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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Fouilles. La mission polonaise opérant à Alexandrie a dégagé les vestiges d’une université dite complexe académique avec ses annexes.

Une vocation alexandrine

« Après plus de cinquante ans de fouilles à Kom Al-Dekka, au centre de l’ancienne Alexandrie, nous avons dégagé les plus anciens débris de l’antique université alexandrine, les maisons des alentours et des bains publics », annonce Zbigniew Szafranski, directeur du Centre polonais d’archéologie orientale au Caire. Tous les documents alexandrins faisaient état de l’existence de ces fameuses universités sans pour autant que l’on trouve les monuments concrets qui l’argumentent. Par chance, les vestiges d’un complexe académique dont la date remonte aux Ve, VIe et VIIe siècles ont été révélés lors des récentes saisons de fouilles. Et ce outre les bains, rues, maisons et mosaïques, faisant de ce lieu un espace urbain, qui ont été découverts.

 

La vie estudiantine d’Alexandrie

Occupant 60 000 m2, ce complexe se compose en fait d’un auditorium annexé de 20 petites salles, sans oublier la cour rectangulaire entourée d’arcades et de magasins de vente d’articles de tous genres. Le plus important élément de ce complexe est l’auditorium consacré, autrefois, aux réunions et discussions. Au VIe siècle, cet auditorium était devenu la principale salle d’enseignement où le professeur donnait son cours aux élèves. On peut ainsi y remarquer les bancs en pierre sur lesquels s’installaient les élèves. Cette découverte explique, en fait, les anciennes trouvailles dégagées par Kazimierz Michalowski, fondateur du Centre polonais, il y a plus de cinquante ans. Celui-ci y avait révélé plusieurs papyrus comprenant inscriptions et dessins. « Cet homme ne dit que des bêtises », lit-on sur l’un de ces papyrus.

Sur un autre est dessinée une personne avec une grande tête. Un troisième représente une autre personne habillée d’un costume, et un quatrième inscrit d’un ensemble de points formant un homme accroupi. Selon Swafranski, les archéologues de l’époque ont relevé et décrit minutieusement le contenu de tous ces documents et les ont rassemblés, comme référence dans quelques cahiers. Malgré cet effort, les archéologues de l’époque n’ont pas connu la signification de la présence de ces papyrus à cet endroit.

« Nos récentes découvertes ont révélé que ces papyrus ont été trouvés sur les bancs des étudiants. Ils comprennent alors leurs réflexions et leurs commentaires sur leurs professeurs, exprimés soit par des dessins, soit par de simples mots », reprend Szafranski. « Ces récentes interprétations des papyrus leur donnent un privilège archéologique mondial. C’est la première fois que nous pouvons lire concrètement les pensées, commentaires, voire les réflexions des anciens étudiants de l’une des plus anciennes universités du monde entier », renchérit Szafranski avec fierté.

 

L’antique Alex se dévoile

L’auditorium est annexé de vingt autres salles plus petites. Pour les archéologues, ces petites salles étaient consacrées aux discours et aux recherches présentées par les étudiants devant le jury formé de professeurs. Au cours de ces séances, il y avait des discussions et des commentaires réciproques entre professeurs et étudiants. Résultat : l’étudiant obtient son certificat. « C’était le système académique connu dans les universités de l’époque selon les références archéologiques », souligne Szafranski.

Le complexe académique renferme aussi une cour rectangulaire entourée d’arcades au-dessous desquelles les étudiants se protégeaient de la chaleur brûlante du soleil, et ce en profitant des magasins qui y sont installés. « Ces magasins présentaient des articles de tous genres, que ce soit des livres, des documents, des équipements scolaires ou encore des vêtements. L’étudiant pouvait alors acheter tout ce dont il avait besoin au sein du complexe académique sans avoir recours à l’extérieur », reprend Szafranski.

Les éléments du centre-ville de la perle de la Méditerranée, mentionnés déjà dans les documents alexandrins sont en train de revoir le jour au fur à mesure. Mais Alexandrie demeure un grand mystère pour les archéologues. « Nous espérons retrouver les autres éléments architecturaux de l’ancien centre-ville alexandrin, notamment la fameuse Bilbliotheca Alexandrina, temples et églises des IVe, Ve, VIe, et VIIe siècles », souhaite le directeur du Centre polonais.

Doaa Elhami

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3 question à

Zbingniew Swafranski, directeur de la branche du Centre polonais d’archéologie méditerranéenne au Caire, explique les méthodes et centre d’intérêts de son équipe. Entretien.

« Nous avons la responsabilité de préserver, voire de protéger l’héritage égyptien »

Al-Ahram Hebdo : Quels sont les concepts du Centre polonais d’archéologie lors du traitement des sites antiques ?

 Zbingniew Swafranski : Notre objectif primordial est de conserver les monuments archéologiques égyptiens. C’est simple de mener des fouilles ou de conserver les monuments certes, mais nous avons la responsabilité de préserver, voire de protéger l’héritage égyptien pour tout le monde, à la fois archéologues et touristes. Tout en préservant l’ancienneté des objets et des sites antiques, il ne faut pas alors aller trop loin dans la restauration et la conservation afin de préserver cet aspect antique des monuments. Autre point essentiel, c’est d’établir des coopérations scientifiques avec le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) et les autres missions étrangères afin de protéger les sites les plus fragiles et mis en danger, à l’instar du Delta, du Sinaï et du Désert occidental. Dans ce contexte, le Centre polonais répond aux appels des professeurs Labib Habachi et Ali Hassan, qui ont demandé depuis plusieurs années de nous orienter vers ces régions peu traitées.  Dès lors, nous avons sélectionné plusieurs sites antiques dans ces régions, à l’instar de Tell Al-Farkha à Daqahliya, Tell Atrib à Charqiya, Marina, qui est traitée par trois missions sur la Côte-Nord, Maria à Béheira, Alexandrie, les amphithéâtres romains à Pelouse et Napta Playa, au sud-ouest de l’Egypte. Aussi, cette année, nous avons initié une nouvelle mission polonaise à Tell Rotaba, dans le gouvernorat d’Ismaïliya. Outre ces sites, le Centre polonais poursuit ses missions de fouilles et de restauration sur les sites archéologiques dits classiques, à l’instar de Deir Al-Bahari à Thèbes, Cheikh Abdel-Gourna à Assouan, la tombe de Meref-Nebef à Saqqara et le monastère de Naqloun, au Fayoum, pour enfin atteindre les 14 missions qui couvrent les quatre coins de l’Egypte.

Selon vous, quelles sont les missions dont les résultats sont les plus intéressants ?

— Tous les sites sont prometteurs sans exception, et leurs résultats ajoutent des perles à l’histoire égyptienne. A Pelouse, par exemple, au nord du Sinaï, nous avons trouvé, pour la première fois, des amphithéâtres romains d’où nous avons dégagé une très belle mosaïque en excellent état. En effet, le Nord-Sinaï est connu par ses forteresses dressées tout au long de la côte. Pourtant, la découverte d’une telle mosaïque assure que Pelouse était encore un centre d’artisanat d’une haute finesse et dont l’inspiration est romaine. Cette mosaïque dégagée en bon état au sein d’un lieu complètement détruit soit par l’eau de la mer, soit par l’humidité de l’atmosphère et la guerre, représente une grande surprise pour les archéologues.  Aussi, à Napta Playa, au sud-ouest de l’Egypte, nos découvertes sont superbes. Sur ce site, dont la date remonte à l’époque préhistorique, ont été trouvés des indices de la société organisée dont les constructions sont bien structurées et bien planifiées. D’ailleurs, les hommes de cet âge reculé ont utilisé de gros blocs en calcaire pour édifier leurs bâtiments. Cette méthode de construction a été répétée, voire développée lors de l’édification des pyramides du plateau de Guiza. Raison pour laquelle les bâtisseurs de cette époque reculée sont considérés comme les précepteurs des fondateurs des pyramides.

Voilà un échantillon des résultats des fouilles des missions polonaises, qui semblent être très importants pour l’histoire égyptienne. Quant à la restauration polonaise, ses résultats s’incarnent dans les manuscrits de Cheikh Abdel-Gourna par excellence. Ceux-ci retracent en fait des livres qui traitent la société copte à travers des lettres trouvées entre des planches de bois.

Outre les fouilles et les restaurations, quelles sont les autres activités par lesquelles va entamer le Centre polonais la prochaine saison ? 

— Le projet primordial du Centre polonais est la commémoration de son fondateur, Kazimierz Michalowski, décédé depuis 70 ans. En effet, nous nous sommes mobilisés à la préparation d’un festival qui aura lieu en octobre prochain. Ce dernier comprendra en principe une conférence scientifique sur les activités polonaises au Caire. En marge seront organisées deux expositions : la première aura lieu dans la salle 43 au rez-de-chaussée du Musée égyptien et comprendra les plus importantes pièces dégagées des fouilles polonaises durant ces 70 ans. Quant à la seconde, elle représentera les photos du fondateur polonais Kazimierz Michalowski. De plus, le secrétaire général du CSA a décidé l’édification d’une sculpture du buste du fondateur pour l’exposer auprès de la tombe de Mariette, au Musée égyptien.

Propos recueillis par Doaa Elhami

 

 




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