Davos.
Les altermondialistes sont sans doute rares en Egypte. La
réunion anti-Davos qui s’est tenue au Caire a peu mobilisé,
juste des représentants de certaines associations
militantes. Reportage.
Une protestation dans l’indifférence
Le
ciel du Caire est chargé de brume, le temps est presque
glacial et surtout pas encourageant pour ces Cairotes
habitués à un climat plus modéré. Cela n’empêche qu’il y a
de l’activité devant les grandes portes du parti Al-Tagammoe
de gauche. A la rue Karim Al-Dawla, située au centre-ville,
plusieurs mouvements et organisations ont décidé de tenir
une journée en parallèle au Forum de Davos intitulée : les
peuples face à la mondialisation sauvage. Une sorte de forum
anti-Davos même si le nom de cette ville suisse n’est
prononcé qu’une seule fois tout au long de la journée. Le
mouvement Santé des peuples, l’Association de développement
de la santé et de l’environnement, le Comité du droit à la
santé, le Groupe égyptien pour la lutte conte la
mondialisation, le mouvement Kéfaya, ainsi que quelques
écrivains et politologues tiennent le panneau. Un événement
sûrement à ne pas rater et plus on y va tôt, plus on est sûr
de trouver une place surtout que « l’invitation est ouverte
à tous les Egyptiens », c’est ce que disaient les
organisateurs de l’événement. Dans la salle située au
premier étage où la réunion devrait se tenir, l’ambiance
n’est pas plus gaie que celle dans la rue, on dirait que des
brumes règnent ici également. Une centaine de chaises
placées devant le podium et sur lesquelles sont assis des
hommes plutôt âgés appuyés sur leurs cannes dans l’attente
du lancement de la séance. Ce ne sont que les conférenciers
en effet. Dans le coin gauche de la salle, des hommes en
djellabas attendent aussi. Ce sont les ouvriers de l’usine
de textile de Mahalla qui avaient donné le coup d’envoi au
célèbre mouvement de grève, qui a constitué en 2007 le point
d’orgue d’une opposition au système économique en cours.
9h30, l’heure du début. Pourtant, il n’y a que
cette
dizaine de personnes dans la salle. Et une heure plus tard,
l’audience ne dépasse pas la vingtaine. Les conférenciers
sont certes plus nombreux que les invités eux-mêmes. Karima
Al-Hefnawi, membre de Kéfaya, dira : « C’est malheureux,
c’est la pluie qui a empêché les gens de venir ». Difficile
de croire que c’est le simple mauvais temps qui a découragé
les militants de l’anti-mondialisation de signer présent ce
jour-ci. « Cette rencontre vise à maîtriser la
mondialisation sauvage et la barbarie du capitalisme mondial
», lance Fakhri Labib, représentant du Forum social arabe au
Caire à l’ouverture de la réunion. « Nous sommes ici
aujourd’hui pour dire que la planète n’est pas uniquement la
propriété du capitalisme sauvage, mais aussi celle du peuple
qui luttera jusqu’au bout pour devenir maître de son avenir
». Successivement se succèdent sur le podium les
représentants de ces différents mouvements. Pendant plus de
deux heures, et sur une musique de fond « l’eau qui coule
dans les robinets à côté », on s’attaque au « militarisme de
la mondialisation ». On met en garde contre « les mauvaises
intentions et les convoitises occidentales à l’égard de nos
richesses et ressources pétrolières ».
Une pause et une seconde séance sur le thème « lutte contre
la mondialisation ». Des chiffres et des statistiques dans
le domaine de la médecine présentés par Hani Sérag, le
représentant du mouvement Santé des peuples, pour dénoncer
le système médical actuel en Egypte. Au bout des deux
premières séances, ou plutôt des deux premiers cours, on
découvre qu’en effet pas grand-chose n’a été dit. Des
rappels historiques pour certains, très peu d’analyses et
quelques présomptions pour d’autres. Les ouvriers prennent
la parole, les choses deviennent un peu plus spontanées,
plus intéressantes. On raconte les luttes et les défis, et
on parle des craintes de l’avenir. « On nous a dit de venir
parler aujourd’hui pour donner l’exemple de notre lutte.
C’est vrai que nous n’avons pas compris grand-chose de ce
qui a été dit ce matin, mais c’est sans aucun doute très
intéressant », lance Mahmoud Saad, l’un des habitants de
Qorsaya, cette île symbole de la lutte contre les
convoitises des hommes d’affaires en Egypte. Ils donnent
pourtant leur propre leçon : « C’est parce que nous sommes
unis autour du problème que nous avons réussi à obtenir gain
de cause », lance-t-il. Mais la pièce de théâtre qui clôture
cette journée de lutte contre la mondialisation ne porte pas
le même message. Un jeune Egyptien à la recherche d’un
travail finit par jouer le rôle d’un singe apprivoisé qui
danse dans les mouleds. En fin de journée, son maître lui
donne une banane et des cacahuètes au lieu de l’argent. Il
va se plaindre au commissariat, puis au tribunal, puis
auprès d’un député au Parlement, passe par les hommes de
religion chrétiens et musulmans ... N’obtenant rien, il
s’identifie au singe se contentant des bananes.
Chaïmaa Abdel-Hamid