Iraq.
Les Iraqiens tentent d’unifier leurs positions et de
rectifier les fautes du passé. Reste à savoir si les bonnes
intentions auront cette fois-ci raison de la lourde réalité.
Une plateforme pour l’unité
Lueur d’espoir ou initiative qui butera et sera vouée
à l’échec ? Il s’agit certes de ce que des partis politiques
iraqiens, sunnites et chiites ont annoncé dimanche : une
plateforme commune prônant l’unité du pays et le contrôle
centralisé du pétrole.
Parmi les signataires de cette plate-forme figurent
les députés du jeune chef radical chiite Moqtada Sadr, le
parti laïque de la Liste nationale iraqienne de l’ancien
premier ministre Iyad Allaoui, et le Front national du
dialogue emmené par le sunnite Salah Al-Motlak.
Dans un communiqué, les signataires assurent vouloir
défendre « l’intérêt national, maintenir l’unité de l’Iraq,
et éviter les divisions sectaires et ethniques ». Ils
critiquent « les alliances étriquées, forgées pour diviser
et monopoliser le pouvoir ».
Ils assurent vouloir « répartir les richesses de façon
équitable, et recouvrer la souveraineté et l’indépendance ».
« Le pétrole, le gaz, et les ressources naturelles sont les
richesses essentielles de l’Iraq et elles doivent être sous
le contrôle du gouvernement central, et gérées en
coopération avec les régions ».
« Nous nous inquiétons de toute initiative séparée dans ce
domaine, comme la signature de contrats avec des compagnies
étrangères », ajoutent les signataires en référence à 15
contrats pétroliers signés par le gouvernement autonome du
Kurdistan iraqien depuis août dernier et dénoncés par les
autorités de Bagdad.
En outre, assurent-ils, « la situation à Kirkouk est très
compliquée et nous voulons que les intérêts de chaque
communauté soient respectés. Un accord politique national
sur cette affaire fera de Kirkouk un exemple d’unité
nationale ».
La région pétrolière de Kirkouk (environ 250 km au nord de
Bagdad), où cohabitent Kurdes, Arabes et Turcomans, est
revendiquée par la région autonome du Kurdistan. Un
référendum devait se tenir, selon l’article 140 de la
Constitution iraqienne, avant fin 2007 sur le rattachement
ou non de Kirkouk au Kurdistan iraqien, mais il a été
reporté de six mois à l’initiative de l’Onu.
Le président de la région autonome du Kurdistan, Massoud
Barzani, a dénoncé une « attaque contre l’article 140 » qui,
selon lui, « ne réussira pas ». « Ces gens (qui s’opposent à
l’article 140) sont les mêmes qui s’étaient opposés à la
Constitution iraqienne », a-t-il dit à la presse à Erbil,
capitale du Kurdistan iraqien.
La plate-forme souhaite enfin que soient mobilisées les
ressources nécessaires pour reconstruire les forces de
sécurité, sur la base de la compétence, de façon à ce
qu’elles fassent appliquer la loi et protègent la patrie,
pour aboutir à la fin de l’occupation de la terre iraqienne.
« Il s’agit d’un protocole d’entente pour corriger certaines
opinions exprimées par le Parlement et résoudre des disputes
», a pour sa part déclaré à l’AFP le député sadriste Nassar
Al-Roubaïe, estimant que cette plate-forme pourrait à terme
se transformer en coalition.
Une telle coalition viendrait concurrencer l’alliance
soutenant le premier ministre Maliki, formée en août et qui
compte environ 110 députés. Cette alliance comprend l’aile
du parti Daawa emmenée par M. Maliki, le Conseil suprême
islamique d’Iraq — une des factions chiites les plus
puissantes —, l’Union patriotique du Kurdistan du président
Jalal Talabani, et le Parti démocratique du Kurdistan de
Massoud Barzani.
Parallèlement à cette plate-forme, une loi a été votée samedi
par le Parlement iraqien sur le statut des anciens
baassistes chassés de l’administration iraqienne en 2003
après l’invasion américaine.
Adoptée après des mois d’atermoiements, la « Loi sur
la justice et la transparence » vise à réintégrer dans la
vie publique les anciens membres du parti de Saddam Hussein
qui n’ont pas commis de crimes et n’occupaient pas de poste
à responsabilité. Réclamée de longue date par Washington, la
loi revient sur la « débaassification », considérée comme la
faute majeure des Américains dans leur gestion de l’après-invasion.
La «
débaassification », voulue par l’administrateur US Paul
Bremer et menée parallèlement avec la dissolution de l’armée
de l’ancien régime, avaient mis à la rue des centaines de
milliers d’Iraqiens et alimenté les rangs de l’insurrection
sunnite. La nouvelle législation, comptant une trentaine
d’articles, autorise le paiement des retraites de ces
anciens fonctionnaires baassistes et leur possible
réintégration — sous conditions — au sein de
l’administration et de l’armée. Les plus hauts ex-responsables
du parti sont cependant mis d’office à la retraite, ainsi
que tous les Baassistes autrefois membres des services
secrets de l’ancien régime (qui conservent toutefois leur
retraite).
Parallèlement, tout ancien membre du Baass soupçonné de crime
pourra être poursuivi et « puni » par la justice. La « Loi
sur la justice et la transparence » donne également le droit
aux victimes du parti Baass de saisir des tribunaux spéciaux
pour obtenir des compensations.
Bien qu’appréciées, la plate-forme et la loi concernant les
Baassistes ne sont que de l’encre sur papier, la première
peut être rejetée par les Kurdes et la seconde est
accueillie avec scepticisme de la part des Baassistes qui
craignent que des procès ne soient intentés contre eux par
qui que ce soit. Le véritable enjeu auquel doivent faire
face les Iraqiens est la concrétisation de ces deux
documents pour accélérer leur union. Chose qui n’est point
facile ... .
Rania
Adel