Kosovo.
Après l’échec du processus de négociations, la province
s’achemine vers une proclamation d’indépendance unilatérale
sur fond de blocage.
Vers l’inévitable
A peine arrivé au pouvoir, le premier ministre du Kosovo, M.
Hashim
Thaçi a annoncé que son pays proclamerait son
indépendance dans un délai de quelques semaines. Laissant
entendre que le Kosovo pourrait faire cavalier seul en
février ou mars. « Je vous assure que dans quelques semaines
nous proclamerons l’indépendance. C’est une affaire réglée.
Il ne nous reste qu’à la proclamer », a-t-il déclaré. Il a
aussi annoncé que les deux millions d’Albanais du Kosovo
comptent sur les pays occidentaux pour passer outre à
l’opposition de la Serbie et de la Russie, et reconnaître
leur territoire comme le dernier Etat issu de
l’ex-Yougoslavie.
En effet, le Parlement du Kosovo a réélu
Fatmir
Sejdiu à son poste de président de cette province du
sud de la Serbie, dont la population est en majorité
albanaise. M. Sejdiu a été élu à
la majorité absolue au troisième tour, avec 68 voix pour, 39
contre et onze bulletins nuls. En vertu du cadre
constitutionnel du Kosovo, une majorité des deux tiers est
nécessaire aux deux premiers tours de vote pour que le
Parlement valide l’élection du président. Avant ce vote, M.
Sejdiu, qui occupait le poste de
président du Kosovo depuis le décès, en janvier 2006, de
l’emblématique dirigeant albanais Ibrahim
Rugova, a démissionné pour
ouvrir la voie à sa réélection. Ainsi, a-t-il promis que «
le Kosovo indépendant sera profondément dévoué au
développement des relations de bon voisinage avec tous les
pays de la région et sera un facteur de stabilité dans cette
partie de l’Europe », a déclaré M.
Sejdiu. Et, pour assurer les minorités, il a annoncé
que « les institutions du Kosovo garantiront les libertés et
les droits de toutes les minorités ethniques. Une attention
particulière sera accordée à la communauté serbe et à sa
pleine intégration au Kosovo », a dit M.
Sejdiu.
En effet, la réélection de M. Sejdiu
est le fruit d’un accord de coalition entre les deux
principales formations du Kosovo.
Cet accord a été signé par M. Hashim
Thaçi pour le Parti Démocratique
du Kosovo (PDK), qui dispose de 37 députés sur 120 au
Parlement, et M. Fatmir
Sejdiu, pour la Ligue
Démocratique du Kosovo (LDK), qui a 25 députés.
Après la réélection du président et du premier ministre, le
Parlement avait une autre tâche. Il a approuvé le
gouvernement proposé par M. Thaçi
qui compte 15 ministres, sept du PDK et 5 de la LDK, et deux
vice-premiers ministres. Trois ministères sont réservés aux
représentants des minorités du Kosovo : deux de ces
ministères sont réservés aux Serbes, dont 100 000 environ
sont restés dans la province. Un ministère a été prévu pour
les autres minorités. Les Serbes ont massivement boycotté
les élections législatives du 17 novembre. En effet, ce
gouvernement est censé diriger la province albanophone vers
une indépendance jugée désormais incontournable. A cet
égard, le premier ministre kosovar
a souligné : « N’oublions pas que l’indépendance a, à
côté de sa base politique, une base démocratique et
économique. Ainsi, nous travaillerons au maximum avec nos
partenaires — les Etats-Unis, l’UE et l’Otan — pour que la
Serbie ne puisse pas faire de provocations », a-t-il
déclaré.
La Serbie s’oppose à toute déclaration d’indépendance de
cette province sous administration de l’Onu depuis 1999 et
est soutenue sur ce point par Moscou, l’allié traditionnel
des Serbes. Belgrade, qui accepterait d’accorder tout au
plus une large autonomie au Kosovo, avait indiqué qu’il
ferait « annuler » toute déclaration unilatérale de cette
province qu’il considère comme le berceau de son histoire et
de sa culture. Aussi M. Thaçi
a-t-il prévenu la Serbie que toute action qu’elle
entreprendrait contre le Kosovo nuirait plutôt à elle-même
parce qu’elle resterait isolée du monde démocratique.
Pour sa part, l’Organisation pour la Sécurité et la
Coopération en Europe (OSCE) table sur le maintien de sa
mission au Kosovo. Elle compte y poursuivre ses activités
afin de soutenir autant la majorité albanaise que la
minorité serbe, a souligné le président en exercice de
l’OSCE, le Finlandais Ilkka
Kanerva. « Je ne peux pas croire
que l’on veuille réellement qu’on quitte le Kosovo », a
déclaré M. Kanerva. Selon lui,
le moment crucial sera immédiatement après la déclaration
unilatérale d’indépendance que les dirigeants albanais du
Kosovo ont promis de faire dans un avenir proche. « Les
gens, qu’ils soient albanais ou serbes, ont besoin d’aide,
de protection et de possibilités de reconstruire leur vie ».
a estimé
Kanerva. Les Etats-Unis et les principaux pays
européens sont favorables à l’indépendance du Kosovo.
L’Union européenne doit déployer cette année des policiers
et des administrateurs civils au Kosovo pour y prendre la
relève des Nations-Unies.
Maha
Salem