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Cinéma .
Pour célébrer l’anniversaire du réalisateur Youssef Chahine
(82 ans), le Centre français de culture et de coopération a
programmé ses films phare, mais surtout un documentaire
inédit sur sa trajectoire singulière.
Verdeur d’un génie unique
La
documentariste Mona Ghandour démarre son film sur la
question : pourquoi Chahine ? Parce que c’est Hamlet
l’Alexandrin, hanté par des questions et interrogations sur
le sens de l’existence, de la vie et de la mort, sur la
tyrannie des gouverneurs, la souffrance d’un amour mal
partagé, la construction d’un possible engagement vis-à-vis
des quêtes et sollicitations des autres. Le rôle de Chahine
consiste à réagir à ce qui joue à l’exact point de rencontre
d’enjeux de cinéma et d’enjeux de société. Le cinéma lui
permet de comprendre le monde à condition de ne pas le
regarder comme un « spécialiste » (sociologue, journaliste
ou politicien), mais d’abord comme un spectateur de cinéma.
Ses images et ses récits relient son histoire personnelle à
celle de son pays, et celle du mouvement qui mobilise les
remises en question et les quêtes de changement de ses
concitoyens. D’où il puise la place particulière qu’il
occupe dans leurs cœurs, et qui a valeur de signe et de
référence. Il n’en fait pas un acquis mais une promesse
qu’il s’engage à renouveler.
Autant qu’un questionnement sur l’identité de Chahine et de
son art, le documentaire trouve sa dynamique en se branchant
sur les différents modes de pensée de l’artiste rendus
possibles par les multiples régimes de son génie et son
talent. Par un éventail de documents révélateurs, la
cinéaste l’inscrit dans des contextes affectifs : la chaleur
de sa famille qui sacrifie tout pour lui assurer la
formation en cinéma à New York, conquise par l’intensité de
son don artistique auquel il veut donner forme. Mais aussi
l’ambiance conviviale, cosmopolite de sa ville natale,
Alexandrie, ouverte à la différence et à la tolérance de
l’autre, qui lui offre les différentes clés de l’humanisme
qu’il plaide dans son œuvre, et qui a fondé sa renommée
universelle. Des enchaînements visuels de moments
privilégiés de ses films autobiographiques, Alexandrie,
pourquoi ? Alexandrie encore et toujours, Mémoire
personnelle, attestent de la manière dont il a lancé toute
sa force physique et ses ressources intellectuelles dans la
bataille de gagner le pari de posséder l’art
cinématographique, sans quoi pas de salut pour lui. Il lui a
fallu réussir la juste adéquation de cet art à son génie
pour rentrer dans son pays donner forme aux images qu’il
adresse à ses concitoyens sur leur manière de vivre ensemble
et fabriquer leur existence.
Un des aspects passionnants du second volet du documentaire
est qu’il porte sur les rythmes, mais aussi sur le type de
rapports (de connivence, de conflit, d’inclusion dans le
collectif, de quant-à-soi) que crée Chahine en trouvant
inévitablement sa place dans les péripéties, les forces qui
portent son pays, sous la houlette de la Révolution, vers le
rêve de se moderniser, se métamorphoser que produit l’utopie
socialiste. Inconsciemment, il avait anticipé sur les
principes socialistes, en montrant dans Nedaë Al-Nil (appel
du Nil) des ouvriers se fédérer pour fonder un syndicat qui
défend leurs droits contre le monopole des capitalistes.
Projet que prolonge plus tard son film Gare centrale. Sans
posséder une véritable conscience politique, il se fie à sa
capacité à se mettre à l’écoute des plus pauvres, de leur
rêve de s’en sortir, leur quête de vie digne à l’abri du
besoin et de l’exploitation. Dans un passage, le poète Ahmad
Fouad Negm relève combien l’illustre Chahine endosse
l’identité d’un paysan rebelle, à travers son personnage
principal Abou-Sweilam dans La Terre, qui dans un
attachement viscéral à sa terre dont on l’exproprie, nous
envoie en miroir le sentiment qui nous brisait de la perte
du Sinaï après la défaite de 1967.
Lorsqu’il s’agit pour Chahine de se solidariser avec les
Algériens, dont la bataille pour l’indépendance reste sans
effet politique, il tourne Djamila, l’Algérienne. Les
manifestations, que provoque le film lors de sa diffusion
partout dans le monde arabe, irritent et bouleversent la
conscience des politiciens français. Par la suite, Chahine
est passé maître d’un langage dont les images et les mots
existent dans une mobilisation qui prend place lorsqu’il
s’agit de stigmatiser les « débordements » du système et ses
potentats qui persécutent la population aspirant à la
démocratie et au changement, comme dans le cas de son
dernier opus, Heya fawda (le chaos).
Au sommet de son envolée rebelle, c’est aussi Chahine, le
cinéaste dont nombreux de ses collègues lui envient la
verdeur et la fraîcheur. La seconde partie du second volet
du documentaire révèle comment la belle solennité d’une
poignée de bonnes notes engendre le bonheur et l’émotion du
cinéaste. Le féminin, jusque-là absent, niché au fond de
lui, fait intrusion par une série de pas de danse qu’il
esquisse pour inventer un code : « apprendre aux filles le
geste amoureux », explique-t-il. La danse devient une forme
d’exigence relationnelle, elle requiert une offre, un
échange. « Avant, on tenait les filles dans nos bras.
Aujourd’hui, on ne tient plus rien », déplore le maître
infatigable, dont le pouls du cœur rythme la cadence de ses
plans. « N’as-tu pas entendu, étranger, le récit de notre
quartier sur l’amoureux conquis par le charme de sa dulcinée
? », scande le conteur du générique. L’amoureux, c’est
Chahine, acquis à l’amour exquis de sa patrie, l’Egypte.
C’est ainsi que fonctionne son cinéma, le meilleur, que nous
voulons continuer à aimer.
Longue
vie, Jo ! .
Amina
Hassan
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Khaled Zaki
interprète le rôle d’un chef d’Etat non identifié dans
Tabbakh al-raïs (le cuisinier du président). Cette comédie,
en salle actuellement, condense les traits de caractère de
plusieurs leaders politiques.
« C’est
l’aller-retour entre les deux personnages qui est important
»
Al-Ahram Hebdo : Comment avez-vous été retenu pour incarner
le rôle du président dans Tabbakh al-raïs (le cuisinier du
président) ?
Khaled Zaki :
Contrairement à Ahmad Zaki dans le film Ayam Al-Sadate (les
jours de Sadate), dont le rôle avait été écrit sur mesure,
ma sélection s’est faite par élimination. Pas mal d’autres
comédiens comme Adel Imam, Mahmoud Abdel-Aziz et Nour
Al-Chérif avaient refusé de jouer dans ce film. On a
continué à proposer des noms, le mien entre autres. Et puis
tous les chemins ont mené vers moi.
— Comment avez-vous préparé ce personnage ? Y a-t-il des
films que vous avez vus et revus et dont vous vous êtes
inspiré ?
— Il existe certains films comme Nasser 56 ou Ayam Al-Sadate
que je trouve formidables. Mais je n’ai pas suivi de modèle.
Par contre, j’ai beaucoup lu. Depuis ma jeunesse, je lisais
souvent des livres sur le roi Farouq, Nasser, Sadate, sur
les leaders tout court. La
fiction et la réalité sont constamment mélangées. Et ce sont
les vrais chefs d’Etat égyptiens qui m’ont servi de
référence.
— Pour ce film, avez-vous retouché vos dialogues ou
participé au choix des costumes ?
— Parfois, j’ai proposé de petites modifications dont
certaines étaient prises en considération. Le réalisateur a
maîtrisé entièrement ses outils et je me suis pris au jeu.
Car il ne fallait pas présenter une caricature du président,
mais son esprit. Et puis je me suis dit : je suis crédible
dans mon jeu d’acteur, ce n’est pas un costume qui va me
trahir !
— Incarner le président sur écran est une première en
Egypte. A-t-il été question de censure ou d’autocensure ?
— Le cuisinier du président n’est pas un film politique,
c’est une fiction amusante traitant de la relation entre le
président et son cuisinier, un personnage en rapport direct
avec le quotidien du dirigeant. Sur les plans humain et
artistique, il est intéressant de montrer les gouvernants
sur écran pour dire qu’ils ne sont pas des intouchables,
supérieurs au reste du peuple. Je ne sais pas pourquoi nous
avons été les premiers à aborder
le sujet. Par contre, je peux vous dire que d’autres projets
du même genre sont sur le feu ...
— Selon vous, le personnage principal du film est-il le
président ou le cuisinier ?
— Toute l’intrigue repose sur le rapport entre le président
et son cuisinier. On partage tous en quelque sorte les
sentiments de ce dernier oscillant entre le rejet et la
fascination vis-à-vis du pouvoir et de ses symboles. C’est
l’aller-retour entre les deux personnages qui est important.
Une manière d’écrire très récurrente dans le cinéma
américain, où très souvent il s’agit d’un simple personnage
et d’un autre plus emblématique. De quoi donner lieu à un
jeu de ping-pong passionnant du point de vue narratif.
— L’âge du personnage, son aspect physique,
ne sont pas sans suggérer le
président Moubarak ...
— Le film est une pure fiction. Ce qui nous
a donné la chance d’aller plus
loin qu’un simple film sur Moubarak ou Sadate. Dans le cas
contraire, le débat politique aurait pris le dessus sur le
côté cinématographique. Nous avons surtout joué sur
l’émotion et le rire tout en suscitant la réflexion. Le
président que je présente n’est pas identifié. On sait par
contre qu’il est ouvert d’esprit, sage et vit dans des
conditions similaires à la conjoncture présente. Le
personnage a aussi un côté simple et ferme qui n’est pas
sans rappeler Sadate, sans pour autant désigner un président
en particulier. L’une de mes scènes préférées dans le film,
c’est lorsque le président se balade dans les rues vides du
Caire, il s’interroge alors : Où est parti le peuple ?
— Quelle a été votre principale difficulté pendant le
tournage ?
— Celle de rentrer dans la peau du personnage. Mais j’ai
découvert en moi un vrai président ! .
Propos recueillis par
Yasser
Moheb
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