Al-Ahram Hebdo, Egypte | Lutte fratricide
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Egypte

Néo-Wafd. Après un verdict de la Haute Cour administrative en sa faveur, Noemane Gomaa (ancien président du parti évincé en 2006) réclame son retour à la tête de cette formation de la droite libérale.

Lutte fratricide

Ce verdict n’a fait que relancer la guerre au sein du néo-Wafd entre les partisans de  Gomaa et ceux de l’actuel chef du parti, Mahmoud Abaza. La cour a jugé invalide la décision du comité des partis (ndlr : organe officiel chargé d’approuver ou désapprouver la création des partis politiques en Egypte) de reconnaître Mahmoud Abaza comme président du néo-Wafd. Pour prendre sa décision, le comité s’était référé à l’avis de l’assemblée générale du parti, tenue en juin 2006, décrétant le limogeage de Noemane Gomaa et l’élection de Mahmoud Abaza. Or, la cour a estimé que cette assemblée générale a été déclarée elle-même invalide par un verdict antérieur et fait l’objet d’un examen devant la justice. Le verdict remet face à face les partisans des deux fronts. « Ce verdict rend la présidence de Mahmoud Abaza illégale. Je suis jusqu’à présent le président du parti et ce verdict est la plus grande preuve de ma légitimité », affirme Noemane Gomaa. Gomaa a fait savoir qu’il avait l’intention de créer un nouvel organe d’expression pour le parti. Il a envoyé des lettres aux banques, au Haut Conseil de la presse, au comité des partis ainsi qu’au ministère de l’Intérieur pour leur signifier le verdict de la cour. « Je suis le président légitime du parti élu par l’assemblée générale. Ce verdict ne changera rien. Gomaa a été limogé sur décision du Haut Comité du parti », réplique Abaza. Tout en affirmant qu’il respectait la justice, Abaza a cherché à minimiser la portée du jugement. Il offre sa propre interprétation de celui-ci : « Nous respectons les décisions de la justice. Mais ce verdict de la Cour administrative ne tranche pas un litige sur la présidence du parti. Il porte sur les prérogatives du comité des partis qui n’a pas le droit de nommer les chefs  des formations », déclare Abaza. Il récuse la décision du tribunal d’invalider l’assemblée générale de juin 2006. « Il n’est pas du ressort de la Cour administrative de juger de la validité de l’assemblée générale mais cette compétence revient aux tribunaux civils normaux. J’ai accédé à la tête du parti en suivant les canaux légaux et j’ai été choisi par la majorité des voix de l’assemblée générale et du Haut Comité du néo-Wafd conformément au règlement interne », affirme Abaza.

Dès l’annonce du verdict, Mahmoud Abaza a convoqué une réunion du Haut Comité du néo-Wafd. Celui-ci a décidé de former un front juridique pour faire face à Noemane Gomaa. Le Haut Comité a décidé en outre de présenter un mémorandum au comité des partis expliquant la vision du néo-Wafd par rapport au verdict. Mahmoud Abaza a de même appelé à la tenue d’une assemblée générale au mois de février pour renouveler la confiance en lui en tant que chef du parti. Des mesures que Noemane Gomaa qualifie de « tentatives désespérés » du front Abaza pour se donner une légitimité. « La loi est de mon côté et je vais poursuivre les procédures pour revenir et reprendre en main le parti », affirme Gomaa.

La crise au néo-Wafd avait éclaté au grand jour en 2005. L’échec de Noemane Gomaa, très contesté au sein du parti et accusé de dictature, aux élections présidentielles (il n’a obtenu que 2,9 % des voix) a durci le front réformateur opposé à sa gestion du parti. Le 18 janvier 2006, le Haut Comité du néo-Wafd démet Noemane Gomaa de ses fonctions de président et nomme à sa place Mahmoud Abaza. Mais Gomaa a réussi à conserver son poste et à intégrer son bureau sur décision du procureur général. Des affrontements sanglants ont alors éclaté entre les partisans des deux camps au mois d’avril 2006 au siège du parti à Doqqi, au Caire avec un bilan de 23 blessés. « Ce serait une catastrophe pour le parti si Noemane Gomaa revenait. Il a totalement détruit le parti », lance l’un des opposants de Gomaa au sein du néo-Wafd. Les adversaires de Gomaa lui reprochent d’avoir accepté d’être l’un des acteurs de la « mascarade » des élections présidentielles au cours desquelles les candidats de l’opposition n’étaient que de simples figurants dont le rôle était d’assurer le « décor » nécessaire aux élections. Commentant le verdict de la Cour administrative, le président de l’Assemblée du peuple, Ahmad Fathi Sourour, a estimé que le verdict n’annule pas la décision de nommer Mahmoud Abaza à la présidence du parti mais la « suspend ». Sourour a soutenu Mahmoud Abaza en affirmant que le verdict porte sur la décision du comité des partis et non pas sur la présidence du parti.

Le verdict a donné lieu à un imbroglio juridique. Les partisans de Gomaa ont fait savoir qu’ils auront recours à la sécurité pour faire appliquer le verdict. La guerre des recours et des contre-recours en justice va continuer .

  May Al-Maghrabi

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