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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Rafah . Face aux manifestations de soutien aux Palestiniens de Gaza, le gouvernement, qui craint un effet de domino islamiste, tente de reprendre le contrôle des frontières.

Les limites de l’hospitalité

Après deux tentatives infructueuses vendredi et samedi de refermer la frontière avec la bande de Gaza, le flot des Palestiniens se poursuit. Le 23 janvier, des hommes masqués ont ouvert à l’explosif des brèches dans le mur en béton situé côté palestinien de la frontière, permettant une ruée vers la partie égyptienne de la ville de Rafah de centaines de milliers de Palestiniens fuyant le blocus imposé une semaine plus tôt par Israël.

Depuis que le Hamas a pris le pouvoir dans la bande de Gaza, où résident 1,5 million d’habitants, l’Egypte et Israël avaient imposé une fermeture de la frontière. Aujourd’hui, le gouvernement égyptien est confronté à un dilemme. Il ne veut pas donner l’impression d’aider le blocus israélien, mais redoute également la contagion islamiste. Déjà, aux prises avec ses propres Frères musulmans, l’Egypte est très peu disposée à ouvrir ses frontières avec un territoire gouverné par des militants islamistes. « Le Hamas est organiquement lié à la Confrérie des Frères musulmans, ce sont les Frères des territoires palestiniens », estime le chercheur Emad Gad, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Les membres du Hamas préfèrent les scénarios chaotiques, cela leur permet de faire pression sur l’Egypte et l’Autorité palestinienne », ajoute-t-il.

La pénurie totale avait amené les Palestiniens à se tourner vers l’Egypte qui, dans un premier temps, a essayé de les repousser. Mais le maintien du blocus par Israël qui met en avant son « droit à l’autodéfense » a placé l’Egypte dans une situation embarrassante. Les images de femmes et d’enfants palestiniens brutalement repoussés par les garde-frontières égyptiens ont indigné l’opinion publique. Une série de manifestations avaient gagné l’Egypte ces derniers jours, dénonçant la punition collective imposée par Israël aux Palestiniens et appelant le gouvernement égyptien à leur ouvrir sa frontière. Accusé d’avoir fomenté ces manifestations à la demande de Khaled Mechaal, le dirigeant politique du Hamas, le guide suprême de la Confrérie des Frères musulmans, Mahdi Akef, affirme : « Nos contacts avec le Hamas sont permanents et ne se sont jamais interrompus. Mais Mechaal ne m’a rien demandé, c’est nous qui assumons notre responsabilité exigée par notre propre conscience », ajoute-t-il. Depuis son exil en Syrie, Khaled Mechaal a pris à partie le gouvernement égyptien, l’accusant de « collaborer avec les sionistes ». Des critiques qui ont trouvé leur écho à l’intérieur.

Mais il n’y avait pas que les islamistes. D’autres manifestations de solidarité ont été organisées dans les universités et les syndicats professionnels. Ce fut l’une des rares occasions où les activistes des partis de l’opposition laïques sont descendus dans la rue aux côtés des Frères musulmans, même si l’attitude et les desseins divergent. « Nous refusons que les gens du Hamas considèrent que leur principauté leur donne le droit de violer la souveraineté de l’Egypte », s’indigne Réfaat Al-Saïd, président du parti du Rassemblement (gauche). Et de reprendre : « Mais ce n’est pas parce que les Frères musulmans défendent le Hamas, que nous devons arrêter de défendre le peuple palestinien contre les agressions israéliennes. Nous défendons les Palestiniens et pas les gens du Hamas qui, eux, ont de quoi manger ». « Les Frères musulmans ont peut-être été aux premiers rangs, mais derrière eux, ils avaient tout le peuple égyptien. La preuve en est que les cargaisons d’aides et de vivres ont afflué de partout. Ce sont les sentiments de toute la population égyptienne à l’égard de ses frères et sœurs palestiniens », affirme le député islamiste Ali Fath Al-Bab.

Mais ce sont ceux qui étaient « aux premiers rangs », qui ont récolté en popularité leurs efforts mobilisateurs. « Les Frères musulmans ont sûrement profité de la sympathie de l’opinion publique. Ce sont eux qui mènent la vaste campagne de solidarité avec les Palestiniens. Actuellement, c’est une compétition entre eux et le gouvernement pour avoir la rue de son côté », constate Amr Al-Choubaki du CEPS d’Al-Ahram.

Craignant de se mettre à dos l’opinion publique, mais aussi souhaitant couper l’herbe sous les pieds des Frères, les forces de sécurité égyptiennes ont reçu l’ordre présidentiel de « laisser passer ». « L’Egypte ne permettra pas de laisser affamer le peuple palestinien ou que la situation dans la bande de Gaza se transforme en désastre humanitaire », a annoncé le président Hosni Moubarak.

Mais pour l’Egypte qui ne souhaite pas voir sa générosité exploitée outre-mesure, pas question de permettre aux Palestiniens de Gaza de s’établir. Des barrages et des contrôles d’identité ont été mis en place sur les principales routes pour les empêcher de progresser plus loin à l’intérieur du pays. En parallèle, pour les amener à rentrer chez eux après un ravitaillement en produits de première nécessité, les forces de sécurité ont commencé à interdire aux convois de vivres d’atteindre la ville de Rafah, histoire de la soumettre à une pénurie calculée. Mais l’Egypte semble surtout miser sur une solution négociée avec le Hamas et l’Autorité palestinienne pour régler le problème du contrôle de la frontière.

Un espoir qu’exclut dans le court terme Amr Al-Choubaki. Pour lui, c’est plutôt un scénario de confrontation qui mettra un terme à la situation actuelle. « Pour rompre avec cet état de sympathie envers les habitants de Gaza, l’Egypte commencera à parler du démantèlement de réseaux terroristes fictifs ou d’affrontements avec les forces de sécurité égyptiennes et je n’exclus pas un attentat terroriste dans le Sinaï programmé par le Mossad, dont on fera porter la responsabilité aux Palestiniens et au Hamas. Après, on aura droit aux échanges d’accusations habituels entre les pays arabes ».

Déjà, dimanche, des sources sécuritaires ont déclaré l’arrestation de quelque 3 000 palestiniens qui s’étaient infiltrés au Caire et dans d’autres gouvernorats et dont certains avaient sur eux « des armes et des explosifs ». Alors que le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, faisait état vendredi de 38 blessés, dont deux dans un état grave, parmi les forces de sécurité égyptiennes « à cause des actions d’éléments palestiniens ».

De son côté, Israël a invité ses citoyens se trouvant dans le Sinaï à rentrer immédiatement par crainte d’attentats ou d’enlèvements. Les attentats meurtriers perpétrés dans la péninsule en avril 2006, en juillet 2005 et en octobre 2004, ont été précédés par des mises en garde semblables à l’intention des ressortissants israéliens .

Chérif Albert

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