Al-Ahram Hebdo, Voyages | Les yeux braqués sur le Sud
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  Semaine du 16 au 22 janvier 2008, numéro 697

 

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Egypte-suisse. La visite du président de la Confédération helvétique, Pascal Couchepin, a été marquée par la signature d’une déclaration d’intention entre les deux pays, pour lutter contre le vol et le trafic illicite de biens culturels. Et par une visite des chantiers de l’Institut suisse dont l’activité est concentrée sur Assouan.

Les yeux braqués sur le Sud

A l’opposé des autres instituts archéologiques, l’Institut suisse des recherches architecturales et archéologiques au Caire a décidé, depuis quelques années, de concentrer ses activités uniquement sur deux régions : la ville d’Assouan et l’Ile d’Eléphantine. « Notre institut n’est pas aussi grand que les autres pour élargir nos travaux sur plusieurs emplacements historiques. Et bien que l’institut traite uniquement de deux régions, nos travaux sont immenses », commente Cornelius Von Pilgrim, directeur de l’institut.

Les égyptologues suisses ont établi un nouveau projet archéologique à long terme, en coopération avec le Conseil Suprême des Antiquités (CSA), couvrant en fait toute la ville d’Assouan. Ceci tout en continuant leurs travaux de fouilles, de restauration et de reconstitution à l’Ile d’Eléphantine qui avaient déjà commencé en 1969. Selon le directeur, les travaux de l’institut demeurent tout au long de l’année, sans la moindre interruption pendant la saison chaude. Une telle continuité leur donne la chance de recueillir d’importantes informations non seulement sur le plan archéologique mais encore sur le plan historique et démographique, sans oublier l’évolution urbaine et topographique au fil des années.

Selon Von Pilgrim, le projet de recherche archéologique dans la ville d’Assouan serait le premier en son genre dans toute l’Egypte. Il s’agit de la reconstitution des vestiges archéologiques qui composent Syene, l’ancienne ville d’Assouan, d’après la carte établie par les savants de l’Expédition française.

Autre importance, c’est la découverte des anciennes carrières de granit utilisées dans la construction des obélisques, temples, stèles, et colonnes pharaoniques. « A travers tous ces renseignements, nous avons inscrit plusieurs détails de l’ancienne carte de la ville d’Assouan ainsi que sa topographie et l’écoulement du fleuve. Mais il en reste beaucoup à ajouter », assure Von Pilgrim.

Quant à l’île d’Eléphantine, les activités de l’institut suisse varient entre relevés, fouilles, restauration, reconstitution et conservation.

Les premiers pas de l’institut ont eu lieu  en 1969 sous forme d’une collaboration entre celui-ci et l’Institut allemand d’archéologie. A cette époque, tous les deux ont mis au jour une ville du Nouvel Empire ainsi qu’un temple dédié à la divinité Khnoum, annexé de quelques petits temples gréco-romains. Mais vers les débuts des années 1980, l’institut a installé une mission archéologique autonome qui a révélé 250 blocs d’un temple osirien. Ces blocs étaient exploités durant l’Epoque copte comme « fondations d’une église qui s’est écroulée au fil du temps et dont nous n’avons trouvé que le sol », explique Von Pilgrim. Les membres de la mission n’avaient qu’à enlever cette fine couche pour découvrir les blocs en question. Selon lui, ceux-ci sont en bon état et conservent encore de claires scènes gravées accompagnées d’inscriptions. Ainsi, la  reconstitution du temple d’Osiris sera la première préoccupation de la mission pendant les prochaines années.

Les deux projets qui intéressent l’institut sont tellement majeurs que le directeur ne pense pas commencer du travail sur de nouveaux sites, surtout que ces projets enrichissent au fur et à mesure l’histoire voire la connaissance de la civilisation égyptienne.

Doaa Elhami

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3 questions à

Cornelius Von Pilgrim, directeur de l’Institut suisse des recherches architecturales et archéologiques.

« Il est indispensable de restituer toute œuvre volée à son pays d’origine »

Al-Ahram Hebdo : La première visite de l’année du président de la confédération, Pascal Couchepin, en Egypte est marquée par la rencontre avec le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, et la visite d’Assouan, qu’en pensez-vous ?

Cornelius Von Pilgrim : La visite de M. Couchepin pour l’Egypte est venue suite à celle effectuée au Maroc où il a manifesté son intérêt à la culture et au patrimoine en général. Un tel intérêt s’est traduit en Egypte par sa rencontre avec le ministre de la Culture, Farouk Hosni, avec l’objectif primordial d’entamer les négociations en vue d’un accord sur l’importation et la restitution des biens culturels égyptiens en Suisse. D’ailleurs, M. Couchepin a examiné sur site les travaux des archéologues membres de l’institut.

A votre avis, quels sont les principes d’un tel accord, surtout que la Suisse est connue comme étant le plus grand marché des œuvres archéologiques et artistiques en Europe ?

— Tout d’abord, la Suisse a mis un principe fondamental dans cette affaire. Il est indispensable de restituer toute œuvre volée à son pays d’origine. Mais les pièces qui sont sorties depuis longtemps font désormais partie du patrimoine suisse. Autre principe, les réglementations du retour des biens culturels égyptiens dépendent des lois des deux pays. Par ailleurs, Pascal Couchepin et Farouk Hosni ont signé une déclaration d’intention de lutter contre le vol et le trafic illicite de biens culturels. L’accord lui-même sera paraphé lors du prochain Salon du livre de Genève en avril. En même temps, les deux pays vont signer en avril un accord qui réglemente l’emprunt et la restitution de tels biens. L’importance c’est la sauvegarde et la protection de l’héritage culturel égyptien, voire humain.

Comment peut-on réaliser une telle protection ?

— Dans un pays comme l’Egypte dont le sol est plein de monuments, il est difficile de contrôler la sortie illégitime des biens culturels. Alors tout d’abord, il faut améliorer l’état financier des gardiens des sites qui sont censés conserver des milliers de biens de valeur considérable alors qu’ils sont très mal payés. Et ce, sans oublier tout le personnel travaillant dans le domaine des antiquités. En même temps, la quantité des monuments égyptiens a besoin de centaines de milliers de personnes bien sensibilisées pour aboutir à une telle protection. Vaut mieux alors éviter la sortie de tels biens culturels des frontières égyptiennes que de les restituer de l’étranger.

Doaa Elhami

 

 




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