Al-Ahram Hebdo, Dossier | Une protestation dans l’indifférence
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Dossier

Davos. Les altermondialistes sont sans doute rares en Egypte. La réunion anti-Davos qui s’est tenue au Caire a peu mobilisé, juste des représentants de certaines associations militantes. Reportage. 

Une protestation dans l’indifférence 

Le ciel du Caire est chargé de brume, le temps est presque glacial et surtout pas encourageant pour ces Cairotes habitués à un climat plus modéré. Cela n’empêche qu’il y a de l’activité devant les grandes portes du parti Al-Tagammoe de gauche. A la rue Karim Al-Dawla, située au centre-ville, plusieurs mouvements et organisations ont décidé de tenir une journée en parallèle au Forum de Davos intitulée : les peuples face à la mondialisation sauvage. Une sorte de forum anti-Davos même si le nom de cette ville suisse n’est prononcé qu’une seule fois tout au long de la journée. Le mouvement Santé des peuples, l’Association de développement de la santé et de l’environnement, le Comité du droit à la santé, le Groupe égyptien pour la lutte conte la mondialisation, le mouvement Kéfaya, ainsi que quelques écrivains et politologues tiennent le panneau. Un événement sûrement à ne pas rater et plus on y va tôt, plus on est sûr de trouver une place surtout que « l’invitation est ouverte à tous les Egyptiens », c’est ce que disaient les organisateurs de l’événement. Dans la salle située au premier étage où la réunion devrait se tenir, l’ambiance n’est pas plus gaie que celle dans la rue, on dirait que des brumes règnent ici également. Une centaine de chaises placées devant le podium et sur lesquelles sont assis des hommes plutôt âgés appuyés sur leurs cannes dans l’attente du lancement de la séance. Ce ne sont que les conférenciers en effet. Dans le coin gauche de la salle, des hommes en djellabas attendent aussi. Ce sont les ouvriers de l’usine de textile de Mahalla qui avaient donné le coup d’envoi au célèbre mouvement de grève, qui a constitué en 2007 le point d’orgue d’une opposition au système économique en cours. 9h30, l’heure du début. Pourtant, il n’y a que cette dizaine de personnes dans la salle. Et une heure plus tard, l’audience ne dépasse pas la vingtaine. Les conférenciers sont certes plus nombreux que les invités eux-mêmes. Karima Al-Hefnawi, membre de Kéfaya, dira : « C’est malheureux, c’est la pluie qui a empêché les gens de venir ». Difficile de croire que c’est le simple mauvais temps qui a découragé les militants de l’anti-mondialisation de signer présent ce jour-ci. « Cette rencontre vise à maîtriser la mondialisation sauvage et la barbarie du capitalisme mondial », lance Fakhri Labib, représentant du Forum social arabe au Caire à l’ouverture de la réunion. « Nous sommes ici aujourd’hui pour dire que la planète n’est pas uniquement la propriété du capitalisme sauvage, mais aussi celle du peuple qui luttera jusqu’au bout pour devenir maître de son avenir ». Successivement se succèdent sur le podium les représentants de ces différents mouvements. Pendant plus de deux heures, et sur une musique de fond « l’eau qui coule dans les robinets à côté », on s’attaque au « militarisme de la mondialisation ». On met en garde contre « les mauvaises intentions et les convoitises occidentales à l’égard de nos richesses et ressources pétrolières ».

Une pause et une seconde séance sur le thème « lutte contre la mondialisation ». Des chiffres et des statistiques dans le domaine de la médecine présentés par Hani Sérag, le représentant du mouvement Santé des peuples, pour dénoncer le système médical actuel en Egypte. Au bout des deux premières séances, ou plutôt des deux premiers cours, on découvre qu’en effet pas grand-chose n’a été dit. Des rappels historiques pour certains, très peu d’analyses et quelques présomptions pour d’autres. Les ouvriers prennent la parole, les choses deviennent un peu plus spontanées, plus intéressantes. On raconte les luttes et les défis, et on parle des craintes de l’avenir. « On nous a dit de venir parler aujourd’hui pour donner l’exemple de notre lutte. C’est vrai que nous n’avons pas compris grand-chose de ce qui a été dit ce matin, mais c’est sans aucun doute très intéressant », lance Mahmoud Saad, l’un des habitants de Qorsaya, cette île symbole de la lutte contre les convoitises des hommes d’affaires en Egypte. Ils donnent pourtant leur propre leçon : « C’est parce que nous sommes unis autour du problème que nous avons réussi à obtenir gain de cause », lance-t-il. Mais la pièce de théâtre qui clôture cette journée de lutte contre la mondialisation ne porte pas le même message. Un jeune Egyptien à la recherche d’un travail finit par jouer le rôle d’un singe apprivoisé qui danse dans les mouleds. En fin de journée, son maître lui donne une banane et des cacahuètes au lieu de l’argent. Il va se plaindre au commissariat, puis au tribunal, puis auprès d’un député au Parlement, passe par les hommes de religion chrétiens et musulmans ... N’obtenant rien, il s’identifie au singe se contentant des bananes.

Chaïmaa Abdel-Hamid 

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