Al-Ahram Hebdo, Economie | Un nouveau modèle à l’étude
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Economie

Privatisation . Le gouvernement envisage de céder l’usufruit des succursales de 4 chaînes de grands magasins. Une stratégie à l’opposé de celle adoptée pour la vente de Omar Effendi, en février dernier. Explications.

Un nouveau modèle à l’étude

Au Caire, à l’époque de la monarchie, les magasins Sednaoui, Hannaux, Benzion ou encore Baie Al-Masnouate étaient perçus comme l’équivalent des Galeries Lafayette de Paris. Victimes d’une gestion moribonde depuis des décennies, les enseignes reviennent aujourd’hui sous les feux de la rampe : le gouvernement veut en effet adopter un système de cession d’usufruit des 4 autres grandes chaînes. « Il s’agit de vendre les sociétés à des investisseurs locaux ou étrangers, mais sans les succursales qui resteront propriétés de la Holding de commerce intérieur (publique). Celle-ci les confiera à l’acheteur pour des périodes allant de 59 à 99 ans », explique Ahmad Abou-Zeid, conseiller du ministre de l’Investissement sur le dossier de la gestion des actifs publics. Avant d’ajouter que ce système a, entre autres, fait ses preuves en France, en Grande-Bretagne, en Arabie saoudite et au Koweït.

Le projet soulève un vif débat après le tournant dans le programme de privatisation égyptien constitué par la vente de Omar Effendi en février 2007. Une campagne d’opposition acharnée s’était déclenchée contre les termes de cette vente de la plus grande chaîne nationale de distribution en raison du prix de cession considéré comme bien inférieur à la valeur réelle.

Dans le gouvernement, les opposants à la vente de Omar Effendi assurent que l’adoption de ce nouveau système d’usufruit vise à échapper aux critiques. « Avec Omar Effendi, les différentes évaluations sur la valeur des succursales, supérieures à celles effectuées par la Holding, ont aggravé la polémique. Si la valeur des succursales avait été inclue dans la valeur totale de la transaction, cela aurait pu rapporter 1,4 milliard de L.E., alors que Omar Effendi a en fait rapporté 530 millions de L.E. à la société saoudienne Anwal. Donc, nous avons décidé de limiter la vente au magasin principal de chaque société, sans les succursales », explique Abou-Zeid. 

Système judicieux

Au sein du gouvernement, défenseurs et pourfendeurs du projet estiment que le système de l’usufruit est judicieux. Yéhia Hussein Abdel-Hadi, ex-président de Benzion, qui s’était opposé à la vente de Omar Effendi, assure qu’on aurait dû appliquer ce système pour cette chaîne (voir 3 questions). Hadi Fahmi, ardent défenseur de la vente de Omar Effendi, reconnaît aussi que ce mode de cession des 4 grandes chaînes « est très convenable même s’il ne rapporte pas autant d’argent que si l’on vendait les succursales », dit-il à Al-Ahram Hebdo. En premier lieu, parce qu’il servira à sélectionner les succursales les plus intéressantes pour la mise en usufruit. Pour se faire, Ahmad Abou-Zeid explique que le ministère de l’Investissement a chargé en mars 2007 un centre de recherches, le Barring Points, dépendant de l’Agence internationale d’aide au développement (USAID), d’évaluer la performance de toutes les succursales des quatre chaînes. Les moins performantes devaient ensuite être vendues par la holding. « Après plus de 6 mois d’études, seules 80 succursales sur un total de 333 sont assez performantes pour être mises en usufruit », résume Abou-Zeid.

Le PDG de la Holding de commerce intérieur Hadi Fahmi explique également que ce système d’usufruit sert à ce que le gouvernement conserve ses actifs et qu’il s’inscrit dans l’intérêt des fournisseurs puisque leurs produits seront davantage exposés en magasins. « Ces investisseurs vont dépenser des sommes importantes dans l’achat de nouveaux produits plutôt que dans l’achat des succursales », explique-t-il.

Il y a trois ans, le gouvernement avait bien tenté une autre méthode de privatisation, avec Hannaux, une des chaînes de distribution les plus déficitaires. Il a appliqué un système de partenariat avec le secteur privé, selon lequel ce dernier prenait en charge les frais de modernisation des branches, y compris l’achat des nouveaux produits. Avec, en échange, une participation aux profits de la société. Adel Abdel-Moghni, président de Hannaux, explique que, grâce à ce système appliqué à 20 branches sur 60, sa société a réduit ses pertes. D’après les statistiques de la Holding de commerce intérieur, les pertes sont passées de 5,2 millions de livres égyptiennes en 2005/2006 à 2,8 millions de L.E. en 2006/2007. Abdel-Moghni souligne cependant que « bien que ce système de partenariat ait réussi à améliorer la performance et la gestion de Hannaux, un lourd fardeau pèse toujours sur le gouvernement qui voudrait le transmettre au secteur privé », note-t-il. 

Alors laquelle de ces alternatives le gouvernement choisira-t-il pour « se débarrasser » des 4 grandes chaînes ? Leurs résultats sont alarmants, avec des pertes annuelles évaluées à des centaines de millions de livres chacune. D’où l’urgence de trouver une solution.

Omar Effendi : au-delà d’une embellie

Il est midi. Le magasin Omar Effendi de la rue Adli, au centre-ville du Caire, est l’un des plus grands de la chaîne de distribution. Un an après la privatisation, la modernisation du magasin, constitué de 4 étages, se fait sentir dès l’entrée, qui baigne désormais dans la lumière avec des murs peints de couleurs vives. Une cafétéria est installée dans un coin, et les marchandises soigneusement présentées attirent les clients.

Mais cette embellie n’a pas empêché l’apparition de désaccords entre la Holding de commerce intérieur qui a vendu, non sans avoir déclenché une forte polémique, Omar Effendi à la société saoudienne Anwal. Hadi Fahmi, président de la holding, qui reste propriétaire de 10 % de Omar Effendi, s’il n’infirme pas le différend, refuse cependant d’en dévoiler les causes profondes et se contente de mentionner des rénovations trop lentes. « La société saoudienne Anwal traîne en longueur. Son propriétaire, le cheikh Jamil, avait promis au moment de la vente de moderniser 5 branches par trimestre. Une promesse qui n’est pas tenue », s’indigne Fahmi. « Anwal a décidé de commencer par l’installation d’un réseau électronique entre les 69 branches avant de se lancer pleinement dans le processus de modernisation. Et cela sous prétexte de mieux gérer les stocks et d’éviter les disparitions de marchandises, lesquelles sont très courantes chez Omar Effendi », poursuit Fahmi.

Des accusations que les responsables d’Anwal contestent. Chérif Talaat, directeur de la modernisation des branches, explique que la modernisation prend du temps, car « il n’est pas question de fermer des branches pendant les travaux. Si nous fermons un étage, les ventes devront continuer dans le reste du magasin ». Safinaz Soliman, directrice du marketing chez Omar Effendi, ajoute que « jusqu’à présent, 65 millions de L.E. ont été dépensées pour la rénovation, y compris le réseau électronique liant 40 branches ». Mais Anwal avait aussi promis de vendre les collections des grandes marques de prêt-à-porter européennes comme Etam Lingeries et Etam femme et Xara. Or, dans les branches rénovées, seul du prêt-à-porter égyptien est proposé. « Attendez les collections d’été ! Nous signerons les contrats 3 mois avant le lancement de la collection », se défend Safinaz Soliman.

Si le gouvernement n’est pas satisfait de la performance d’Anwal, les employés ne sont pas moins mécontents. Ainsi, en novembre dernier, plus de 1 450 d’entre eux ayant accepté une mise à la retraite anticipée ont manifesté contre l’administration actuelle, cette dernière n’ayant pas payé leur dû. Wahba Abdallah Mohamad, membre du conseil du Syndicat des ouvriers, explique que les retraités ont découvert, deux mois après leur départ, que le contrat de vente publié dans le quotidien Al-Wafd stipule que la prime de fin de service est équivalente à trois fois le salaire moyen de l’ensemble de la période travaillée. « Cela signifie que la prime par employé s’élève à près de 100 000 L.E., alors que le montant qui leur a été versé varie entre 16 000 et 45 000 L.E. », s’insurge Wahba. Et d’ajouter : « La holding s’est contentée de payer à chacun des employés une prime équivalente au salaire moyen des deux dernières années ». Hadi Fahmi renvoie le problème à la cupidité des nouveaux retraités qui, après avoir quitté la société, voudraient obtenir des droits supplémentaires. « Ils n’ont plus aucun droit après avoir reçu leur prime de retraite anticipée », annonce-t-il. Avis partagé par l’administration de Omar Effendi puisque Safinaz Soliman déclare à l’Hebdo que « les employés n’étaient pas obligés de quitter la société. S’ils l’ont fait, c’était pour bénéficier d’une offre très généreuse ». Elle ajoute que la société Anwal a provisionné 70 millions de L.E. pour payer les 1 200 départs en retraite anticipée. Ce qui fait 58 000 L.E. en moyenne par individu, une somme bien au-delà de ce que l’entreprise a effectivement déboursée.

Tout porte à croire que l’affaire Omar Effendi a encore de beaux jours devant elle .

Dahlia Réda et Gilane Magdi

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.