Privatisation .
Le gouvernement envisage de céder l’usufruit des succursales
de 4 chaînes de grands magasins. Une stratégie à l’opposé de
celle adoptée pour la vente de Omar Effendi, en février
dernier. Explications.
Un nouveau modèle à l’étude
Au
Caire, à l’époque de la monarchie, les magasins Sednaoui,
Hannaux, Benzion ou encore Baie Al-Masnouate étaient perçus
comme l’équivalent des Galeries Lafayette de Paris. Victimes
d’une gestion moribonde depuis des décennies, les enseignes
reviennent aujourd’hui sous les feux de la rampe : le
gouvernement veut en effet adopter un système de cession
d’usufruit des 4 autres grandes chaînes. « Il s’agit de
vendre les sociétés à des investisseurs locaux ou étrangers,
mais sans les succursales qui resteront propriétés de la
Holding de commerce intérieur (publique). Celle-ci les
confiera à l’acheteur pour des périodes allant de 59 à 99
ans », explique Ahmad Abou-Zeid, conseiller du ministre de
l’Investissement sur le dossier de la gestion des actifs
publics. Avant d’ajouter que ce système a, entre autres,
fait ses preuves en France, en Grande-Bretagne, en Arabie
saoudite et au Koweït.
Le projet soulève un vif débat après le tournant dans le
programme de privatisation égyptien constitué par la vente
de Omar Effendi en février 2007. Une campagne d’opposition
acharnée s’était déclenchée contre les termes de cette vente
de la plus grande chaîne nationale de distribution en raison
du prix de cession considéré comme bien inférieur à la
valeur réelle.
Dans le gouvernement, les opposants à la vente de Omar
Effendi assurent que l’adoption de ce nouveau système
d’usufruit vise à échapper aux critiques. « Avec Omar
Effendi, les différentes évaluations sur la valeur des
succursales, supérieures à celles effectuées par la Holding,
ont aggravé la polémique. Si la valeur des succursales avait
été inclue dans la valeur totale de la transaction, cela
aurait pu rapporter 1,4 milliard de L.E., alors que Omar
Effendi a en fait rapporté 530 millions de L.E. à la société
saoudienne Anwal. Donc, nous avons décidé de limiter la
vente au magasin principal de chaque société, sans les
succursales », explique Abou-Zeid.
Système judicieux
Au sein du gouvernement, défenseurs et pourfendeurs du
projet estiment que le système de l’usufruit est judicieux.
Yéhia Hussein Abdel-Hadi, ex-président de Benzion, qui
s’était opposé à la vente de Omar Effendi, assure qu’on
aurait dû appliquer ce système pour cette chaîne (voir 3
questions). Hadi Fahmi, ardent défenseur de la vente de Omar
Effendi, reconnaît aussi que ce mode de cession des 4
grandes chaînes « est très convenable même s’il ne rapporte
pas autant d’argent que si l’on vendait les succursales »,
dit-il à Al-Ahram Hebdo. En premier lieu, parce qu’il
servira à sélectionner les succursales les plus
intéressantes pour la mise en usufruit. Pour se faire, Ahmad
Abou-Zeid explique que le ministère de l’Investissement a
chargé en mars 2007 un centre de recherches, le Barring
Points, dépendant de l’Agence internationale d’aide au
développement (USAID), d’évaluer la performance de toutes
les succursales des quatre chaînes. Les moins performantes
devaient ensuite être vendues par la holding. « Après plus
de 6 mois d’études, seules 80 succursales sur un total de
333 sont assez performantes pour être mises en usufruit »,
résume Abou-Zeid.
Le PDG de la Holding de commerce intérieur Hadi Fahmi
explique également que ce système d’usufruit sert à ce que
le gouvernement conserve ses actifs et qu’il s’inscrit dans
l’intérêt des fournisseurs puisque leurs produits seront
davantage exposés en magasins. « Ces investisseurs vont
dépenser des sommes importantes dans l’achat de nouveaux
produits plutôt que dans l’achat des succursales »,
explique-t-il.
Il y a trois ans, le gouvernement avait bien tenté une autre
méthode de privatisation, avec Hannaux, une des chaînes de
distribution les plus déficitaires. Il a appliqué un système
de partenariat avec le secteur privé, selon lequel ce
dernier prenait en charge les frais de modernisation des
branches, y compris l’achat des nouveaux produits. Avec, en
échange, une participation aux profits de la société. Adel
Abdel-Moghni, président de Hannaux, explique que, grâce à ce
système appliqué à 20 branches sur 60, sa société a réduit
ses pertes. D’après les statistiques de la Holding de
commerce intérieur, les pertes sont passées de 5,2 millions
de livres égyptiennes en 2005/2006 à 2,8 millions de L.E. en
2006/2007. Abdel-Moghni souligne cependant que « bien que ce
système de partenariat ait réussi à améliorer la performance
et la gestion de Hannaux, un lourd fardeau pèse toujours sur
le gouvernement qui voudrait le transmettre au secteur privé
», note-t-il.
Alors laquelle de ces alternatives le gouvernement
choisira-t-il pour « se débarrasser » des 4 grandes chaînes
? Leurs résultats sont alarmants, avec des pertes annuelles
évaluées à des centaines de millions de livres chacune. D’où
l’urgence de trouver une solution.
Omar Effendi : au-delà d’une embellie
Il est midi. Le magasin Omar Effendi de la rue Adli, au
centre-ville du Caire, est l’un des plus grands de la chaîne
de distribution. Un an après la privatisation, la
modernisation du magasin, constitué de 4 étages, se fait
sentir dès l’entrée, qui baigne désormais dans la lumière
avec des murs peints de couleurs vives. Une cafétéria est
installée dans un coin, et les marchandises soigneusement
présentées attirent les clients.
Mais cette embellie n’a pas empêché l’apparition de
désaccords entre la Holding de commerce intérieur qui a
vendu, non sans avoir déclenché une forte polémique, Omar
Effendi à la société saoudienne Anwal. Hadi Fahmi, président
de la holding, qui reste propriétaire de 10 % de Omar
Effendi, s’il n’infirme pas le différend, refuse cependant
d’en dévoiler les causes profondes et se contente de
mentionner des rénovations trop lentes. « La société
saoudienne Anwal traîne en longueur. Son propriétaire, le
cheikh Jamil, avait promis au moment de la vente de
moderniser 5 branches par trimestre. Une promesse qui n’est
pas tenue », s’indigne Fahmi. « Anwal a décidé de commencer
par l’installation d’un réseau électronique entre les 69
branches avant de se lancer pleinement dans le processus de
modernisation. Et cela sous prétexte de mieux gérer les
stocks et d’éviter les disparitions de marchandises,
lesquelles sont très courantes chez Omar Effendi », poursuit
Fahmi.
Des accusations que les responsables d’Anwal contestent.
Chérif Talaat, directeur de la modernisation des branches,
explique que la modernisation prend du temps, car « il n’est
pas question de fermer des branches pendant les travaux. Si
nous fermons un étage, les ventes devront continuer dans le
reste du magasin ». Safinaz Soliman, directrice du marketing
chez Omar Effendi, ajoute que « jusqu’à présent, 65 millions
de L.E. ont été dépensées pour la rénovation, y compris le
réseau électronique liant 40 branches ». Mais Anwal avait
aussi promis de vendre les collections des grandes marques
de prêt-à-porter européennes comme Etam Lingeries et Etam
femme et Xara. Or, dans les branches rénovées, seul du
prêt-à-porter égyptien est proposé. « Attendez les
collections d’été ! Nous signerons les contrats 3 mois avant
le lancement de la collection », se défend Safinaz Soliman.
Si le gouvernement n’est pas satisfait de la performance d’Anwal,
les employés ne sont pas moins mécontents. Ainsi, en
novembre dernier, plus de 1 450 d’entre eux ayant accepté
une mise à la retraite anticipée ont manifesté contre
l’administration actuelle, cette dernière n’ayant pas payé
leur dû. Wahba Abdallah Mohamad, membre du conseil du
Syndicat des ouvriers, explique que les retraités ont
découvert, deux mois après leur départ, que le contrat de
vente publié dans le quotidien Al-Wafd stipule que la prime
de fin de service est équivalente à trois fois le salaire
moyen de l’ensemble de la période travaillée. « Cela
signifie que la prime par employé s’élève à près de 100 000
L.E., alors que le montant qui leur a été versé varie entre
16 000 et 45 000 L.E. », s’insurge Wahba. Et d’ajouter : «
La holding s’est contentée de payer à chacun des employés
une prime équivalente au salaire moyen des deux dernières
années ». Hadi Fahmi renvoie le problème à la cupidité des
nouveaux retraités qui, après avoir quitté la société,
voudraient obtenir des droits supplémentaires. « Ils n’ont
plus aucun droit après avoir reçu leur prime de retraite
anticipée », annonce-t-il. Avis partagé par l’administration
de Omar Effendi puisque Safinaz Soliman déclare à l’Hebdo
que « les employés n’étaient pas obligés de quitter la
société. S’ils l’ont fait, c’était pour bénéficier d’une
offre très généreuse ». Elle ajoute que la société Anwal a
provisionné 70 millions de L.E. pour payer les 1 200 départs
en retraite anticipée. Ce qui fait 58 000 L.E. en moyenne
par individu, une somme bien au-delà de ce que l’entreprise
a effectivement déboursée.
Tout porte à croire que l’affaire Omar Effendi a encore de
beaux jours devant elle .
Dahlia Réda et Gilane
Magdi