Théâtre.
La sixième édition du Festival des jeunes créateurs (13-19
janvier), organisée par le Centre Français de Culture et de
Coopération (CFCC), est marquée par une grande présence
féminine et un intérêt particulier à l’expression
corporelle.
Les créatrices au-devant de la scène
Elles
sont trois sur scène. Chacune se trouve à l’intérieur d’un
cône en cordes rouges. Une comédienne, une chanteuse et une
danseuse relatent leur histoire, évoquent leur quotidien et
dévoilent leurs secrets dans Kalam fi sirri (confidences).
Cette pièce, lauréate de la meilleure interprétation lors du
Festival du théâtre expérimental, a donné le coup d’envoi à
la sixième édition du Festival des jeunes créateurs, au CFCC.
Elle a également été sélectionnée comme la meilleure pièce
lors du Festival de la metteuse en scène, brisant des tabous
concernant la femme. Riham Abdel-Razeq, metteuse en scène de
la pièce, a eu recours à un langage corporel et visuel assez
significatif. Les trois protagonistes parlent de tout
ouvertement. La chorégraphie révèle le contrôle masculin du
sexe faible.
Deux autres pièces privilégient la femme et portent la
signature de femmes. D’abord, La Maison de Bernard Alba,
d’après le roman de Federico Garcia Lorca, mise en scène par
Yousra Al-Charqaoui. « Ce texte s’avère proche de notre
société. Il est question de l’autorité qu’exerce une mère
sur ses filles qui ne sont pas mariées. Un problème
qu’affrontent aujourd’hui beaucoup de filles de chez nous,
qui restent célibataires ayant dépassé la trentaine. Dans
chaque maison, on peut retrouver une célibataire qui souffre
en silence et déprime », souligne Yousra qui a déjà donné
son spectacle sur les planches de l’Université de Aïn-Chams.
Au niveau de la mise en scène, elle a ajouté des séquences
qui reflètent la vision subalterne adoptée par pas mal de
femmes. Sans vraiment créer des chorégraphies très
élaborées, elle a donné libre cours à des expressions
corporelles simples qui traduisent la joie ou le rêve.
A une virgule près est un autre spectacle au féminin, signé
cette fois-ci par une jeune Française : Brenda Segone.
Celle-ci s’interroge sur la condition humaine. Elle évoque
la question du choix et du destin, en se basant sur les
lettres de l’alphabet. « Dans la vie, l’homme est-il
vraiment libre ? Il en est de même s’agissant de la langue
utilisée. Au sein d’un mot, une simple lettre a-t-elle
choisi où se placer ? ». A travers une étude des lettres et
des mots, Brenda Segone est arrivée aux signes
typographiques. Tout son spectacle tourne autour de la
virgule incarnée sur une scène par une autre femme. La
gestuelle appropriée enrichit le jeu. S’agit-il de féminisme
? Segone précise qu’elle n’a pas fait exprès.
Loin du thème de la femme, d’autres spectacles ont opté pour
un théâtre très physique. Parfum de l’amour, mis en scène de
Mohamad Fayez, est plutôt un spectacle de mouvements qui
évoque l’indifférence et l’inconscience des gens. « A
l’origine, je suis comédien. D’abord, j’ai monté ce
spectacle de manière traditionnelle se basant sur le texte.
Puis, j’ai voulu expérimenter, le présentant uniquement à
travers le langage du corps. C’est plutôt un mouvement
dramatisé », déclare Fayez.
Le Journal, chorégraphie et mise en scène de Mohamad Rouchdi,
dénonce beaucoup de problèmes d’actualité à travers la
danse. « Toujours ce qu’on n’ose pas exprimer par la langue,
on l’exprime à travers le geste ou le visuel. La danse est
un langage facile. Pourtant, les chorégraphies et les
détails sont plus compliqués. Le mouvement doit garder
toujours en soi le drame et le caractère du personnage »,
estime Mohamad Rouchdi. Un avis partagé par Ibrahim
Abdel-Salam, metteur en scène des Misérables. « J’ai eu
recours à l’expression du corps afin d’éviter de choquer le
public par le discours d’un personnage de prostituée
(Cosette). Le langage du corps permet par ailleurs de
condenser le temps et l’intrigue ».
May
Sélim