Rafah.
La crise provoquée par le blocus israélien dans la bande de
Gaza soulève la question du contrôle de la frontière avec l’Egypte.
Une brèche à colmater
A
qui revient le contrôle des frontières ? C’est la question
qui résume toute la situation dans la bande de Gaza. Entre
une volonté du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud
Abbass de reprendre le contrôle des frontières de la bande
de Gaza, un désir du Hamas de continuer à s’imposer, un
bouclage de la part d’Israël qui profite de ce désordre et
une Egypte affectée par la situation, le sort de la bande de
Gaza bascule. Ce sort était au centre des discussions tenues
dimanche à Jérusalem entre le premier ministre israélien
Ehud Olmert et le président de l’Autorité palestinienne
Mahmoud Abbass, suite à l’ouverture de force de la frontière
entre la bande de Gaza et l’Egypte par le mouvement
islamiste du Hamas, en réponse au bouclage hermétique du
territoire.
MM. Abbass et Olmert « ont discuté longuement de la
situation à Gaza et se sont mis d’accord pour éviter une
crise humanitaire », a déclaré un responsable de la
présidence du Conseil israélien, David Baker. Une
déclaration opaque qui ne laisse entrevoir aucune mesure
concrète qui sera prise prochainement.
Ces
entretiens entre MM. Abbass et Olmert sont les premiers
depuis le début du blocus de la bande de Gaza par Israël, le
17 janvier, qui a provoqué d’importantes coupures
d’électricité et de pénuries de produits de base.
Outre la
rencontre Abbass-Olmert, les dirigeants égyptiens mèneront
des consultations séparées avec le président palestinien
Mahmoud Abbass et des responsables du mouvement islamiste, a
annoncé dimanche le Hamas. Le Hamas a accepté vendredi une
proposition égyptienne de rencontre au Caire avec le Fatah
du président palestinien Mahmoud Abbass dans le cadre d’une
tentative de rapprochement inter-palestinien.
« Moi-même et tous les frères de la direction du Hamas
serons heureux de participer et nous chercherons à faire de
ce dialogue un succès », a déclaré le chef du mouvement
islamiste, Khaled Méchaal. Celui-ci a minimisé tout risque
de conflit avec l’Egypte et déclaré que le Hamas serait prêt
à partager le contrôle du principal point de passage de
Rafah avec le Fatah et les autorités égyptiennes. « Les
préoccupations sécuritaires des autorités égyptiennes sont
compréhensibles et nous avons dit que nous étions prêts à
partager la gestion du point de passage de Rafah », a-t-il
dit.
Alors
que M. Abbass souhaite reprendre le contrôle des points de
passage de Gaza, sans la participation du Hamas, ce dernier
rejette toute solution excluant ses forces ou prévoyant le
déploiement d’un contingent ou d’observateurs étrangers. «
Nous confirmons notre refus de revenir aux arrangements
concernant le passage de Rafah que nous considérons comme
caducs », a déclaré un porte-parole du Hamas, Sami
Abou-Zouhri, en référence à l’accord de novembre 2005 qui
avait permis l’ouverture de Rafah après le retrait israélien
de Gaza et le déploiement à la frontière d’observateurs
européens. Une source proche du mouvement a déclaré que
l’entrée massive de Palestiniens se poursuivrait tant qu’un
accord ne serait pas conclu.
Le
conflit entre le Fatah et le Hamas, qui a pris le contrôle
en juin dernier de la bande de Gaza, s’est accentué lorsque
Abbass a accepté de reprendre des discussions de paix avec
Israël, après la conférence d’Annapolis qui s’est réunie en
novembre aux Etats-Unis. M. Abbass a été accusé par le Hamas
d’appuyer tacitement le blocus pour mettre en difficulté le
mouvement islamiste.
Israël,
seul bénéficiaire
Certes,
d’aucuns ne doutent que le seul à profiter de cette
situation est l’Etat hébreu qui veut saisir cette occasion
pour se débarrasser une fois pour toutes de cette parcelle
de territoire qui lui est un casse-tête. Dès le début de la
crise, Israël a annoncé son intention de se décharger du
sort de Gaza sur l’Egypte puisque leur frontière commune est
« tombée », une perspective rejetée aussi bien par le Hamas
que par le président palestinien. « Il faut comprendre que
lorsque Gaza est ouvert de l’autre côté, nous en perdons la
responsabilité. Nous voulons par conséquent nous en séparer
», a affirmé jeudi le vice-ministre israélien de la Défense
Matan Vilnaï à la radio militaire. Vilnaï a précisé
qu’Israël voulait couper les ponts avec l’étroite bande
côtière peuplée d’un million et demi d’habitants d’où il
avait évacué en été 2005 ses colons et son armée tout en
gardant le contrôle de ses frontières. Selon Vilnaï,
l’effort de désengagement israélien prendra la forme d’un
arrêt des fournitures en électricité, en eau et en
médicaments « afin qu’elles proviennent d’un autre endroit
». « Nous ne sommes responsables qu’à partir du moment où il
n’y pas de solution de rechange », a-t-il souligné, laissant
entendre qu’il reviendrait désormais à l’Egypte de gérer la
crise humanitaire à Gaza.
Un
responsable militaire israélien a confirmé que l’Etat juif
souhaitait que l’Egypte fournisse désormais les services et
marchandises de base à Gaza et accueille les organisations
humanitaires qui s’occupent du territoire.
Selon un
collaborateur de Mahmoud Abbass, le désengagement annoncé
d’Israël s’inscrit dans le cadre d’« un vieux plan visant à
séparer Gaza du reste du corps palestinien » — la
Cisjordanie — et qui met en péril le processus de paix. De
son côté, Sami Abou-Zouhri, porte-parole du Hamas, a déclaré
qu’Israël ne saurait s’exempter de sa responsabilité « car
la bande de Gaza reste un territoire occupé », dont Israël
continue à contrôler les frontières avec son propre
territoire.
Rania
Adel