Al-Ahram Hebdo,Dossier | Gouda Abdel-Khaleq,  « L’agenda de Davos n’est que celui d’une généralisation du capitalisme sauvage »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Dossier

Davos. Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à l’Université du Caire, met en garde contre les objectifs politiques cachés du forum. 

« L’agenda de Davos n’est que celui d’une généralisation du capitalisme sauvage »

Al-Ahram Hebdo : Quel est l’intérêt du Forum économique mondial de Davos ?

Gouda Abdel-Khaleq : Le Forum de Davos est considéré par beaucoup comme un des axes du mal parce qu’il est en quelque sorte le porte-parole du capitalisme véhiculé par les multinationales. En dépit de la participation des représentants gouvernementaux, des présidents et des ministres, les sociétés privées utilisent ce forum comme un moyen pour promouvoir leurs intérêts, aux dépens de ceux des pauvres. Des intérêts que le forum a enrobés de termes comme la démocratie, la paix et la cohabitation. Ceci explique pourquoi à chaque fois que ce forum se tient, un autre forum parallèle se déroule comme à Porto Alegre au Brésil, pour dénoncer la tenue de Davos. Les gens intéressés par la lutte contre la pauvreté sont gênés par l’agenda de Davos.

Que contestent-ils ?

— En fait, l’agenda de Davos n’est que celui d’une généralisation du capitalisme sauvage. Celui-ci parle par exemple de privatisations au maximum et à long terme. Il prône l’ouverture du champ devant les investissements étrangers, tout en détournant les regards des conséquences négatives qui pourraient nuire aux intérêts des peuples. Un simple regard sur la carte internationale permet de découvrir que sur les 100 plus grandes entités au monde, les compagnies représentent 52 % et les Etats 47 %. Auparavant, c’était l’inverse, les Etats représentaient 60 % et les compagnies 40 %. Par exemple, le chiffre d’affaires de la General Motors dépasse de 4 fois le PIB de l’Egypte. Du point de vue économique, c’est une question tout à fait dangereuse. Ceci montre que l’hégémonie du capital international se renforce de plus en plus.

Pire encore, les pays, notamment sous-développés, prennent les recommandations de ce forum comme une politique à suivre.

— Le forum parle cette fois-ci d’un capitalisme à visage humain ...

— C’est tout à fait ridicule. Le capitalisme applique le darwinisme dans le domaine économique. Cette théorie de la loi du plus fort. Il est clair que le capitalisme, comme on le connaît aujourd’hui, en Europe et même dans les pays sous-développés, est basé sur l’exploitation et la soumission. Il parle de lever les barrières devant la libre circulation des capitaux et des travailleurs. Mais en fait, les travailleurs, eux, doivent rester chez eux. Le capital d’une usine au Mexique, par exemple, devrait pouvoir circuler facilement vers les Etats-Unis. C’est le phénomène de la délocalisation. Les ouvriers de l’usine déplacée ne peuvent pas suivre. Cela leur est interdit. Et c’est de là que naît le débat sur l’immigration clandestine. Ainsi, ce terme si honni, la « fuite des capitaux », utilisé auparavant, a disparu, devenant un phénomène très légitime.

— Comment percevez-vous la participation de l’Egypte avec l’élite économique à Davos ?

— Il est évident que l’Egypte s’accommode bien du Forum de Davos. Preuve : les responsables n’ont eu aucun embarras à accueillir les forums régionaux de Davos. On a déjà reçu un forum il y a deux ans, à Charm Al-Cheikh, et on en attend un autre en mai prochain. Aussi, le choix de l’Egypte par les organisateurs du forum n’intervient pas par hasard. Il y a une certaine satisfaction mondiale à l’égard du Caire. Il est clair que l’Egypte adopte bien l’agenda de Davos. Elle a excellé dans la privatisation à long terme en vendant les cimenteries aux investisseurs étrangers. Elle a libéré le capital. Elle a signé l’accord du QIZ avec Israël et les Etats-Unis. Et aujourd’hui, le gouvernement parle d’annuler des subventions sous prétexte de faire des économies. Ce qui est bizarre, c’est qu’au moment où tous les rapports internationaux se félicitent de la performance de l’économie égyptienne, le peuple égyptien, lui, en déplore les conséquences douloureuses.

— Y a-t-il des dimensions politiques dans le Forum de Davos ?

— Oui évidemment. Bien que ce forum soit une réunion non officielle et ne fasse partie d’aucune organisation régionale ou mondiale, et bien que les organisateurs prétendent que son but est de permettre aux participants de se consulter et d’échanger des points de vue seulement, ce qui se passe en marge du forum dévoile bien qu’il existe un autre agenda politique bien déterminé. A Davos, ils parlent de la paix avec Israël. C’est très bizarre. Un tel débat doit avoir lieu par exemple aux Nations-Unies et non pas à Davos. Et comment expliquer aussi la participation de Tzipi Livni, d’Ehud Barak et de Salam Fayad, au forum, au moment où les négociations sont bloquées ? Aussi, parmi les autres objectifs politiques dangereux du forum, c’est la tentative de substituer dans le dictionnaire politique le terme « monde arabe » par « la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ». On parle toujours de « la paix au Moyen-Orient et en Afrique du Nord », et aussi du « développement dans cette même région ainsi libellée ». Le terme « monde arabe » n’est jamais mentionné dans ce forum. Le but est bien clair. On veut redessiner la carte de la région arabe tout en éliminant certains pays comme le Soudan, la Somalie, la Mauritanie et Djibouti et faire inclure confortablement Israël.

Propos recueillis par Aliaa Al-Korachi 

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