Consommation.
L’affaire de l’eau minérale impropre à la consommation
décelée par l’Organisme de protection des consommateurs
révèle une défaillance du système de contrôle sur les
produits alimentaires où les ONG sont quasiment
marginalisées.
Les ONG réclament un droit de contrôle
L’Organisme
de la Protection des Consommateurs (OPC) a révélé la semaine
dernière les résultats d’une longue étude sur le marché
d’eau minérale, un marché ayant connu une grande expansion
durant ces dernières années. Les trouvailles étaient
choquantes : sur 21 marques d’eau minérale, 6 sont nocives à
la santé, à savoir Schweppes, Al-Nada, Nahl, Aquamina,
Aquastone et Hayat. Dans ces cas, l’eau à l’intérieur de la
bouteille n’a rien à voir avec les informations inscrites
sur les étiquettes.
Bien qu’une loi sur la défense des consommateurs ait été
promulguée en 2004 aggravant les peines contre les
fraudeurs, les cas de fraude commerciale ont continué à se
multiplier : 10 000 procès sont intentés tous les ans contre
des commerçants et des producteurs soupçonnés de mettre sur
le marché des produits non-conformes aux normes. Selon les
chiffres du ministère de la Santé, 2 431 personnes ont été
victimes d’une intoxication alimentaire au cours des deux
dernières années. L’exemple le plus flagrant était
l’empoisonnement de 25 personnes en 2006 après avoir mangé
du miel conservé dans des boîtes utilisées auparavant pour
des insecticides.
Pour lutter contre ce genre de pratiques qui mettent en
danger avant tout la santé publique, le ministère de
l’Approvisionnement a créé l’an dernier l’Organisme pour la
protection des consommateurs. Il est chargé d’effectuer des
recherches sur les différents produits mis sur le marché
avant d’en présenter les résultats aux instances
gouvernementales concernées. L’OPC a également pour rôle de
sensibiliser les consommateurs sur les moyens de vérifier la
qualité des produits alimentaires.
« La première démarche prise était de créer une ligne
téléphonique (le 195 88) pour recevoir les plaintes des
consommateurs et leur fournir des informations sur les
divers produits sur le marché », explique Anane Hilal,
vice-présidente de l’OPC. D’après elle, l’enquête menée sur
les eaux minérales a été lancée suite à de nombreuses
plaintes reçues grâce à cette ligne.
Depuis sa création, l’OPC essaye de coopérer avec l’ensemble
des organisations non gouvernementales (ONG) œuvrant dans ce
domaine pour mettre en place une stratégie de travail. Mais
le niveau de cette coopération n’est pas jugé satisfaisant.
Les responsables des ONG sont unanimes sur le fait que la
bureaucratie mine le système de contrôle des produits
alimentaires. Pire encore, la tâche de contrôle est partagée
entre l’OPC et plusieurs ministères et organismes, dont les
ministères de la Solidarité sociale, de la Santé, de
l’Agriculture, ainsi que l’Organisme de la médecine
vétérinaire (selon la nature des produits). Les décisions
prises sont souvent non coordonnées, parfois même
contradictoires et en attendant, le produit reste sur le
marché.
En fait, l’Egypte compte actuellement plus d’une soixantaine
d’associations non gouvernementales de défense des
consommateurs. Malgré leur marge d’activité réglementée par
la loi, leurs compétences demeurent restreintes. « On n’a
pas le droit d’intervenir et de poursuivre en justice les
contrevenants et revendiquer des indemnités au nom des
consommateurs, comme c’est le cas dans beaucoup de pays. Si
le gouvernement l’autorise, nous pouvons jouer un rôle très
efficace dans la lutte contre la fraude parce que souvent
les consommateurs n’ont ni le temps, ni les moyens de le
faire », explique Saad Zidane, président d’une ONG. Il
explique qu’avec la vague de privatisation et l’apparition
de plusieurs supermarchés privés, le gouvernement devient de
plus en plus incapable de maintenir un système de contrôle
efficace. Il s’avère donc nécessaire d’accorder plus de
poids aux ONG.
En fait, le système de travail de ces associations comprend
deux volets : recevoir les plaintes des consommateurs et
mener un travail de terrain. Celui-ci consiste à acheter le
produit, objet de plainte, et à le soumettre à des analyses
dans des laboratoires spécialisés. « Mais le problème est
que notre rôle s’arrête là. Et c’est là qu’interviennent les
ministères de la Solidarité sociale et de la Santé dont le
travail de vérification peut s’étaler sur des mois. Sous un
tel système, le consommateur est la seule victime », assure
Soad Al-Dib, présidente d’une autre ONG de protection des
consommateurs. Et d’ajouter : « On n’a même pas le droit de
participer avec les ministères concernés à des campagnes de
contrôle. Cela pourrait rendre le système de vérification
plus efficace ».
La seule explication de cette marginalisation, selon Al-Dib,
est que leurs recherches s’attaqueraient peut-être à la
réputation de grandes compagnies disposant d’un pouvoir de
lobyying, sans parler des conséquences que pouvaient avoir
ces campagnes et contre-campagnes sur l’atmosphère de
l’investissement.
Reste à savoir si l’affaire de l’eau minérale décidera le
gouvernement à élargir la marge d’action de ces
organisations.
Marianne Youssef