Liban.
Le secrétaire général de la Ligue arabe revient à Beyrouth,
après un premier échec ; dans une tentative de résoudre la
crise qui continue de battre son plein. Toutefois,
l’issue semble toujours lointaine.
A la recherche d’une formule magique
«
Un problème qui dure depuis plus d’un an, voire depuis de
longues années, ne peut être réglé en un jour, mais j’espère
que cela ne prendra pas un an (…). Je reviens car la
situation reste dangereuse ». Des déclarations assez
pessimistes qui ont été lancées par le secrétaire général de
la Ligue arabe, Amr Moussa, lors de son départ de Beyrouth,
où il doit revenir ce mercredi. Somme toute, malgré une
unanimité source d’euphorie les dernières tentatives arabes
de résolution de la crise libanaise n’ont pas pu réaliser
les résultats espérés. Du moins, si l’on songe au caractère
urgent d’une élection présidentielle. Raison pour laquelle
le secrétaire de la Ligue arabe a ajouté qu’il comptait lors
de sa prochaine visite se rendre en Syrie, qui est pour lui
« une partie de l’initiative arabe dont le rôle est positif
». Moussa avait tenté, en vain cette semaine, de faire
accepter une initiative visant à résoudre la crise relative
à la présidentielle. C’est suite à une rencontre
extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des
pays arabes, qui s’est déroulée au Caire, qu’un plan de
trois étapes a été adopté. Ce plan prévoit notamment
l’élection immédiate du chef de l’armée, Michel Souleimane,
à la présidence du Liban, vacante depuis un mois et demi. Le
plan prévoit, une fois le président élu, la formation d’un
gouvernement d’union nationale et la mise au point d’une
nouvelle loi électorale. « Les efforts et les consultations
avec les hommes politiques libanais (...) et les parties
arabes et internationales se poursuivent », a précisé Moussa
au terme de la mission durant laquelle il n’a pas pu
rapprocher les points de vue entre la majorité anti-syrienne
et l’opposition soutenue par Damas et Téhéran. Le blocage
persistant s’est traduit par l’annonce du report au 21
janvier 2008 de la séance parlementaire qui était prévue
samedi pour élire un président. Il s’agit du 12e report
depuis le 25 septembre 2007. La majorité accuse
l’opposition, et derrière elle la Syrie et l’Iran, de faire
obstacle au règlement de la crise en continuant de
revendiquer une minorité de blocage au sein du futur
gouvernement.
C’est uniquement l’accord sur ce plan qui semble d’ailleurs
avoir fait de cette visite l’une des plus importantes qui
ont été faites par la Ligue arabe au Liban. Pour la première
fois, tous les dirigeants arabes s’étaient accordés sur un
seul plan. Le porte-parole du secrétaire général de la Ligue
arabe, Abdel-Alim Al-Abiad, a affirmé : « Cette médiation
tire son importance du rassemblement arabe autour de ce
plan. Cette initiative arabe a été appuyée par les
Occidentaux et l’opposition et soutenue par Damas et
Téhéran. Mais cela n’empêche pas qu’il y a beaucoup de
difficultés ». Le soutien au plan ne s’est malheureusement
pas traduit par son application et est resté encre sur
papier. Comme l’a affirmé le porte-parole de Moussa,
beaucoup de détails ont été des facteurs du blocage du plan.
En effet, Michel Aoun avait suggéré d’organiser une
rencontre avec Saad Hariri, en présence de Nabih Berri ainsi
que la possibilité de participation du général Michel
Souleimane. Une rencontre qui a été rejetée par Hariri sous
prétexte de « Que faire en cas de désaccord entre le général
Aoun et moi ? La situation va être telle que notre réunion a
échoué ». Ce ne sont peut-être que de petits détails, mais
ce qui est sûr, c’est qu’ils ont réussi à bloquer la
tentative.
De tentative en tentative
Ce
n’est d’ailleurs pas la première tentative de la Ligue
vis-à-vis de la crise présidentielle libanaise. Moussa
venait de quitter le Liban en Octobre 2007 après une
première tentative vaine de réconciliation pour revenir une
seconde fois avec son plan. Pour Ahmad Sabet, professeur de
sciences politiques à l’Université du Caire, la plupart des
médiations de la Ligue arabe sont des initiatives
individuelles de la part du secrétaire de la Ligue. Sinon,
elles ne sont dans le fond que des médiations formelles.
Pour lui, il n’existe pas de force arabe qui puisse pousser
ces initiatives en avant afin de leur garantir le succès. «
Les Arabes n’ont jamais été sérieux dans leurs initiatives.
Ils agissent uniquement de manière à plaire à l’opinion
publique de leurs Etats. Mais ils partent tout en sachant
que leurs décisions ne sont que lettre morte », explique le
politologue.
Ceci est vrai mais pourtant la Ligue se montre toujours très
présente durant les différentes crises libanaises. Mais, les
médiations nombreuses n’ont pas pu aboutir à de meilleurs
résultats.
En août 2006, notamment, pour témoigner de leur solidarité
avec le Liban, les ministres des Affaires étrangères de la
Ligue arabe ont tenu une réunion d’urgence à Beyrouth pour
discuter du conflit israélo-libanais. Ils ont déclaré leur
soutien à la position du Liban opposé à un projet de
résolution franco-américaine à l’Onu pour mettre fin à un
conflit sanglant qui durait depuis près d’un mois sans
qu’une trêve ne soit en vue. Ce projet demandait un « arrêt
complet des hostilités », mais ne fait mention ni de
cessez-le-feu immédiat ni de retrait immédiat des troupes
israéliennes déployées en force dans le Sud-Liban. Quelques
jours après cette réunion, les ministres des Affaires
étrangères des pays arabes se sont de nouveau réunis au
Caire et ont réclamé aux Nations-Unies de faire pression sur
Israël pour qu’il lève le blocus qu’il impose au Liban et
ont réclamé une trêve « ferme et durable ». Cette tentative
n’a pas dépassé ces quelques déclarations.
La Ligue a par la suite lancé une nouvelle médiation en
décembre 2006 après l’énorme manifestation organisée contre
le gouvernement de Siniora par le Hezbollah pro-syrien.
L’opposition libanaise a voulu en faire le « tournant
historique » de son offensive populaire contre le
gouvernement de Fouad Siniora.
Des centaines de milliers de manifestants avaient occupé les
rues de la capitale libanaise, tandis que des milliers de
soldats et de policiers ont été déployés. Les émissaires de
la Ligue arabe ont intervenu et ont rencontré les
différentes parties, au Liban et en Syrie, pour tenter de
trouver une issue. Les discussions portaient sur un
gouvernement d’union, sur le projet de tribunal
international voulu par l’Onu pour juger les personnes
soupçonnées de l’assassinat de l’ancien premier ministre
Rafic Hariri et sur la question d’une élection
présidentielle et d’élections législatives anticipées. Une
médiation qui a été cette fois-ci acceptée par toutes les
parties au Liban mais qui n’a pas pu mettre fin à cette
crise.
Pour Al-Abiad, l’échec de telle ou telle tentative ne doit
absolument pas être la responsabilité de la Ligue, car dans
le fond, le rôle de la Ligue arabe est uniquement un rôle de
médiation qui vise à soutenir la paix dans la région. Mais
cela dit que : « La Ligue n’est pas une entité souveraine.
Elle ne peut rien imposer aux pays. Et dépend uniquement des
Etats arabes eux-mêmes. S’il y a accord entre eux, les
médiations réussissent et vise versa ».
De nombreuses réunions, visites, médiations et tentatives
qui se succèdent, mais qui dans le fond n’ont pu réaliser
grand-chose ni mettre fin aux crises libanaises.
La mission de Moussa s’avère donc encore une fois très
périlleuse. Et le secrétaire de la Ligue arabe est loin de
détenir la formule magique.
Chaimaa Abdel-Hamid