Al-Ahram Hebdo, Monde | Le règne de la division
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Iran . Les Etats-Unis peinent à convaincre les grandes puissances sur un nouveau durcissement des sanctions contre Téhéran, qui juge illégal tout le processus actuel.

Le règne de la division

Les six grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France et Allemagne) ne sont toujours pas d’accord sur une nouvelle résolution renforçant les sanctions contre l’Iran. Elles n’ont pas ainsi tenu leur réunion, prévue vendredi dernier, pour se mettre d’accord sur la formulation de la résolution et ont reporté cette réunion « à la semaine prochaine ». Lundi, l’Iran a mis fermement en garde contre de « sérieuses conséquences » en cas d’une nouvelle résolution de l’Onu renforçant les sanctions contre Téhéran. « Si une résolution est adoptée la semaine prochaine, cela aura des conséquences sérieuses, et nous les annoncerons plus tard », a averti le ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki, sans expliciter ces conséquences. M. Mottaki, présent au Forum économique mondial de Davos, a demandé au Conseil de sécurité de l’Onu de « faire preuve de retenue et de patience » jusqu’à ce que le directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) fasse son rapport définitif sur la collaboration de l’Iran avec l’agence en mars.

Selon le texte de la nouvelle résolution discutée la semaine dernière par les Six à Berlin, l’Iran fera face à l’interdiction de voyage pour les responsables impliqués dans le programme nucléaire, au gel des avoirs de certaines entreprises iraniennes ainsi qu’à une surveillance accrue des banques opérant en Iran. Le texte, qui demande toujours à l’Iran de cesser immédiatement l’enrichissement, exhorte tous les Etats à inspecter les navires et avions-cargos à destination et en provenance d’Iran qui pourraient transporter des marchandises interdites par cette résolution. Il réclame aussi à tous les Etats de prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée dans leur pays ou le transit par leur territoire de personnes liées au programme nucléaire militaire iranien. Une précédente résolution approuvée par le Conseil en mars les appelait simplement à le faire. « Ce texte fort est un message clair à l’Iran. Nous allons accentuer nos pressions », a menacé l’ambassadeur français à l’Onu, Jean Maurice Ripert.

La menace de nouvelles sanctions n’a pas porté Téhéran à changer sa position. Rejetant toute menace, le négociateur iranien sur le nucléaire, Saïd Jalili, a ironisé : « Tout ce processus, à nos yeux, est illégal », se basant sur les deux derniers rapports diffusés récemment par l’AIEA et le service des renseignements américains et qui n’avaient produit « aucune preuve d’un détournement actuel » du programme nucléaire civil iranien pour construire une bombe atomique. « Ces deux rapports ont affaibli de plus en plus la position de Washington aux yeux du monde et ont dénué sa guerre contre l’Iran de toute crédibilité. D’où l’échec américain de former un front contre l’Iran. Outre l’impuissance américaine, un autre facteur a largement servi Téhéran, c’est le soutien des deux grandes puissances, la Russie et la Chine, à l’Iran et leur opposition à toute lourde sanction contre lui pour protéger leurs intérêts économiques avec ce pays. Bien plus, deux autres pays, l’Italie et l’Autriche, ont récemment noué des relations économiques avec l’Iran et s’opposaient par suite à toute lourde sanction visant ce pays », analyse Mohamad Abbass, expert du dossier iranien, qui estime que Bush ne pourra recourir à l’option militaire car il est déjà enlisé en Iraq et en Afghanistan. « On ne peut pas s’attendre à une action américaine ferme contre l’Iran avant deux ans. C’est-à-dire après les présidentielles américaines de 2008 et celles iraniennes de 2009. Avec deux nouveaux présidents à la tête de ces deux pays, un nouveau sang coulera dans les veines des relations bilatérales », pronostique M. Abbass.

Vu ces contraintes, les Etats-Unis ont opté cette semaine pour le langage de la diplomatie. La secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a déclaré que le contentieux nucléaire avec l’Iran doit être résolu par la voie diplomatique, évoquant la perspective de « relations plus normales ». La ministre a également assuré que les Etats-Unis n’ont aucune envie de voir en l’Iran un ennemi permanent, même après 29 ans d’une histoire difficile. Tendant la main à ce pays de l’« axe du mal », Mme Rice a affirmé sur un ton conciliant : « Nous n’avons pas de conflit avec le peuple iranien, mais nous avons de réelles divergences avec le pouvoir iranien. Si Téhéran accepte de suspendre ses activités nucléaires, nous pourrons entamer des négociations et travailler à bâtir des relations plus normales ».

 

Imperturbable

  Mais rien ne semble changer la position iranienne. Le président Ahmadinejad a déclaré cette semaine sur un ton froid : « Les sanctions des grandes puissances sont sans conséquences. Le chemin que nous suivons est clair, légal et conforme aux règles de l’AIEA. Personne en dehors de l’AIEA n’a le droit de s’exprimer ou de prendre des décisions ». En effet, le président se sent soutenu par l’agence onusienne surtout après la visite à Téhéran en mi-janvier, de Mohamad Al-Baradei qui a reconnu que l’Iran a fait des progrès dans les explications de certains problèmes concernant son programme nucléaire. Lors de cette visite, le directeur de l’AIEA a donné à Téhéran un délai de 4 semaines pour régler les problèmes en suspens. Ce délai doit prendre fin le 13 février.

Selon les experts politiques, la persévérance d’Ahmadinejad à poursuivre la voie du nucléaire et l’échec de Bush à l’isoler de la scène internationale est une victoire pour la République islamique. « Autant que la pression américaine s’accentue sur Ahmadinejad, la popularité de ce président et de tout le camp conservateur qui a pu dire non au grand Satan s’accroît considérablement en Iran », estime Mohamad Abbass, selon qui, une nouvelle victoire attend le président les jours à venir. « Je pense que les législatives du 14 mars seront remportées par les conservateurs, ce qui garantirait au président une application facile de sa politique », pronostique l’expert. Cette estimation a sa part de crédibilité puisque plus de 50 % des candidats réformateurs aux élections ont été disqualifiés par avance ces derniers jours par le Conseil de la supervision de la Constitution dominé par les conservateurs. « Ce rejet massif vise à empêcher les réformateurs de revenir sur le devant de la scène pour ne pas entraver la politique du président. Les jours à venir seront difficiles pour l’Iran et les conservateurs veulent tenir le pays d’une main de fer, ce qui favorise également la candidature d’Ahmadinejad à un nouveau mandat lors des présidentielles de 2009 », conclut Mohamad Abbass .

Maha Al-Cherbini

 




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