Pollution Sonore. Le
gouvernement vient de lancer une nouvelle campagne contre ce fléau dans la
capitale. L’initiative n’est pas nouvelle, mais les résultats dépendront cette
fois en partie du comportement des Cairotes.
Du bruit pour rien ?
Sur la
longue liste des problèmes environnementaux en Egypte, la pollution sonore
occupe une place de choix. Mais ce n’est qu’en 2006 que le ministère de
l’Environnement a commencé à s’intéresser à ce problème. Dans ce contexte, il
vient de lancer la première campagne nationale de lutte contre la pollution
sonore. En effet, selon les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé
(OMS), la pollution sonore représente un problème si l’on dépasse la barrière
des 45 décibels durant le jour et 35 décibels la nuit, ceci pour les zones
habitées.
Les
taux en Egypte varient d’un endroit à un autre. Dans le quartier populaire de
Ataba, au centre du Caire, pour ne prendre qu’un exemple, il varie entre 85 et
90 décibels, ce qui est difficile à supporter pour les habitants. Selon une
étude effectuée par l’Agence Egyptienne des Affaires de l’Environnement (AEAE),
ce genre de pollution n’est pas moins néfaste que la pollution de l’air ou de
l’eau, vu ses méfaits sur les nerfs de l’individu, ce qui affecte la
productivité des citoyens. Sans compter ceux d’entre eux qui sont exposés à ce
genre de pollution pendant de longues heures, les ouvriers par exemple, qui
sont menacés de troubles auditifs.
Dans
la zone du Grand-Caire, les sources de pollution sonore sont multiples :
klaxons utilisés sans modération, cris des marchands ambulants, haut parleurs
des appels à la prière, et les échoppes, les garages et les petites fabriques
placées au cœur des zones d’habitation, notamment dans les quartiers
populaires. « Nous avons lancé la campagne en coopération avec 9 ministères
directement ou indirectement concernés, à savoir les ministères de l’Intérieur,
de l’Habitat, des Waqfs, de l’Information, du Tourisme, de l’Education, de la
Santé, de l’Aviation civile et du Transport. Ainsi, un comité a été formé
regroupant des représentants de ces ministères pour préparer une carte de la
pollution sonore du Grand-Caire (Le Caire, Guiza et Qalioubiya) », a annoncé
Magued Georges, le ministre de l’Environnement. Le réseau de détection
comprendra 20 stations fixes et 2 mobiles dans la région du Grand-Caire, dont 5
seront installées sur les grandes places comme Tahrir, Ataba, Ramsès, Roxy et
l’Opéra. Un budget de 4,1 millions de L.E. a été alloué à ce projet.
Parallèlement,
des stratégies seront mises en œuvre pour faire respecter la loi. La loi 4 de
l’année 1994, qui impose diverses sanctions aux contrevenants, n’a jamais été
appliquée. Pour se défaire de ce laxisme, des campagnes d’inspection seront
prochainement organisées à l’intention des établissements industriels et des
lieux de divertissement.
Les
propriétaires des usines qui transgressent la loi sont d’abord avertis, puis
après un délai d’un mois, ils seront sanctionnés. Ils devront verser une amende
allant de 1 000 à 20 000 L.E., et en cas de récidive, ils risquent une peine de
prison allant de 24 heures à trois ans. « D’autre part, toute usine appliquant
les normes sera encouragée par l’octroi de prêts et autres formes d’assistance
financière auxquelles contribue la Banque mondiale », assure Ahmad Gamaleddine,
responsable du département de la pollution sonore auprès du ministère de
l’Environnement. D’autres inspections viseront les cafés et les restaurants qui
abusent des haut-parleurs. En cas de non-respect de la loi, l’établissement
risque la fermeture. « Une ligne verte, 2 52 66 162 a été consacrée pour
recueillir les plaintes des habitants perturbés par les haut-parleurs, sans
avoir besoin de passer par la police », ajoute Gamaleddine.
Changer les comportements
La
sensibilisation est le troisième volet de cette campagne, puisqu’une grande
part du problème réside dans le comportement des Egyptiens. « Les efforts de
tous les ministères concernés ne porteront leurs fruits que lorsque la
population est sensibilisée au problème, c’est alors que les gens commenceront
à changer de comportement », explique Mohamad Kamal, attaché de presse au
ministère de l’Environnement.
« Nous
préparons actuellement des spots télévisés, des brochures, des autocollants sur
la pollution sonore. Nous allons tenir des colloques et des séminaires sur ce
thème », ajoute Kamal. Des brochures seront également distribuées à chaque
automobiliste au moment du renouvellement du permis de conduire. Ces brochures
contiennent des informations sur l’utilisation du klaxon, la maintenance des
pots d’échappement, et l’utilisation des radiocassettes des voitures. «
Actuellement, aucune sanction n’est imposée contre les automobilistes, mais à
partir de 2009, une amende de 50 à 200 L.E. est envisagée. Les mêmes sanctions
seront imposées aux chauffeurs des minibus qui appellent les passagers à haute
voix », a-t-il ajouté.
«
C’est une bonne idée de lancer une campagne, cela veut dire qu’on a commencé à
s’intéresser au problème. Ceci dit, il faut réaliser que quand il s’agit de
changer le comportement des gens, le problème nécessite plus qu’une campagne »,
estime Moustapha Tolba, écologiste responsable d’une ONG. Selon lui, il
faudrait mettre en service des policiers qui ne s’intéresseraient qu’aux
contraventions écologiques. « Il faut séparer cela des contraventions de la
circulation », suggère-t-il.
De son
côté, Nahed Hussein, autre militante de l’environnement, estime que la loi sur
l’environnement est beaucoup plus focalisée sur la pollution de l’air et des
eaux du Nil, au détriment de la pollution sonore. « On s’est toujours très peu
intéressé à ceux qui célèbrent les mariages en pleine rue, utilisant des
haut-parleurs assourdissants, ou lors des séances de condoléances. Le problème
des haut-parleurs des mosquées restent une question très sensible »,
regrette-t-elle encore.
L’initiative
du ministère n’en est qu’à ses débuts, seul le temps permettra d’en évaluer les
résultats.
Mirande Youssef