Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un suspense plat
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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  Semaine du 16 au 22 janvier 2008, numéro 697

 

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Liban. Le pays du Cèdre semble vivre dans un état d’attente où cohabitent tension et fatalisme. Une expectative rendue encore plus problématique que l’initiative arabe semble marquer le pas.

Un suspense plat

Il faut franchir la mosquée Abdel-Nasser puis l’Université arabe de Beyrouth et longer la rue Afif Al-Tib. C’est la rue qui « importe pour tout le Liban ». Les magasins ouvrent leurs portes dans l’attente des clients. Dans cette région d’Al-Mazraa, la tension qui se déroule autour du palais de Baabda semble assez lointaine. Les va-et-vient n’ont pas été gelés à l’instar de la nomination d’un nouveau chef d’Etat. Juste fune ombre d’insécurité semble planer sur les passants. Les explosions qui retentissent de plus en plus souvent dans les différents quartiers de la capitale libanaise ne laissent personne tranquille. Les différends politiques entre les politiciens protagonistes pourraient cependant facilement se traduire dans cette région à majorité sunnite. Ici, réside un grand bloc de partisans du mouvement de Saad Hariri, et non loin dans la banlieue sud, c’est le fief des chiites du Hezbollah et du mouvement Amal. En cas d’affrontements entre les deux, la grande bataille serait certainement là. Les sondages confirment d’ailleurs que 79 % des Libanais croient qu’ils ne sont pas traités à pied d’égalité, mais plutôt en fonction de leur appartenance religieuse. Ce sondage mené par le site Liban sur un échantillon de 600 personnes révèle en outre que les Libanais estiment que leurs gouvernements successifs n’adoptent pas de politique de développement équilibrée dans les différentes régions du pays. Le sud est par exemple privé d’électricité au moins 6 heures par jour. Dans le centre de Beyrouth, le Solidère, les réverbères sont allumés mais ce quartier est peut-être le plus touché par l’impasse politique. Les magasins et les échoppes sont fermés depuis longtemps, surtout depuis la grève tenue par l’opposition. Les habitants ont presque déserté le quartier, et certains se sont dirigés vers le nord où ils pensent qu’ils seront à l’abri des attentats et de la crise. Plus personne ne fait cette distinction entre le politique et l’économique. Le tourisme est en chute libre. L’insécurité et l’instabilité au Liban étant loin de rassurer les touristes. Selon les chiffres officiels, sur un peu plus de 2 millions de voyageurs entrés au Liban en 2007, 42 % étaient des Libanais, c’est-à-dire ces expatriés dans les 4 coins du monde. Ceci s’est accompagné d’une hausse de l’émigration. On compte près de 770 000 billets d’avion vers l’étranger émis jusqu’à fin novembre. Tant et si bien que l’émigration ne se limite pas aux chrétiens, comme il est conventionnellement admis, mais concerne aussi les musulmans. Voire la communauté chiite qui bien qu’elle voue beaucoup d’hostilité à l’Amérique la considère comme son pays d’accueil favori ? D’aucuns disent par exemple que la ville de Détroit est devenue une ville chiite et que l’Administration américaine n’a pu que baisser les bras.

Et ces émigrés n’hésitent pas parfois à faire régulièrement l’aller-retour. Au Liban, il ne faut pas trouver étrange de voir un chauffeur de taxi par exemple avec une autre nationalité : canadienne, américaine ou française. La majorité des Libanais le sont-ils ? Du moins, un très grand nombre et figurant surtout dans l’élite et la couche la plus active de la société. Paradoxalement, c’est ce qui semble tenir encore debout ce pays. En d’autres termes, les Libanais de l’étranger font vivre les Libanais de l’intérieur. Ces derniers font face à une flambée des prix des produits alimentaires, du pétrole, de l’immobilier, tout ... Il y a quelques semaines, le litre d’essence a augmenté de 1 000 lires en une fois.

Et comme le Liban est le pays de toutes les contradictions, le pays compte aujourd’hui et en pleine crise 50 voitures de luxe Hammer. Les épargnes ont baissé, mais les prêts bancaires pour les opérations de chirurgie esthétiques se multiplient ! Fidèles à leur réputation, ils excellent dans cet art de vivre, de survivre. Certains acceptent de vivre en se contentant des denrées suivantes comme repas quotidien : des olives, de la lebna (fromage traditionnel) et d’un morceau de pain, le plus longtemps possible, en espérant une sortie de crise. D’autres veulent vivre à tout prix défiant les risques et se lançant dans les aventures.

Les deux catégories, cependant, espéraient que la visite du secrétaire général de la Ligue arabe serait porteuse d’espoir. Elles rêvaient déjà de voir les barrières de sécurité enlevées, la grève achevée et le moral remonté. Mais Moussa n’a fait que confirmer que la crise libanaise est profonde et vouée à se prolonger un peu plus longtemps. « Le temps presse, nous sommes aujourd’hui à la 23e heure, et il faudrait trouver une issue avant minuit », a déclaré Amr Moussa. Et que se passera-t-il après minuit ? Personne ne le sait. Les Libanais veulent simplement vivre et pour ce, vont parfois jusqu’à dire qu’un Liban sans président est peut-être meilleur qu’un Liban avec un locataire du palais de Baabda. L’ironie du désespoir ou du fatalisme qui cadre peu avec les clichés sur un peuple industrieux et débrouillard.

Maher Meqled

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