Al-Ahram Hebdo,Monde | Vers l’inévitable
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  Semaine du 16 au 22 janvier 2008, numéro 697

 

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Kosovo. Après l’échec du processus de négociations, la province s’achemine vers une proclamation d’indépendance unilatérale sur fond de blocage.

Vers l’inévitable

A peine arrivé au pouvoir, le premier ministre du Kosovo, M. Hashim Thaçi a annoncé que son pays proclamerait son indépendance dans un délai de quelques semaines. Laissant entendre que le Kosovo pourrait faire cavalier seul en février ou mars. « Je vous assure que dans quelques semaines nous proclamerons l’indépendance. C’est une affaire réglée. Il ne nous reste qu’à la proclamer », a-t-il déclaré. Il a aussi annoncé que les deux millions d’Albanais du Kosovo comptent sur les pays occidentaux pour passer outre à l’opposition de la Serbie et de la Russie, et reconnaître leur territoire comme le dernier Etat issu de l’ex-Yougoslavie.

En effet, le Parlement du Kosovo a réélu Fatmir Sejdiu à son poste de président de cette province du sud de la Serbie, dont la population est en majorité albanaise. M. Sejdiu a été élu à la majorité absolue au troisième tour, avec 68 voix pour, 39 contre et onze bulletins nuls. En vertu du cadre constitutionnel du Kosovo, une majorité des deux tiers est nécessaire aux deux premiers tours de vote pour que le Parlement valide l’élection du président. Avant ce vote, M. Sejdiu, qui occupait le poste de président du Kosovo depuis le décès, en janvier 2006, de l’emblématique dirigeant albanais Ibrahim Rugova, a démissionné pour ouvrir la voie à sa réélection. Ainsi, a-t-il promis que « le Kosovo indépendant sera profondément dévoué au développement des relations de bon voisinage avec tous les pays de la région et sera un facteur de stabilité dans cette partie de l’Europe », a déclaré M. Sejdiu. Et, pour assurer les minorités, il a annoncé que « les institutions du Kosovo garantiront les libertés et les droits de toutes les minorités ethniques. Une attention particulière sera accordée à la communauté serbe et à sa pleine intégration au Kosovo », a dit M. Sejdiu.

En effet, la réélection de M. Sejdiu est le fruit d’un accord de coalition entre les deux principales formations du Kosovo. Cet accord a été signé par M. Hashim Thaçi pour le Parti Démocratique du Kosovo (PDK), qui dispose de 37 députés sur 120 au Parlement, et M. Fatmir Sejdiu, pour la Ligue Démocratique du Kosovo (LDK), qui a 25  députés.

Après la réélection du président et du premier ministre, le Parlement avait une autre tâche. Il a approuvé le gouvernement proposé par M. Thaçi qui compte 15 ministres, sept du PDK et 5 de la LDK, et deux vice-premiers ministres. Trois ministères sont réservés aux représentants des minorités du Kosovo : deux de ces ministères sont réservés aux Serbes, dont 100 000 environ sont restés dans la province. Un ministère a été prévu pour les autres minorités. Les Serbes ont massivement boycotté les élections législatives du 17 novembre. En effet, ce gouvernement est censé diriger la province albanophone vers une indépendance jugée désormais incontournable. A cet égard, le premier ministre kosovar a  souligné : « N’oublions pas que l’indépendance a, à côté de sa base politique, une base démocratique et économique. Ainsi, nous travaillerons au maximum avec nos partenaires — les Etats-Unis, l’UE et l’Otan — pour que la Serbie ne puisse pas faire de provocations », a-t-il déclaré.

La Serbie s’oppose à toute déclaration d’indépendance de cette province sous administration de l’Onu depuis 1999 et est soutenue sur ce point par Moscou, l’allié traditionnel des Serbes. Belgrade, qui accepterait d’accorder tout au plus une large autonomie au Kosovo, avait indiqué qu’il ferait « annuler » toute déclaration unilatérale de cette province qu’il considère comme le berceau de son histoire et de sa culture. Aussi M. Thaçi a-t-il prévenu la Serbie que toute action qu’elle entreprendrait contre le Kosovo nuirait plutôt à elle-même parce qu’elle resterait isolée du monde démocratique.

Pour sa part, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) table sur le maintien de sa mission au Kosovo. Elle compte y poursuivre ses activités afin de soutenir autant la majorité albanaise que la minorité serbe, a souligné le président en exercice de l’OSCE, le Finlandais Ilkka Kanerva. « Je ne peux pas croire que l’on veuille réellement qu’on quitte le Kosovo », a déclaré M. Kanerva. Selon lui, le moment crucial sera immédiatement après la déclaration unilatérale d’indépendance que les dirigeants albanais du Kosovo ont promis de faire dans un avenir proche. « Les gens, qu’ils soient albanais ou serbes, ont besoin d’aide, de protection et de possibilités de reconstruire leur vie ». a estimé Kanerva. Les Etats-Unis et les principaux pays européens sont favorables à l’indépendance du Kosovo. L’Union européenne doit déployer cette année des policiers et des administrateurs civils au Kosovo pour y prendre la relève des Nations-Unies.

Maha Salem

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