Al-Ahram Hebdo,Arts | Fantasmes hors scène
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Arts

Exposition . Walid Aouni n’est pas seulement chorégraphe, danseur, créateur de costumes de théâtre et scénographe. Artiste plasticien, sa dernière exposition nous révèle un monde fait de rêves dont la représentation grotesque est plus qu’inquiétante.

Fantasmes hors scène

Dans la superbe Villa Grey, au style islamique, dernier-né des espaces culturels au Caire, l’exposition de Walid Aouni, intitulée Instincts, nous surprend par ses images oniriques qui ne ressemblent à rien de connu (on dirait sans référent), même pas à son auteur. De nature joyeuse, l’artiste, dans son œuvre plastique, offre un autre penchant de son caractère. D’ailleurs, avant de vous dire bonsoir, il chuchote, comme un secret : « Avec mes spectacles, j’ai le trac. Quant à mes expositions, j’ai peur. Je sens que je me mets à nu ». C’est dire combien il se cache derrière ses danseurs pour exprimer ses visions en mouvement. Mais une fois statiques, enfermées dans des cadres dorés et baroques, achetées aux puces, ces visions ne peuvent plus échapper à leur propre réalité. D’où cette peur de dévoiler un monde intérieur dont le langage s’inscrit par des formes bizarres, des figures extravagantes, des corps déformés et des animaux fantastiques.

D’une toile à l’autre, qui toutes ne portent pas de titre, vous êtes invités à partager le monde illusionniste de Walid Aouni : un corps, en l’occurrence une femme — que l’on reconnaît seulement à ses seins — donne à téter à des oiseaux, pigeons ou mouettes ? par ses coudes et ses orteils (dans ses tableaux, Aouni aime à dessiner quatre orteils et six doigts à tous ses personnages sans exception !).

Une main qui tient une marionnette à gaine : image plutôt enfantine, mais qui choque au plus fort quand on remarque que la marionnette saigne. Autre image intrigante : un homme se coupe le nez pour mieux sentir les fleurs. Il y   a beaucoup de roses mais encore plus de cactus. Troisième image burlesque et qui ne manque pas de vous déranger : un clown heureux avec des plumes entre les fesses.

Walid Aouni perçoit la réalité à travers une imagerie presque cauchemardesque, une esthétique irréelle où petits démons, têtes de faunes et lignes florales sont ses sujets de prédilection, fondés par le besoin inné d’épanchement d’une subjectivité marquée par le sentiment de la souffrance. Tout ce qui nous est donné à voir souffre ; on dirait que leur créateur lui-même se trouve mal dans sa peau, ce qui pourrait nous faire croire que le double de ce Aouni souriant est plutôt inquiet, anxieux et effrayé. Effrayé de la vie, des émotions, du non-dit, du comportement des autres ? On ne le saura jamais bien que les tableaux se prétendent l’expression extravertie de son imaginaire personnel.

Toutes les figures sont démantelées : il y manque toujours un bras ou une jambe. Un cintre sur lequel est accrochée une robe reçoit la visite de deux bras fantômes, gantés de noir, qui sont ceux de la couturière, de la dame à qui appartient la robe ou bien ceux de son amante. Cette dissociation qui revient de manière sempiternelle est un procédé que Aouni utilise comme pour crier le démembrement qui lui est propre mais aussi le nôtre dans ce monde disloqué. Hyperbole et paroxysme l’aident à tous égards de produire une forte impression d’égarement, mais surtout de douleur. Comme l’écriture libre, Aouni avoue que ses doigts dessinent machinalement sans penser.

Au milieu de ce monde extraordinaire, sur une petite table de bois, son fétiche favori : un portrait de Tahia Halim (peint par Aouni) comme protectrice de son œuvre. Et cet homme qui a un sens profond de l’amitié, va bientôt rendre hommage à son maître Maurice Béjart pour qui il prépare un spectacle de danse moderne. En signe de reconnaissance à celui qui a inventé la danse contemporaine.

Menha el Batraoui

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