Flambée des prix.
Les revendications salariales gagnent presque tous les
secteurs ouvriers et de la fonction publique. Les
responsables ne sont pas unanimes quant à la réponse à
donner.
L’équation insoluble
Des
syndicalistes ouvriers ont mis en garde cette semaine contre
les conséquences de la flambée des prix si elle ne
s’accompagne pas d’une augmentation proportionnelle des
salaires. Ils ont demandé une réunion urgente du « Haut
Conseil des salaires », un organisme qui fut créé en 2003 et
dont les membres ne se sont réunis qu’une seule fois depuis.
Les syndicalistes qui revendiquent l’augmentation des
salaires des ouvriers et des fonctionnaires prévoient la
multiplication des manifestations et des sit-in si aucune
mesure n’est prise pour améliorer les conditions de vie de
ces tranches sociales.
Khaled Ali, membre du comité des droits et libertés
syndicaux et ouvriers, a menacé d’intenter un procès contre
les ministres de Planification et de la Main-d’œuvre en leur
qualité de membres du Conseil des salaires s’ils
n’appelaient pas à une réunion urgente pour reconsidérer le
salaire minimum.
« Le salaire mensuel minimum a été fixé en 1978 à 35 livres
alors qu’aujourd’hui le prix d’un kilo de viande a atteint
les 40 livres », s’indigne-t-il.
Mais loin de cette caricature, force est de constater que
malgré les augmentations successives décrétées par le
gouvernement (le budget affecté aux salaires est passé de 35
à 59,5 milliards de livres entre 2004 et 2007), les salaires
restent bien en deçà du coût de la vie. Un fait que le
gouvernement a du mal à nier, voire à justifier.
Lors d’une réunion la semaine dernière avec les membres du
Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), le ministre des
Affaires parlementaires, Moufid Chéhab, a expliqué qu’il
s’agit d’un phénomène mondial que le gouvernement n’a pas
les moyens d’endiguer. Le ministre a en outre insisté sur le
fait que l’augmentation des salaires ne résoudra pas le
problème, bien au contraire, elle entraînerait une
inflation. « Ils ne comprennent pas ce qu’ils disent »,
a-t-il lancé à l’intention des opposants et de la presse
indépendante qui donnent l’impression que « le pays est fini
et que les gens en ont ras-le-bol ».
C’est sûrement pour cette raison que le premier ministre,
Ahmad Nazif, s’est réuni la semaine dernière avec une
douzaine d’intellectuels engagés afin de communiquer — à
travers eux — son explication de la crise et d’impliquer
l’opinion publique dans la recherche d’une solution. Lors de
cette réunion qui s’est étalée sur quatre heures, Nazif a
réitéré l’explication officielle en signalant la montée des
prix à l’échelle mondiale notamment du blé et du pétrole. «
En l’espace d’un an, le prix de la tonne de blé est passé de
140 à 363 dollars. Or, l’Egypte en importe 6 millions de
tonnes par an », a-t-il souligné.
Divergences au sein du gouvernement
Mais s’il est normal de trouver une difficulté à arriver à
un dénominateur commun entre des intellectuels appartenant à
toutes les couleurs politiques quant à la recette à adopter,
il est assez surprenant de voir les membres du gouvernement
prôner des approches divergentes : contrairement à Chéhab,
qui s’attend à une accentuation de l’inflation si le
gouvernement cédait aux revendications salariales, le
ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad
Rachid, assure quant à lui que la seule solution à la cherté
de la vie est l’augmentation des salaires « bien au-delà des
taux d’inflation ». Rachid demande au secteur privé d’en
faire autant.
Les divergences de vue entre les ministres se transforment
parfois en guerre de déclarations entre les institutions et
organismes étatiques : jeudi, le président du CAPMAS (Centre
de statistiques), Gawdate Al-Malte, a dénoncé le
gouvernement pour son travail durant les deux dernières
années fiscales, l’accusant d’adopter des politiques
susceptibles d’aggraver le déficit budgétaire et critiquant
la montée « injustifiée » des prix des denrées alimentaires
produites localement, une augmentation qui a atteint 8,6 %
durant 2007, d’après les chiffres du centre.
« L’équation est difficile à résoudre pour une économie qui
se libéralise », avait reconnu le premier ministre. « Il
n’est pas de mon ressort de trouver des alternatives, mon
rôle s’arrête au diagnostic », a affirmé un député
indépendant Mahmoud Amer, reflétant une attitude générale
d’une opposition qui, comme le gouvernement, est dans
l’incapacité de trouver une issue immédiate. Protester pour
se défouler, semble pour le moment l’unique soupape de
sécurité.
Jalonnée par une série de manifestations essentiellement
motivées par les mauvaises conditions économiques, l’année
2007 s’est terminée par une séance houleuse au Parlement
avec 282 députés présentant des interrogations et des
interpellations relatives à la hausse des prix, adressées au
premier ministre et aux ministres du « groupe économique ».
Lors de cette séance, le député Hamdine Sabbahi, de tendance
nassérienne, a accusé le gouvernement d’appauvrir la
population en appliquant les recettes des institutions
représentant « le capitalisme féroce », aux dépens des
Egyptiens.
En effet, les derniers rapports de la Banque mondiale et du
Fonds monétaire international montrent une très grande
satisfaction face aux efforts de restructuration entrepris
par le gouvernement égyptien. Ils indiquent un taux de
développement de 7,1 %, une augmentation du PNB et une
baisse du chômage. Des indices « encourageants » mais que
les gens ordinaires n’ont jamais compris ni, plus important
encore, ressentis jusqu’ici.
La prochaine période sera celle de la distribution, c’est
une question de temps … patientez. Tel est le discours
officiel défendu par une minorité d’optimistes. Tandis que
beaucoup conseillent au gouvernement de ne pas trop miser
sur la patience de la population... étirée à l’extrême.
Chérif Albert