Exposition.
Plusieurs peintres présentent la cité plusieurs fois
millénaire selon une vision propre aux habitants du pays.
Les palettes égyptiennes
et l'éternité de Louqsor
Louqsor,
Thèbes l'antique, ce magnifique et légendaire lieu où s'est
manifestée le plus la civilisation égyptienne. Vallées,
collines, palmiers, l'éternel fleuve, une cité face à
laquelle s'étend le désert, cette rive occidentale domaine
de l'éternité. La ville même est un mélange d'hôtels cinq
étoiles, de lieux pour touristes et aussi et surtout, toute
une architecture et des schémas faits de différence, celle
d'un quotidien qui allie différentes époques et divers modes
d'existence. On le sait, c'est la ville qui a attiré les
peintres de par le monde, ceux venus faire La Description de
l'Egypte avec Bonaparte et par la suite ceux qu'on a
qualifiés d'orientalistes. Et que dire des Egyptiens
eux-mêmes ? Comment voient-ils les lieux indépendamment du
fait qu'ils soient touristiques ? Des peintres égyptiens
comme Mohamad Sabri s'en sont inspirés, mais il restait
cette idée ou ce préjugé sur une ville que l'on voit souvent
par l'intermédiaire d'une vision occidentale. Au-delà du
débat sur cet état des lieux, il était clair qu'une nouvelle
approche devait avoir lieu et ce fut cet atelier organisé à
Louqsor et regroupant des peintres de différentes
générations et tendances pour représenter Louqsor sous le
titre significatif de « L'Egypte vue par des Egyptiens ».
Une initiative de l'Organisme général des palais de la
culture. Ces peintres sont tous allés à Louqsor pour une
période relativement longue et sont venus exposer les
résultats dans une exposition qui se tient à l'Atelier du
Caire. Une manière de faire revivre l'expérience des années
1950 et 60 où les grands noms de la peinture avaient
l'habitude de fréquenter l'atelier de Sayed Abdel-Rassoul à
Gournah, à proximité de la ville de Louqsor. De quoi leur
avoir inspiré des chefs-d'œuvre qui resteront longtemps
gravés dans la mémoire.
Premières ébauches ou œuvres accomplies pour l'exposition
actuelle ? On ne saurait trop le dire. L'inspiration d'un
peintre peut ne pas se limiter à un temps ou à un lieu. Mais
on a vu quand même de multiples facettes de Louqsor, de la
vie quotidienne des habitants d'aujourd'hui comme ces
collages de Mohamad Abdel-Moneim Ibrahim aux images
féeriques de Assem Abdel-Fattah en passant par
le tout feu tout flamme de
Omar Al-Fayoumi.
Ce qui peut attirer l'attention au départ, c'est non
seulement la diversité des angles et cette prééminence du
désert et des collines, mais c'est aussi la rareté du
pharaonique. Les peintres ont voulu éviter, sans doute de
manière spontanée, de faire comme l'autre. Mais d'une
manière plus substantielle ce pharaonique ou éternel
égyptien, si l'on songe, est présent partout, enfoui,
enveloppé de mystère. Tout respire un silence, une sorte de
méditation dans des lieux qui semblent dépeuplés mais dont
les occupants sont bien là même s'ils paraissent invisibles,
juste un vieux passant s'appuyant sur sa canne à l'extrémité
du tableau comme chez Hassan Abdel-Fattah ou ce village au
bord du Nil avec ses palmiers, ses maisons en pisé,
représenté comme sur un parchemin de Réda Abdel-Rahmane.
Difficile de dénombrer tout ce qui est présenté, mais s'il y
a pâleur donnant lieu au mystère d'une part, et des palettes
très vives où l'éclat des couleurs vient se substituer à
cette absence comme chez Abdel-Wahab Abdel-Mohsen d'autre
part. Ibrahim Ghazalé, lui, dans une image que l'on aurait
dit prise d'une bande dessinée, où des touristes circulent
porteurs de l'autre regard. Les termes d'espace, de formes
et de couleur viennent dans cette exposition nous rendre une
ville dans sa spiritualité, son histoire et une vie inscrite
dans le secret de l'éternité.
Ahmed
Loutfi