Education.
Dans le cadre d’une stratégie de réforme globale du secteur,
le ministère a annoncé la création d’une académie pour la
formation continue des enseignants.
Zoom sur les enseignants
Décidément,
le ministre de l’Education, Yousri Al-Gamal, enchaîne
chantier sur chantier et multiplie les annonces. Après
l’application d’un cadre salarial spécial pour les
enseignants, supérieur à celui des autres fonctionnaires, un
autre projet destiné au développement, professionnel cette
fois, de quelque 1 250 000 d’enseignants que compte l’Egypte,
vient d’être annoncé. On attend juste le décret présidentiel
pour la création d’une académie professionnelle de formation
continue destinée aux enseignants des divers cycles
scolaires. Ceux-ci devraient suivre des stages dispensés par
des spécialistes égyptiens et étrangers pour leur permettre
d’adopter les nouvelles méthodes pédagogiques.
En fait, ce projet fait partie d’une stratégie globale pour
la réforme du système éducatif. Cette stratégie a été mise
au point il y a deux ans en collaboration avec des
organisations internationales comme l’Unesco et la Banque
mondiale et une coopération bilatérale avec certains pays
dont les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, et le Canada
qui ont mis leurs expertises en la matière à la disposition
du ministère. « La création de cette académie intervient
donc dans le cadre de cette stratégie de développement.
D’autres programmes concernent la réforme des programmes
scolaires, celle de l’enseignement technique et du système
du baccalauréat », a annoncé Yousri Al-Gamal, ministre de l’Education,
lors d’une conférence de presse.
La nouvelle académie sera établie dans la Cité Moubarak des
sciences et aura des branches dans les gouvernorats les plus
peuplés.
Elle offrira cinq niveaux de formation, dont le premier est
destiné aux diplômés qui désormais ne seront affectés à une
école qu’après être passés par l’académie. Les quatre autres
cycles sont pour les enseignants exerçant déjà un métier.
Les stages auront lieu dans l’après-midi, et n’affecteront
donc pas les horaires du travail des professeurs inscrits. «
Chaque niveau accompli correspondra à une augmentation
salariale de 10 %, de quoi encourager les enseignants à
prendre au sérieux cette chance qui leur sera offerte »,
explique Abdel-Samie Hamza, sous-secrétaire d’Etat au
ministère de l’Education.
Durant les cinq dernières années, le ministère a envoyé 877
000 enseignants en stage soit en Egypte soit à l’étranger,
notamment en Europe et aux Etats-Unis. « Mais l’existence
d’une telle académie permettrait aux professeurs de recevoir
la même formation et d’être au courant de nouvelles méthodes
et théories éducatives à un coût nettement inférieur. Seuls
les enseignants qui excelleront dans ces stages auront la
chance de poursuivre des formations encore plus pointues à
l’étranger », affirme Hassan Belawi, responsable du projet.
En outre, l’académie offrira des stages de langues grâce à
des accords de coopération avec les centres culturels
britannique, français, et allemand. Ceci devra permettre de
pallier le manque de professeurs de langues dans les écoles
publiques. « Actuellement, le niveau des professeurs de
langues est généralement faible et ne leur permet pas
d’enseigner au lycée. En améliorant leur niveau, le problème
sera largement résolu », explique encore le responsable.
« Notre objectif est de permettre aux élèves des écoles
publiques d’atteindre le même niveau de ceux des écoles
privées, surtout que dans certaines facultés, comme la
médecine par exemple, l’enseignement se fait en anglais, ce
qui représente un handicap pour les bacheliers des écoles
publiques », ajoute Belawi.
Cela dit, tout le monde est d’accord sur le fait que la
réforme du système éducatif ne peut être que le résultat
d’une vision globale prenant en compte les nombreux
problèmes qui sévissent dans le secteur depuis des
décennies.
« L’enseignant, quelle que soit sa compétence, ne pourra
mener à bien son travail si le sureffectif des classes reste
irrésolu. Dans la plupart des écoles, le nombre d’élèves
varie entre 50 et 70 par classe. Si le ministère veut bien
profiter des expériences des pays étrangers, il doit
travailler simultanément sur plusieurs fronts », constate
Hanane Hafez, professeure de pédagogie à l’Université de
Aïn-Chams.
Selon elle, « le nombre d’élèves d’une classe ne doit pas
dépasser la vingtaine. C’est une condition pour que
l’enseignant soit capable de communiquer avec ses élèves et
de les évaluer », insiste-t-elle.
Selon Mohamad Abdel-Zaher, un autre pédagogue, il s’agit
d’une formation formelle qui manque de fonds, « la création
de cette académie n’est qu’une autre tentative de réforme
pour la forme. Les enseignants vont apprendre des méthodes
pédagogiques difficiles à appliquer sous les conditions
lamentables dont souffrent les écoles publiques, surtout
celles en province », souligne-t-il sur un ton pessimiste.
Mirande Youssef