Néo-Wafd.
Après un verdict de la Haute Cour administrative en sa
faveur, Noemane Gomaa (ancien président du parti évincé en
2006) réclame son retour à la tête de cette formation de la
droite libérale.
Lutte fratricide
Ce
verdict n’a fait que relancer la guerre au sein du néo-Wafd
entre les partisans de Gomaa et ceux de l’actuel chef
du parti, Mahmoud Abaza. La cour a jugé invalide la décision
du comité des partis (ndlr : organe officiel chargé
d’approuver ou désapprouver la création des partis
politiques en Egypte) de reconnaître Mahmoud Abaza comme
président du néo-Wafd. Pour prendre sa décision, le comité
s’était référé à l’avis de l’assemblée générale du parti,
tenue en juin 2006, décrétant le limogeage de Noemane Gomaa
et l’élection de Mahmoud Abaza. Or, la cour a estimé que
cette assemblée générale a été déclarée elle-même invalide
par un verdict antérieur et fait l’objet d’un examen devant
la justice. Le verdict remet face à face les partisans des
deux fronts. « Ce verdict rend la présidence de Mahmoud
Abaza illégale. Je suis jusqu’à présent le président du
parti et ce verdict est la plus grande preuve de ma
légitimité », affirme Noemane Gomaa.
Gomaa a
fait savoir qu’il avait l’intention de créer un nouvel
organe d’expression pour le parti. Il a envoyé des lettres
aux banques, au Haut Conseil de la presse, au comité des
partis ainsi qu’au ministère de l’Intérieur pour leur
signifier le verdict de la cour. « Je suis le président
légitime du parti élu par l’assemblée générale. Ce verdict
ne changera rien. Gomaa a été limogé sur décision du Haut
Comité du parti », réplique Abaza. Tout en affirmant qu’il
respectait la justice, Abaza a cherché à minimiser la portée
du jugement. Il offre sa propre interprétation de celui-ci :
« Nous respectons les décisions de la justice. Mais ce
verdict de la Cour administrative ne tranche pas un litige
sur la présidence du parti. Il porte sur les prérogatives du
comité des partis qui n’a pas le droit de nommer les chefs
des formations », déclare Abaza. Il récuse la décision du
tribunal d’invalider l’assemblée générale de juin 2006. « Il
n’est pas du ressort de la Cour administrative de juger de
la validité de l’assemblée générale mais cette compétence
revient aux tribunaux civils normaux. J’ai accédé à la tête
du parti en suivant les canaux légaux et j’ai été choisi par
la majorité des voix de l’assemblée générale et du Haut
Comité du néo-Wafd conformément au règlement interne »,
affirme Abaza.
Dès
l’annonce du verdict, Mahmoud Abaza a convoqué une réunion
du Haut Comité du néo-Wafd. Celui-ci a décidé de former un
front juridique pour faire face à Noemane Gomaa. Le Haut
Comité a décidé en outre de présenter un mémorandum au
comité des partis expliquant la vision du néo-Wafd par
rapport au verdict. Mahmoud Abaza a de même appelé à la
tenue d’une assemblée générale au mois de février pour
renouveler la confiance en lui en tant que chef du parti.
Des mesures que Noemane Gomaa qualifie de « tentatives
désespérés » du front Abaza pour se donner une légitimité. «
La loi est de mon côté et je vais poursuivre les procédures
pour revenir et reprendre en main le parti », affirme Gomaa.
La crise
au néo-Wafd avait éclaté au grand jour en 2005. L’échec de
Noemane Gomaa, très contesté au sein du parti et accusé de
dictature, aux élections présidentielles (il n’a obtenu que
2,9 % des voix) a durci le front réformateur opposé à sa
gestion du parti. Le 18 janvier 2006, le Haut Comité du
néo-Wafd démet Noemane Gomaa de ses fonctions de président
et nomme à sa place Mahmoud Abaza. Mais Gomaa a réussi à
conserver son poste et à intégrer son bureau sur décision du
procureur général. Des affrontements sanglants ont alors
éclaté entre les partisans des deux camps au mois d’avril
2006 au siège du parti à Doqqi, au Caire avec un bilan de 23
blessés. « Ce serait une catastrophe pour le parti si
Noemane Gomaa revenait. Il a totalement détruit le parti »,
lance l’un des opposants de Gomaa au sein du néo-Wafd. Les
adversaires de Gomaa lui reprochent d’avoir accepté d’être
l’un des acteurs de la « mascarade » des élections
présidentielles au cours desquelles les candidats de
l’opposition n’étaient que de simples figurants dont le rôle
était d’assurer le « décor » nécessaire aux élections.
Commentant le verdict de la Cour administrative, le
président de l’Assemblée du peuple, Ahmad Fathi Sourour, a
estimé que le verdict n’annule pas la décision de nommer
Mahmoud Abaza à la présidence du parti mais la « suspend ».
Sourour a soutenu Mahmoud Abaza en affirmant que le verdict
porte sur la décision du comité des partis et non pas sur la
présidence du parti.
Le
verdict a donné lieu à un imbroglio juridique. Les partisans
de Gomaa ont fait savoir qu’ils auront recours à la sécurité
pour faire appliquer le verdict. La guerre des recours et
des contre-recours en justice va continuer .
May Al-Maghrabi