Al-Ahram Hebdo,Invité | Ibrahim Ibrach, « La préservation de la culture est une garantie de survie de notre nation »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Invité

Le ministre palestinien de la Culture, Ibrahim Ibrach, évoque la situation humanitaire dramatique dans la bande de Gaza et les difficultés que rencontre l’activité culturelle palestinienne sous l’occupation. 

« La préservation de la culture est une garantie
de survie de notre nation »
 

Al-Ahram Hebdo : Comment l’Autorité palestinienne entend-elle s’opposer au blocus imposé par Israël aux habitants de la bande de Gaza ?

Ibrahim Ibrach : Les pratiques israéliennes à Gaza sont des crimes contre l’humanité. Et ce n’est pas la première fois qu’Israël recoure à ces pratiques de terrorisme d’Etat. Les Palestiniens ont dû endurer ce genre de crime tout au long des 60 dernières années. C’est pour cela que le discours sur la paix et sur le règlement du conflit que le gouvernement israélien essaye souvent de présenter au monde n’a aucune crédibilité. Car ses pratiques sur le terrain montrent exactement le contraire. Nous avons reconnu l’Etat d’Israël à Oslo. En retour, Israël n’a rempli aucun de ses engagements. Au contraire, il a intensifié sa présence sur les terres palestiniennes à travers les colonies. Et cela en plus des blocus économiques continus imposés de différentes manières aux territoires occupés. Toutes ces pratiques ont conduit à la situation qu’on connaît aujourd’hui à Gaza. Lorsqu’Israël devient responsable, chaque jour des crimes sont commis dont sont victimes un très grand nombre de citoyens palestiniens innocents. Pour cette raison, il est évident qu’Israël veut tout sauf la paix.

Quelles sont les conséquences humanitaires de la politique de punition collective imposée par Israël à Gaza ?

— La principale conséquence de ces pratiques et spécialement du blocus est la claire dégénération de l’état de santé d’une bonne partie de la population. L’état de pauvreté généralisée, dans lequel se trouvent les gens résultant de la détérioration des conditions de vie, et cela en plus de la pénurie des denrées alimentaires, des médicaments et de la situation très précaire des hôpitaux. Ce qui entraîne une crise humanitaire avec des conséquences imprévisibles. De plus, le niveau de l’enseignement est en train d’être affecté et la totalité de l’infrastructure est en voie de destruction. Les Israéliens n’ont pas laissé une seule institution ou usine sans la démolir. Cela au point qu’on peut considérer qu’aujourd’hui les conditions de vie à Gaza ont régressé de 50 ans.

Quelle est votre évaluation des résultats de la visite du président George Bush dans la région ? En quoi a-t-elle influencé la situation ?

— La visite de Bush ne nous a rien apporté de positif. Au contraire, je considère qu’elle a eu des répercussions dangereuses pour toute la cause palestinienne. Ce n’est pas la première fois que je dis cela. A mon avis, le président Bush est venu nous gifler dans notre propre maison. Et cela lorsqu’il a exprimé sa position qui va de pair avec les revendications israéliennes en disant qu’il ne fallait plus compter avec la légitimité internationale, qu’il n’y aurait pas de retour aux frontières de 1967, qu’il n’y aurait plus de droit au retour des réfugiés. Il nous a dit, à sa manière, qu’il fallait oublier Jérusalem, considérant cette question comme étant éternellement reportée. De cette façon, il a adopté à 100 % le discours des Israéliens. Et pour cette raison, nous ne pouvons pas compter sur l’impartialité des Etats-Unis.

Quelle sera l’issue de la division actuelle ente le Fatah qui contrôle la Cisjordanie, et le Hamas, qui domine la bande de Gaza ?

— Il faut dire qu’Israël n’est pas seulement contre le Hamas ou contre le projet de la résistance palestinienne. Il est contre notre projet de paix et contre tout notre peuple. La preuve en est que dans le même temps, il œuvre pour l’échec de tout projet de paix, à travers ses pratiques de meurtre et de destruction menées à Gaza et en Cisjordanie, et cela malgré l’existence d’une Autorité palestinienne qui reconnaît Israël et qui a opté pour la paix et le dialogue. Pour cette raison, ma conclusion est qu’Israël est contre l’ensemble du peuple palestinien soit-il partisan de la paix ou de la résistance.

Pour cette raison, il est temps pour les Palestiniens de se remettre en question, que ce soit du côté de ceux qui sont partisans de la résistance ou de la paix. Et cela pour qu’il y ait une stratégie nationale unifiée, ce qui demande courage et clairvoyance. Ceux qui sont partisans du projet de la résistance doivent admettre que leur projet a abouti à une impasse à cause de la mauvaise stratégie adoptée. Car celle-ci est en train d’être conduite par des factions. Elle ne pourra jamais aboutir à moins d’être insérée dans une stratégie nationale, et non celle d’un parti. La même chose s’applique aux partisans de la paix. La stratégie de la paix ne peut pas être celle d’un groupe ou d’un parti. Pour qu’elle réussisse et aboutisse à des résultats concrets, elle doit être la voie choisie par toute la population. Et cela est la raison principale qui a créé la situation de dichotomie dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui en Palestine, et qui a si bien été capitalisée par Israël et par les Etats-Unis. Finalement, ce que je veux dire est qu’il n’y pas d’erreur dans le concept de résistance. Le problème est comment celui-ci est mis en pratique. La même chose vaut pour la recherche de la paix, le problème se trouve dans la manière dont sont menées les négociations devant conduire à la paix.

Quelle est votre action au sein du ministère de la Culture pour la préservation de la mémoire palestinienne et cela à la lumière des nombreuses tentatives de l’Etat hébreu de l’effacer ?

— C’est un très grand défi culturel mais aussi politique. Il nous pousse à nous poser la question suivante : que se passera-t-il si notre génération échoue à créer un Etat palestinien ? Et cela alors que l’option de la résistance armée a échoué et que les pourparlers ne semblent pas non plus aboutir à grand-chose. Nous devons penser à l’héritage que nous devons laisser aux prochaines générations. Si nous n’avons pas réussi jusqu’à présent à leur laisser un pays indépendant, il faut au moins penser à leurs laisser une culture nationale et un sentiment d’identité renforcé, pour qu’ils puissent poursuivre le projet de libération de notre patrie. A chaque fois qu’on sent que les horizons politiques se referment, il faut aller dans la direction de l’élargissement des horizons culturels. Et cela pour que nous puissions préserver notre identité et la fidélité des nôtres à la cause nationale. De cette manière, je dis toujours que la préservation de la culture est une importante garantie de survie de notre nation. C’est pour cette raison que j’essaye toujours de me battre pour attirer l’intérêt sur cette question. Et dans la mesure des ressources très limitées avec lesquelles nous travaillons, nous essayons de nous investir pour promouvoir la culture de nos enfants. Nous avons de nombreux projets sur la littérature pour enfants. Dans nos centres culturels, nous organisons de nombreuses activités comme des tournois et des concours pour les enfants. Et cela en plus des groupes de théâtre et de musique. Au niveau des publications, nous soutenons toutes les initiatives qui vont dans le sens de la préservation de l’identité et de la culture palestiniennes. Mais il faut aussi dire que nous travaillons dans des conditions quasi impossibles, où nous faisons face quotidiennement à toutes les difficultés imposées par la vie sous l’occupation et cela sans parler, comme je l’ai déjà dit, des ressources financières quasi inexistantes. C’est pour cela que je dis toujours que, lorsqu’il s’agit du projet de préservation de l’identité nationale palestinienne, il faut que cette responsabilité soit assumée non seulement par le ministère de la Culture, mais par l’ensemble des institutions gouvernementales et aussi par celles de la société civile.

Dans le rapport du Groupe de haut niveau des Nations-Unies pour l’Alliance des civilisations, il a été demandé la réécriture de l’histoire du conflit israélo-palestinien, pour que de nouvelles générations puissent avoir recours à une version honnête de ce conflit. Qu’en pensez-vous ?

— Nous savons bien qu’en plus de la politique d’occupation et d’Apartheid, Israël a toujours œuvré pour déformer les faits sur le terrain et même l’écriture de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Ils ont toujours voulu écrire l’histoire des soixante dernières années selon les références sionistes, et cela est évidemment inacceptable. Pendant très longtemps, ils ont essayé de mentir au monde sur l’expulsion de trois quarts de millions de Palestiniens de leurs foyers en 1948, en prétendant qu’ils étaient partis de leur propre gré. Et cela jusqu’à ce que leurs propres historiens aient admis qu’il s’agissait d’un mensonge et d’une déformation pure et simple de l’histoire. En ce qui concerne le dialogue des civilisations, il s’agit sans doute d’une initiative positive, mais je dois dire que nous les Palestiniens, avons été les premiers à lancer ce dialogue. Nous avons fait cela au cours des années 1970 lorsque l’Organisation pour la libération de la Palestine a souligné dans sa charte la nécessité d’une nation palestinienne démocratique, laïque. Et a dit que dans cette nation démocratique devraient vivre ensemble, et en paix, juifs, musulmans et chrétiens. C’est Israël qui a toujours refusé ce principe de coexistence entre les religions et les civilisations.

Propos recueillis par Randa Achmawi

 




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