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Fouilles.
La mission polonaise opérant à Alexandrie a dégagé les
vestiges d’une université dite complexe académique avec ses
annexes.
Une vocation alexandrine
«
Après plus de cinquante ans de fouilles à Kom Al-Dekka, au
centre de l’ancienne Alexandrie, nous avons dégagé les plus
anciens débris de l’antique université alexandrine, les
maisons des alentours et des bains publics », annonce
Zbigniew Szafranski, directeur du Centre polonais
d’archéologie orientale au Caire. Tous les documents
alexandrins faisaient état de l’existence de ces fameuses
universités sans pour autant que l’on trouve les monuments
concrets qui l’argumentent. Par chance, les vestiges d’un
complexe académique dont la date remonte aux Ve, VIe et VIIe
siècles ont été révélés lors des récentes saisons de
fouilles. Et ce outre les bains, rues, maisons et mosaïques,
faisant de ce lieu un espace urbain, qui ont été découverts.
La vie estudiantine d’Alexandrie
Occupant 60 000 m2, ce complexe se compose en fait d’un
auditorium annexé de 20 petites salles, sans oublier la cour
rectangulaire entourée d’arcades et de magasins de vente
d’articles de tous genres. Le plus important élément de ce
complexe est l’auditorium consacré, autrefois, aux réunions
et discussions. Au VIe siècle, cet auditorium était devenu
la principale salle d’enseignement où le professeur donnait
son cours aux élèves. On peut ainsi y remarquer les bancs en
pierre sur lesquels s’installaient les élèves. Cette
découverte explique, en fait, les anciennes trouvailles
dégagées par Kazimierz Michalowski, fondateur du Centre
polonais, il y a plus de cinquante ans. Celui-ci y avait
révélé plusieurs papyrus comprenant inscriptions et dessins.
« Cet homme ne dit que des bêtises », lit-on sur l’un de ces
papyrus.
Sur un autre est dessinée une personne avec une grande tête.
Un troisième représente une autre personne habillée d’un
costume, et un quatrième inscrit d’un ensemble de points
formant un homme accroupi. Selon Swafranski, les
archéologues de l’époque ont relevé et décrit minutieusement
le contenu de tous ces documents et les ont rassemblés,
comme référence dans quelques cahiers. Malgré cet effort,
les archéologues de l’époque n’ont pas connu la
signification de la présence de ces papyrus à cet endroit.
« Nos récentes découvertes ont révélé que ces papyrus ont
été trouvés sur les bancs des étudiants. Ils comprennent
alors leurs réflexions et leurs commentaires sur leurs
professeurs, exprimés soit par des dessins, soit par de
simples mots », reprend Szafranski. « Ces récentes
interprétations des papyrus leur donnent un privilège
archéologique mondial. C’est la première fois que nous
pouvons lire concrètement les pensées, commentaires, voire
les réflexions des anciens étudiants de l’une des plus
anciennes universités du monde entier », renchérit
Szafranski avec fierté.
L’antique Alex se dévoile
L’auditorium est annexé de vingt autres salles plus petites.
Pour les archéologues, ces petites salles étaient consacrées
aux discours et aux recherches présentées par les étudiants
devant le jury formé de professeurs. Au cours de ces
séances, il y avait des discussions et des commentaires
réciproques entre professeurs et étudiants. Résultat :
l’étudiant obtient son certificat. « C’était le système
académique connu dans les universités de l’époque selon les
références archéologiques », souligne Szafranski.
Le complexe académique renferme aussi une cour rectangulaire
entourée d’arcades au-dessous desquelles les étudiants se
protégeaient de la chaleur brûlante du soleil, et ce en
profitant des magasins qui y sont installés. « Ces magasins
présentaient des articles de tous genres, que ce soit des
livres, des documents, des équipements scolaires ou encore
des vêtements. L’étudiant pouvait alors acheter tout ce dont
il avait besoin au sein du complexe académique sans avoir
recours à l’extérieur », reprend Szafranski.
Les éléments du centre-ville de la perle de la Méditerranée,
mentionnés déjà dans les documents alexandrins sont en train
de revoir le jour au fur à mesure. Mais Alexandrie demeure
un grand mystère pour les archéologues. « Nous espérons
retrouver les autres éléments architecturaux de l’ancien
centre-ville alexandrin, notamment la fameuse Bilbliotheca
Alexandrina, temples et églises des IVe, Ve, VIe, et VIIe
siècles », souhaite le directeur du Centre polonais.
Doaa
Elhami
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3 question à
Zbingniew
Swafranski, directeur de la
branche du Centre polonais d’archéologie méditerranéenne au
Caire, explique les méthodes et centre d’intérêts de son
équipe. Entretien.
«
Nous avons la responsabilité de préserver, voire de protéger
l’héritage égyptien »
Al-Ahram
Hebdo : Quels sont les concepts du Centre polonais
d’archéologie lors du traitement des sites antiques ?
Zbingniew
Swafranski : Notre objectif primordial est de
conserver les monuments archéologiques égyptiens. C’est
simple de mener des fouilles ou de conserver les monuments
certes, mais nous avons la responsabilité de préserver,
voire de protéger l’héritage égyptien pour tout le monde, à
la fois archéologues et touristes. Tout en préservant
l’ancienneté des objets et des sites antiques, il ne faut
pas alors aller trop loin dans la restauration et la
conservation afin de préserver cet aspect antique des
monuments. Autre point essentiel, c’est d’établir des
coopérations scientifiques avec le Conseil Suprême des
Antiquités (CSA) et les autres missions étrangères afin de
protéger les sites les plus fragiles et mis en danger, à
l’instar du Delta, du Sinaï et du Désert occidental. Dans ce
contexte, le Centre polonais répond aux appels des
professeurs Labib
Habachi et Ali Hassan, qui ont
demandé depuis plusieurs années de nous orienter vers ces
régions peu traitées. Dès lors, nous avons sélectionné
plusieurs sites antiques dans ces régions, à l’instar de
Tell Al-Farkha à
Daqahliya, Tell
Atrib à
Charqiya, Marina, qui est traitée par trois missions
sur la Côte-Nord, Maria à
Béheira, Alexandrie, les
amphithéâtres romains à Pelouse et
Napta Playa, au sud-ouest
de l’Egypte. Aussi, cette année, nous avons initié une
nouvelle mission polonaise à Tell
Rotaba, dans le gouvernorat d’Ismaïliya.
Outre ces sites, le Centre polonais poursuit ses missions de
fouilles et de restauration sur les sites archéologiques
dits classiques, à l’instar de Deir
Al-Bahari à Thèbes, Cheikh
Abdel-Gourna à Assouan, la tombe
de Meref-Nebef à
Saqqara et le monastère de
Naqloun, au Fayoum, pour enfin
atteindre les 14 missions qui couvrent les quatre coins de
l’Egypte.
— Selon vous, quelles sont les missions dont les
résultats sont les plus intéressants ?
— Tous les sites sont prometteurs sans exception, et leurs
résultats ajoutent des perles à l’histoire égyptienne. A
Pelouse, par exemple, au nord du Sinaï, nous avons trouvé,
pour la première fois, des amphithéâtres romains d’où nous
avons dégagé une très belle mosaïque en excellent état. En
effet, le Nord-Sinaï est connu
par ses forteresses dressées tout au long de la côte.
Pourtant, la découverte d’une telle mosaïque assure que
Pelouse était encore un centre d’artisanat d’une haute
finesse et dont l’inspiration est romaine. Cette mosaïque
dégagée en bon état au sein d’un lieu complètement détruit
soit par l’eau de la mer, soit par l’humidité de
l’atmosphère et la guerre, représente une grande surprise
pour les archéologues. Aussi, à
Napta Playa, au sud-ouest
de l’Egypte, nos découvertes sont superbes. Sur ce site,
dont la date remonte à l’époque préhistorique, ont été
trouvés des indices de la société organisée dont les
constructions sont bien structurées et bien planifiées.
D’ailleurs, les hommes de cet âge reculé ont utilisé de gros
blocs en calcaire pour édifier leurs bâtiments. Cette
méthode de construction a été répétée, voire développée lors
de l’édification des pyramides du plateau de
Guiza. Raison pour laquelle les
bâtisseurs de cette époque reculée sont considérés comme les
précepteurs des fondateurs des pyramides.
Voilà un échantillon des résultats des fouilles des missions
polonaises, qui semblent être très importants pour
l’histoire égyptienne. Quant à la restauration polonaise,
ses résultats s’incarnent dans les manuscrits de Cheikh
Abdel-Gourna par excellence.
Ceux-ci retracent en fait des livres qui traitent la société
copte à travers des lettres trouvées entre des planches de
bois.
— Outre les fouilles et les restaurations, quelles sont
les autres activités par lesquelles va entamer le Centre
polonais la prochaine saison ?
— Le projet primordial du Centre polonais est la
commémoration de son fondateur,
Kazimierz Michalowski,
décédé depuis 70 ans. En effet, nous nous sommes mobilisés à
la préparation d’un festival qui aura lieu en octobre
prochain. Ce dernier comprendra en principe une conférence
scientifique sur les activités polonaises au Caire. En marge
seront organisées deux expositions : la première aura lieu
dans la salle 43 au rez-de-chaussée du Musée égyptien et
comprendra les plus importantes pièces dégagées des fouilles
polonaises durant ces 70 ans. Quant à la seconde, elle
représentera les photos du fondateur polonais
Kazimierz
Michalowski. De plus, le secrétaire général du CSA a
décidé l’édification d’une sculpture du buste du fondateur
pour l’exposer auprès de la tombe de Mariette, au Musée
égyptien.
Propos recueillis par
Doaa Elhami
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