Al-Ahram Hebdo, Evénement | Une brèche à colmater
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Rafah. La crise provoquée par le blocus israélien dans la bande de Gaza soulève la question du contrôle de la frontière avec l’Egypte.

Une brèche à colmater

A qui revient le contrôle des frontières ? C’est la question qui résume toute la situation dans la bande de Gaza. Entre une volonté du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbass de reprendre le contrôle des frontières de la bande de Gaza, un désir du Hamas de continuer à s’imposer, un bouclage de la part d’Israël qui profite de ce désordre et une Egypte affectée par la situation, le sort de la bande de Gaza bascule. Ce sort était au centre des discussions tenues dimanche à Jérusalem entre le premier ministre israélien Ehud Olmert et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbass, suite à l’ouverture de force de la frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte par le mouvement islamiste du Hamas, en réponse au bouclage hermétique du territoire.

MM. Abbass et Olmert « ont discuté longuement de la situation à Gaza et se sont mis d’accord pour éviter une crise humanitaire », a déclaré un responsable de la présidence du Conseil israélien, David Baker. Une déclaration opaque qui ne laisse entrevoir aucune mesure concrète qui sera prise prochainement. Ces entretiens entre MM. Abbass et Olmert sont les premiers depuis le début du blocus de la bande de Gaza par Israël, le 17 janvier, qui a provoqué d’importantes coupures d’électricité et de pénuries de produits de base.

Outre la rencontre Abbass-Olmert, les dirigeants égyptiens mèneront des consultations séparées avec le président palestinien Mahmoud Abbass et des responsables du mouvement islamiste, a annoncé dimanche le Hamas. Le Hamas a accepté vendredi une proposition égyptienne de rencontre au Caire avec le Fatah du président palestinien Mahmoud Abbass dans le cadre d’une tentative de rapprochement inter-palestinien.

« Moi-même et tous les frères de la direction du Hamas serons heureux de participer et nous chercherons à faire de ce dialogue un succès », a déclaré le chef du mouvement islamiste, Khaled Méchaal. Celui-ci a minimisé tout risque de conflit avec l’Egypte et déclaré que le Hamas serait prêt à partager le contrôle du principal point de passage de Rafah avec le Fatah et les autorités égyptiennes. « Les préoccupations sécuritaires des autorités égyptiennes sont compréhensibles et nous avons dit que nous étions prêts à partager la gestion du point de passage de Rafah », a-t-il dit.

Alors que M. Abbass souhaite reprendre le contrôle des points de passage de Gaza, sans la participation du Hamas, ce dernier rejette toute solution excluant ses forces ou prévoyant le déploiement d’un contingent ou d’observateurs étrangers. « Nous confirmons notre refus de revenir aux arrangements concernant le passage de Rafah que nous considérons comme caducs », a déclaré un porte-parole du Hamas, Sami Abou-Zouhri, en référence à l’accord de novembre 2005 qui avait permis l’ouverture de Rafah après le retrait israélien de Gaza et le déploiement à la frontière d’observateurs européens. Une source proche du mouvement a déclaré que l’entrée massive de Palestiniens se poursuivrait tant qu’un accord ne serait pas conclu.

Le conflit entre le Fatah et le Hamas, qui a pris le contrôle en juin dernier de la bande de Gaza, s’est accentué lorsque Abbass a accepté de reprendre des discussions de paix avec Israël, après la conférence d’Annapolis qui s’est réunie en novembre aux Etats-Unis. M. Abbass a été accusé par le Hamas d’appuyer tacitement le blocus pour mettre en difficulté le mouvement islamiste.

Israël, seul bénéficiaire

Certes, d’aucuns ne doutent que le seul à profiter de cette situation est l’Etat hébreu qui veut saisir cette occasion pour se débarrasser une fois pour toutes de cette parcelle de territoire qui lui est un casse-tête. Dès le début de la crise, Israël a annoncé son intention de se décharger du sort de Gaza sur l’Egypte puisque leur frontière commune est « tombée », une perspective rejetée aussi bien par le Hamas que par le président palestinien. « Il faut comprendre que lorsque Gaza est ouvert de l’autre côté, nous en perdons la responsabilité. Nous voulons par conséquent nous en séparer », a affirmé jeudi le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï à la radio militaire. Vilnaï a précisé qu’Israël voulait couper les ponts avec l’étroite bande côtière peuplée d’un million et demi d’habitants d’où il avait évacué en été 2005 ses colons et son armée tout en gardant le contrôle de ses frontières. Selon Vilnaï, l’effort de désengagement israélien prendra la forme d’un arrêt des fournitures en électricité, en eau et en médicaments « afin qu’elles proviennent d’un autre endroit ». « Nous ne sommes responsables qu’à partir du moment où il n’y pas de solution de rechange », a-t-il souligné, laissant entendre qu’il reviendrait désormais à l’Egypte de gérer la crise humanitaire à Gaza.

Un responsable militaire israélien a confirmé que l’Etat juif souhaitait que l’Egypte fournisse désormais les services et marchandises de base à Gaza et accueille les organisations humanitaires qui s’occupent du territoire.

Selon un collaborateur de Mahmoud Abbass, le désengagement annoncé d’Israël s’inscrit dans le cadre d’« un vieux plan visant à séparer Gaza du reste du corps palestinien » — la Cisjordanie — et qui met en péril le processus de paix. De son côté, Sami Abou-Zouhri, porte-parole du Hamas, a déclaré qu’Israël ne saurait s’exempter de sa responsabilité « car la bande de Gaza reste un territoire occupé », dont Israël continue à contrôler les frontières avec son propre territoire.

Rania Adel

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