tremblement de mon corps dont elle avait été privée depuis un quart de siècle. Elle se maîtrisa, dépassa son émoi, déposa la couronne sur sa tête et devint despote. Elle dit : « Je te parle maintenant en tant que reine. Je ne pourrais plus te rendre visite de nouveau. Dors en paix. Que ton âme ne randonne plus autour de moi. Ne tracasse pas mon fils. A chaque fois que je lui rends visite, je le trouve qui se bat contre les cauchemars. Je porte les soucis du royaume toute seule. Lorsqu’il est pris par le sommeil durant une année, il est assailli par les cauchemars. Il me dit : Ce sont les cauchemars d’un homme qui vient vers moi, tendrement, me demande de prendre soin de toi. Mon âme est accrochée à lui. Il me fait de la peine à cause des oiseaux qui dévorent sa tête. Il n’a pas cessé de me demander de prendre soin de toi, jusqu’à ce que les oiseaux aient fini de dévorer sa tête ».

Je lui disais : « C’est une âme amie qui t’invite à pratiquer la force, le pouvoir et la grandeur sur tes hommes pour pouvoir gérer ton royaume. Et pour de démontrer que si tu ne gouvernes pas d’une main de fer, ta fin sera semblable à la sienne ; les oiseaux dévoreront ta tête ».

Eloigne-toi de lui, éloigne-toi, ton rôle est terminé. Mon ovule royal a circulé dans tes eaux et je l’ai porté dans mon utérus durant 9 mois. Je l’ai allaité de ton enseignement. Il est impossible que je lui dise que tu es son père. Elle écarta son visage et s’en alla. Son gardien royal l’entoura de toute part. Et les cimetières soufflèrent en paix .

Traduction de Soheir Fahmi

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.