Al-Ahram Hebdo, Arts | Pas de lendemain
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  Semaine du 16 au 22 janvier 2008, numéro 697

 

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Arts

Cinéma. Hina mayssara (au moment opportun), dernier opus de Khaled Youssef, dépeint le désarroi des  défavorisés d’un quartier informel, terreau de l’extrémisme, dans le clivage social et la mise à l’écart des pauvres.

Pas de lendemain

Décontenancé, impressionné, on l’est devant la dernière séquence du film qu’il est difficile de ne pas commencer par là. Un jeune garçon maigre, mais excessivement endurant, défend sa compagne contre les assauts de jeunes convoitant son corps, sur le toit d’un train en circulation. Tandis qu’en montage parallèle, une femme en robe excentrique est intriguée par leur combat et un homme dans un autre wagon tente d’y intervenir en voyant les corps des jeunes balancés du toit. La séquence dure et on passe du couple sur le toit au couple séparé dans le train. Les uns et les autres s’épuisent, pris dans une déperdition, une errance commune dilatant l’impasse que le récit ne pouvait éviter.

Et le titre, pas clair, que signifie Au Moment opportun ? En fait, il prend sens dans un avenir incertain, dans la course qui n’en finit pas des héros qui s’épuisent dans un présent indécis, soumis à loi de l’informel ; loi subie et non choisie. Tout commence littéralement par une banale histoire de fesses : Adel sauve Nahed des mains d’un agresseur qui veut en abuser. Compassion ? Non. Parce qu’après avoir poussé Nahed dans son lit, il la congédie lorsqu’il apprend qu’elle est enceinte. On ne savait pas encore que ce clap inaugural aurait des conséquences à grande échelle. Le cinéaste veut nous faire comprendre que ce qui naît du temps est avant tout son épuisement. Adel, un antihéros type, ne dispose pas d’éthique, trempe son ennui dans un travail peu gratifiant d’aide-mécanicien pour assurer la survie de sa mère, Oum Réda, et les nombreux enfants de sa sœur, délaissée par son mari. Son voisin, Fathi, qui n’est pas plus productif, tient à peine les deux bouts par de petites besognes pour entretenir ses deux épouses. Car dans ce coin de promiscuité galopante et de bâtisses informelles exhalant les vapeurs du hasch et les senteurs de la pauvreté et de la faim, l’exaspération est le principe central de l’œuvre.

On croit tenir avec Adel notre personnage principal lorsqu’il s’impose par un renversement de la situation en caïd des pauvres, qui déclare la guerre aux dealers et verse leurs dus aux pauvres. Cependant, le film ne jette pas son ancre, ne se fige pas dans un genre : frasques sexuelles au début, puis « cinéma social », comme on dit avec le caractère qui défend les marginaux et les exclus. Il suffit aussi que Nahed après avoir abandonné le nourrisson qu’elle a conçu de Adel, sur la banquette d’un bus, troque sa petite robe pour le costume de danse, et entre dans le commerce de la chair dans des veillées dégradantes pour qu’on pénètre dans une comédie des mœurs. Les démarches échouent jusqu’à ce que les décideurs de la ville, la police, entre en jeu avec fracas pour se servir de Adel comme indic contre les dealers et les suspects. A ce moment, on accepte les principes du conte. Car il faut voir comment Khaled Youssef s’installe dans une scène sans qu’on sache s’il attend la petite surprise de la vie ou s’il a planifié sa pique finale. L’objet principal n’est pas l’évolution psychologique des personnages au fil du temps, mais à coups de bloc-durées, le trajet du personnage dans la scène, voire dans le plan.

Les scènes s’organisent autour d’un bel échange entre Adel et la police qui renforce son autorité sur son quartier. Puis, lorsque l’épuisement commence à se sentir, la scène flambe : les groupes islamistes écartent Adel, menaçant leurs plans, en brouillant ses cartes avec la police. Avec ce coup de tonnerre, les groupes islamistes viennent tenir le rôle de fauteurs de troubles. Le quartier et les familles se fissurent de toutes parts, jusqu’à la confrontation fatale des extrémistes et des forces de l’ordre.

Ce qui rend le film aussi insaisissable qu’un poisson qui glisse entre les mains, c’est ce souci dialectique dont la composante est : rien n’est acquis. L’union sacrée d'Oum Réda, ses petits enfants et Adel et celle de Fathi et ses deux épouses reste momentanée. Le cinéaste fait monter la sauce, fait durer les séquences car il n’y a pas de lendemain. Ce rassemblement est une illusion, seule compte l’intensité de cette illusion.

Cependant, les personnages essayent de sauver la mise. Ils bougent, agissent au risque dialectique de l’hystérie et l’acharnement. Nahed traverse les épreuves à son corps défendant. Emeut sa danse du ventre montée en parallèle aux interrogatoires sulfureux et supplices infligés à Adel et son entourage, accusés de complicité avec les terroristes. Ici et là, la danse mime le sexe avec fièvre. L’érotisation de Nahed à moitié nue, entourée de vieillards qui se réchauffent à son soleil, c’est une allégorie : la jeune femme et la mort. Adel, à son tour, essaye de trouver un semblant de salut dans sa recherche de Nahed et de son fils pour refonder le couple. Mais l’issue reste suspendue parce que le scénario n’a pas d’issue. Comment croire que les deux familles rassemblées par miracle, Nahed et Adel et leur fils illégitime et sa compagne, dans le train peuvent se réunir ? Avec l’appui de quels pouvoirs et institutions publiques ? Le film laisse ces questions sans réponse.

Amina Hassan

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