Al-Ahram Hebdo, Arts | Verdeur d’un génie unique
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 janvier au 5 Février 2008, numéro 699

 

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Arts

Cinéma . Pour célébrer l’anniversaire du réalisateur Youssef Chahine (82 ans), le Centre français de culture et de coopération a programmé ses films phare, mais surtout un documentaire inédit sur sa trajectoire singulière.

Verdeur d’un génie unique

La documentariste Mona Ghandour démarre son film sur la question : pourquoi Chahine ? Parce que c’est Hamlet l’Alexandrin, hanté par des questions et interrogations sur le sens de l’existence, de la vie et de la mort, sur la tyrannie des gouverneurs, la souffrance d’un amour mal partagé, la construction d’un possible engagement vis-à-vis des quêtes et sollicitations des autres. Le rôle de Chahine consiste à réagir à ce qui joue à l’exact point de rencontre d’enjeux de cinéma et d’enjeux de société. Le cinéma lui permet de comprendre le monde à condition de ne pas le regarder comme un « spécialiste » (sociologue, journaliste ou politicien), mais d’abord comme un spectateur de cinéma. Ses images et ses récits relient son histoire personnelle à celle de son pays, et celle du mouvement qui mobilise les remises en question et les quêtes de changement de ses concitoyens. D’où il puise la place particulière qu’il occupe dans leurs cœurs, et qui a valeur de signe et de référence. Il n’en fait pas un acquis mais une promesse qu’il s’engage à renouveler.

Autant qu’un questionnement sur l’identité de Chahine et de son art, le documentaire trouve sa dynamique en se branchant sur les différents modes de pensée de l’artiste rendus possibles par les multiples régimes de son génie et son talent. Par un éventail de documents révélateurs, la cinéaste l’inscrit dans des contextes affectifs : la chaleur de sa famille qui sacrifie tout pour lui assurer la formation en cinéma à New York, conquise par l’intensité de son don artistique auquel il veut donner forme. Mais aussi l’ambiance conviviale, cosmopolite de sa ville natale, Alexandrie, ouverte à la différence et à la tolérance de l’autre, qui lui offre les différentes clés de l’humanisme qu’il plaide dans son œuvre, et qui a fondé sa renommée universelle. Des enchaînements visuels de moments privilégiés de ses films autobiographiques, Alexandrie, pourquoi ? Alexandrie encore et toujours, Mémoire personnelle, attestent de la manière dont il a lancé toute sa force physique et ses ressources intellectuelles dans la bataille de gagner le pari de posséder l’art cinématographique, sans quoi pas de salut pour lui. Il lui a fallu réussir la juste adéquation de cet art à son génie pour rentrer dans son pays donner forme aux images qu’il adresse à ses concitoyens sur leur manière de vivre ensemble et fabriquer leur existence.

Un des aspects passionnants du second volet du documentaire est qu’il porte sur les rythmes, mais aussi sur le type de rapports (de connivence, de conflit, d’inclusion dans le collectif, de quant-à-soi) que crée Chahine en trouvant inévitablement sa place dans les péripéties, les forces qui portent son pays, sous la houlette de la Révolution, vers le rêve de se moderniser, se métamorphoser que produit l’utopie socialiste. Inconsciemment, il avait anticipé sur les principes socialistes, en montrant dans Nedaë Al-Nil (appel du Nil) des ouvriers se fédérer pour fonder un syndicat qui défend leurs droits contre le monopole des capitalistes. Projet que prolonge plus tard son film Gare centrale. Sans posséder une véritable conscience politique, il se fie à sa capacité à se mettre à l’écoute des plus pauvres, de leur rêve de s’en sortir, leur quête de vie digne à l’abri du besoin et de l’exploitation. Dans un passage, le poète Ahmad Fouad Negm relève combien l’illustre Chahine endosse l’identité d’un paysan rebelle, à travers son personnage principal Abou-Sweilam dans La Terre, qui dans un attachement viscéral à sa terre dont on l’exproprie, nous envoie en miroir le sentiment qui nous brisait de la perte du Sinaï après la défaite de 1967.

Lorsqu’il s’agit pour Chahine de se solidariser avec les Algériens, dont la bataille pour l’indépendance reste sans effet politique, il tourne Djamila, l’Algérienne. Les manifestations, que provoque le film lors de sa diffusion partout dans le monde arabe, irritent et bouleversent la conscience des politiciens français. Par la suite, Chahine est passé maître d’un langage dont les images et les mots existent dans une mobilisation qui prend place lorsqu’il s’agit de stigmatiser les « débordements » du système et ses potentats qui persécutent la population aspirant à la démocratie et au changement, comme dans le cas de son dernier opus, Heya fawda (le chaos).

Au sommet de son envolée rebelle, c’est aussi Chahine, le cinéaste dont nombreux de ses collègues lui envient la verdeur et la fraîcheur. La seconde partie du second volet du documentaire révèle comment la belle solennité d’une poignée de bonnes notes engendre le bonheur et l’émotion du cinéaste. Le féminin, jusque-là absent, niché au fond de lui, fait intrusion par une série de pas de danse qu’il esquisse pour inventer un code : « apprendre aux filles le geste amoureux », explique-t-il. La danse devient une forme d’exigence relationnelle, elle requiert une offre, un échange. « Avant, on tenait les filles dans nos bras. Aujourd’hui, on ne tient plus rien », déplore le maître infatigable, dont le pouls du cœur rythme la cadence de ses plans. « N’as-tu pas entendu, étranger, le récit de notre quartier sur l’amoureux conquis par le charme de sa dulcinée ? », scande le conteur du générique. L’amoureux, c’est Chahine, acquis à l’amour exquis de sa patrie, l’Egypte. C’est ainsi que fonctionne son cinéma, le meilleur, que nous voulons continuer à aimer. Longue vie, Jo ! .

Amina Hassan

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Khaled Zaki interprète le rôle d’un chef d’Etat non identifié dans Tabbakh al-raïs (le cuisinier du président). Cette comédie, en salle actuellement, condense les traits de caractère de plusieurs leaders politiques.

« C’est l’aller-retour entre les deux personnages qui est important »

Al-Ahram Hebdo : Comment avez-vous été retenu pour incarner le rôle du président dans Tabbakh al-raïs (le cuisinier du président) ?

Khaled Zaki : Contrairement à Ahmad Zaki dans le film Ayam Al-Sadate (les jours de Sadate), dont le rôle avait été écrit sur mesure, ma sélection s’est faite par élimination. Pas mal d’autres comédiens comme Adel Imam, Mahmoud Abdel-Aziz et Nour Al-Chérif avaient refusé de jouer dans ce film. On a continué à proposer des noms, le mien entre autres. Et puis tous les chemins ont mené vers moi.

— Comment avez-vous préparé ce personnage ? Y a-t-il des films que vous avez vus et revus et dont vous vous êtes inspiré ?

— Il existe certains films comme Nasser 56 ou Ayam Al-Sadate que je trouve formidables. Mais je n’ai pas suivi de modèle. Par contre, j’ai beaucoup lu. Depuis ma jeunesse, je lisais souvent des livres sur le roi Farouq, Nasser, Sadate, sur les leaders tout court. La fiction et la réalité sont constamment mélangées. Et ce sont les vrais chefs d’Etat égyptiens qui m’ont servi de référence.

— Pour ce film, avez-vous retouché vos dialogues ou participé au choix des costumes ?

— Parfois, j’ai proposé de petites modifications dont certaines étaient prises en considération. Le réalisateur a maîtrisé entièrement ses outils et je me suis pris au jeu. Car il ne fallait pas présenter une caricature du président, mais son esprit. Et puis je me suis dit : je suis crédible dans mon jeu d’acteur, ce n’est pas un costume qui va me trahir !

— Incarner le président sur écran est une première en Egypte. A-t-il été question de censure ou d’autocensure ?

— Le cuisinier du président n’est pas un film politique, c’est une fiction amusante traitant de la relation entre le président et son cuisinier, un personnage en rapport direct avec le quotidien du dirigeant. Sur les plans humain et artistique, il est intéressant de montrer les gouvernants sur écran pour dire qu’ils ne sont pas des intouchables, supérieurs au reste du peuple. Je ne sais pas pourquoi nous avons été les premiers à aborder le sujet. Par contre, je peux vous dire que d’autres projets du même genre sont sur le feu ...

— Selon vous, le personnage principal du film est-il le président ou le cuisinier ?

— Toute l’intrigue repose sur le rapport entre le président et son cuisinier. On partage tous en quelque sorte les sentiments de ce dernier oscillant entre le rejet et la fascination vis-à-vis du pouvoir et de ses symboles. C’est l’aller-retour entre les deux personnages qui est important. Une manière d’écrire très récurrente dans le cinéma américain, où très souvent il s’agit d’un simple personnage et d’un autre plus emblématique. De quoi donner lieu à un jeu de ping-pong passionnant du point de vue narratif.

— L’âge du personnage, son aspect physique, ne sont pas sans suggérer le président Moubarak ...

— Le film est une pure fiction. Ce qui nous a donné la chance d’aller plus loin qu’un simple film sur Moubarak ou Sadate. Dans le cas contraire, le débat politique aurait pris le dessus sur le côté cinématographique. Nous avons surtout joué sur l’émotion et le rire tout en suscitant la réflexion. Le président que je présente n’est pas identifié. On sait par contre qu’il est ouvert d’esprit, sage et vit dans des conditions similaires à la conjoncture présente. Le personnage a aussi un côté simple et ferme qui n’est pas sans rappeler Sadate, sans pour autant désigner un président en particulier. L’une de mes scènes préférées dans le film, c’est lorsque le président se balade dans les rues vides du Caire, il s’interroge alors : Où est parti le peuple ?

— Quelle a été votre principale difficulté pendant le tournage ?

— Celle de rentrer dans la peau du personnage. Mais j’ai découvert en moi un vrai président ! .

Propos recueillis par
Yasser Moheb

 

 




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