Al-Ahram Hebdo, Evénement | A la recherche d’une formule magique
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  Semaine du 16 au 22 janvier 2008, numéro 697

 

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Liban. Le secrétaire général de la Ligue arabe revient à Beyrouth, après un premier échec ; dans une tentative de résoudre la crise qui continue de battre son plein.  Toutefois, l’issue semble toujours lointaine.

A la recherche d’une formule magique

« Un problème qui dure depuis plus d’un an, voire depuis de longues années, ne peut être réglé en un jour, mais j’espère que cela ne prendra pas un an (…). Je reviens car la situation reste dangereuse ». Des déclarations assez pessimistes qui ont été lancées par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, lors de son départ de Beyrouth, où il doit revenir ce mercredi. Somme toute, malgré une unanimité source d’euphorie les dernières tentatives arabes de résolution de la crise libanaise n’ont pas pu réaliser les résultats espérés. Du moins, si l’on songe au caractère urgent d’une élection présidentielle. Raison pour laquelle le secrétaire de la Ligue arabe a ajouté qu’il comptait lors de sa prochaine visite se rendre en Syrie, qui est pour lui « une partie de l’initiative arabe dont le rôle est positif ». Moussa avait tenté, en vain cette semaine, de faire accepter une initiative visant à résoudre la crise relative à la présidentielle. C’est suite à une rencontre extraordinaire des ministres des Affaires étrangères des pays arabes, qui s’est déroulée au Caire, qu’un plan de trois étapes a été adopté. Ce plan prévoit notamment l’élection immédiate du chef de l’armée, Michel Souleimane, à la présidence du Liban, vacante depuis un mois et demi. Le plan prévoit, une fois le président élu, la formation d’un gouvernement d’union nationale et la mise au point d’une nouvelle loi électorale. « Les efforts et les consultations avec les hommes politiques libanais (...) et les parties arabes et internationales se poursuivent », a précisé Moussa au terme de la mission durant laquelle il n’a pas pu rapprocher les points de vue entre la majorité anti-syrienne et l’opposition soutenue par Damas et Téhéran. Le blocage persistant s’est traduit par l’annonce du report au 21 janvier 2008 de la séance parlementaire qui était prévue samedi pour élire un président. Il s’agit du 12e report depuis le 25 septembre 2007. La majorité accuse l’opposition, et derrière elle la Syrie et l’Iran, de faire obstacle au règlement de la crise en continuant de revendiquer une minorité de blocage au sein du futur gouvernement.

C’est uniquement l’accord sur ce plan qui semble d’ailleurs avoir fait de cette visite l’une des plus importantes qui ont été faites par la Ligue arabe au Liban. Pour la première fois, tous les dirigeants arabes s’étaient accordés sur un seul plan. Le porte-parole du secrétaire général de la Ligue arabe, Abdel-Alim Al-Abiad, a affirmé : « Cette médiation tire son importance du rassemblement arabe autour de ce plan. Cette initiative arabe a été appuyée par les Occidentaux et l’opposition et soutenue par Damas et Téhéran. Mais cela n’empêche pas qu’il y a beaucoup de difficultés ». Le soutien au plan ne s’est malheureusement pas traduit par son application et est resté encre sur papier. Comme l’a affirmé le porte-parole de Moussa, beaucoup de détails ont été des facteurs du blocage du plan. En effet, Michel Aoun avait suggéré d’organiser une rencontre avec Saad Hariri, en présence de Nabih Berri ainsi que la possibilité de participation du général Michel Souleimane. Une rencontre qui a été rejetée par Hariri sous prétexte de « Que faire en cas de désaccord entre le général Aoun et moi ? La situation va être telle que notre réunion a échoué ». Ce ne sont peut-être que de petits détails, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils ont réussi à bloquer la tentative.

De tentative en tentative

Ce n’est d’ailleurs pas la première tentative de la Ligue vis-à-vis de la crise présidentielle libanaise. Moussa venait de quitter le Liban en Octobre 2007 après une première tentative vaine de réconciliation pour revenir une seconde fois avec son plan. Pour Ahmad Sabet, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, la plupart des médiations de la Ligue arabe sont des initiatives individuelles de la part du secrétaire de la Ligue. Sinon, elles ne sont dans le fond que des médiations formelles. Pour lui, il n’existe pas de force arabe qui puisse pousser ces initiatives en avant afin de leur garantir le succès. « Les Arabes n’ont jamais été sérieux dans leurs initiatives. Ils agissent uniquement de manière à plaire à l’opinion publique de leurs Etats. Mais ils partent tout en sachant que leurs décisions ne sont que lettre morte », explique le politologue.

Ceci est vrai mais pourtant la Ligue se montre toujours très présente durant les différentes crises libanaises. Mais, les médiations nombreuses n’ont pas pu aboutir à de meilleurs résultats.

En août 2006, notamment, pour témoigner de leur solidarité avec le Liban, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont tenu une réunion d’urgence à Beyrouth pour discuter du conflit israélo-libanais. Ils ont déclaré leur soutien à la position du Liban opposé à un projet de résolution franco-américaine à l’Onu pour mettre fin à un conflit sanglant qui durait depuis près d’un mois sans qu’une trêve ne soit en vue. Ce projet demandait un « arrêt complet des hostilités », mais ne fait mention ni de cessez-le-feu immédiat ni de retrait immédiat des troupes israéliennes déployées en force dans le Sud-Liban. Quelques jours après cette réunion, les ministres des Affaires étrangères des pays arabes se sont de nouveau réunis au Caire et ont réclamé aux Nations-Unies de faire pression sur Israël pour qu’il lève le blocus qu’il impose au Liban et ont réclamé une trêve « ferme et durable ». Cette tentative n’a pas dépassé ces quelques déclarations.

La Ligue a par la suite lancé une nouvelle médiation en décembre 2006 après l’énorme manifestation organisée contre le gouvernement de Siniora par le Hezbollah pro-syrien. L’opposition libanaise a voulu en faire le « tournant historique » de son offensive populaire contre le gouvernement de Fouad Siniora.

Des centaines de milliers de manifestants avaient occupé les rues de la capitale libanaise, tandis que des milliers de soldats et de policiers ont été déployés. Les émissaires de la Ligue arabe ont intervenu et ont rencontré les différentes parties, au Liban et en Syrie, pour tenter de trouver une issue. Les discussions portaient sur un gouvernement d’union, sur le projet de tribunal international voulu par l’Onu pour juger les personnes soupçonnées de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri et sur la question d’une élection présidentielle et d’élections législatives anticipées. Une médiation qui a été cette fois-ci acceptée par toutes les parties au Liban mais qui n’a pas pu mettre fin à cette crise.

Pour Al-Abiad, l’échec de telle ou telle tentative ne doit absolument pas être la responsabilité de la Ligue, car dans le fond, le rôle de la Ligue arabe est uniquement un rôle de médiation qui vise à soutenir la paix dans la région. Mais cela dit que : « La Ligue n’est pas une entité souveraine. Elle ne peut rien imposer aux pays. Et dépend uniquement des Etats arabes eux-mêmes. S’il y a accord entre eux, les médiations réussissent et vise versa ».

De nombreuses réunions, visites, médiations et tentatives qui se succèdent, mais qui dans le fond n’ont pu réaliser grand-chose ni mettre fin aux crises libanaises.

La mission de Moussa s’avère donc encore une fois très périlleuse. Et le secrétaire de la Ligue arabe est loin de détenir la formule magique.

Chaimaa Abdel-Hamid

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