Al-Ahram Hebdo, Voyages | Une revanche des Francs ?
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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Antiquités Islamiques. L’unique maison qui subsiste de l’époque ayyoubide risque de s’effondrer. Les projets de restauration prévus restent toujours lettre morte.

Une revanche des Francs ?

Il s’agit en fait de Dar Ibn Loqmane, située à Mansoura, dans le gouvernorat de Daqahliya, au nord est du Caire. C’est ici que le roi français Louis IX et son frère Charles d’Anjou y furent faits prisonniers, pour la durée d’un mois, au printemps de 1250, par les musulmans lors de la 7e croisade. C’est une maison en apparence modeste qui occupe pourtant une place privilégiée dans l’histoire islamique de l’Egypte.

Le propriétaire de cette maison, édifiée en 1218, était l’un des cadis (juges) de l’Egypte à l’époque ayyoubide : Fakhreddine Ibrahim Ibn Loqmane. D’où vient le nom actuel de la maison qui se compose de deux étages. Le premier étage formait autrefois la prison de Louis IX qui y fut, après la bataille de Faraskour emprisonné jusqu’au 12 avril 1250, date à laquelle sa femme paya finalement la rançon demandée par le gouverneur de l’Egypte en ce temps, Touranchah Ibn Al-Malek Al-Saleh Negmeddine Ayyoub.

Cette maison est donc un témoin de la fin des croisades, et c’est ainsi qu’elle est devenue le symbole de la ville de Mansoura et de son musée national. Cependant, une salle a été annexée à la maison afin de servir de musée national pour la ville de Mansoura. De petite dimension, ce musée renferme des figurines représentant Louis IX et son gardien, le canapé où il se reposait lors de sa capture, des bustes de la reine Chagaret Al-Dorr et de Touranchah, fils du sultan Al-Malek Al-Saleh Negmeddine Ayyoub, des tableaux et des peintures relatant la lutte du peuple de Mansoura contre les croisés, une pancarte montrant les déplacements des deux armées. Des vitrines exposent d’autre part quelques outils de guerre utilisés à l’époque.

Etat lamentable

Ce monument risque aujourd’hui de se démanteler. Il est devenu en fait au centre d’une bataille entre, d’une part, le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) qui devait exécuter, depuis des années, un projet de sa restauration qui n’a jamais commencé, et d’autre part, l’avidité de gros commerçants qui ont occupé le terrain avoisinant de la maison d’une mosquée et des dépôts.

L’histoire a commencé en effet dans les années 1990, lorsqu’on a détruit la mosquée d’Al-Mouafi, qui date aussi de l’époque ayyoubide et qui est adjacente à la maison, pour construire une autre. L’idée d’abord était que la nouvelle mosquée soit construite par le département du gouvernorat de Daqahliya au ministère des Waqfs. Mais les responsables au ministère des Waqfs ont vendu le terrain de la mosquée aux commerçants pour que ces derniers se chargent de la construction. Ceux-ci n’ont pas, en fait, respecté la zone de protection du monument ayyoubide (la maison Ibn Loqmane) qui est de 5 mètres autour de la maison. « Les fondateurs de la nouvelle mosquée dédaignaient les recommandations du comité permanent du CSA, qui exigeait le présence d’une zone de protection de 5 mètres sur les côtés nord et ouest de Dar Ibn Loqmane. Les travaux de construction ont de plus provoqué un nombre de fissures dans les murs de la maison », témoigne Hag Mohamad, un des habitants du quartier où se trouve la maison Ibn Loqmane. Les dégâts ne se limitaient pas à cela. La législation du CSA exige que toute construction adjacente à un monument historique ne dépasse pas les deux étages. Pourtant, les commerçants, eux, ont construit un entrepôt pour leurs marchandises au sous-sol et au rez-de-chaussée, alors que la mosquée occupe le 2e étage.

On ne nous a pas permis de visiter l’intérieur de la maison. Elle est actuellement fermée au public, sous prétexte de travaux de restauration, qu’on ne l’a pas évidemment distinguée. Les habitants aux alentours affirment que le monument est menacé de plus par un taux élevé d’humidité ainsi que par les eaux souterraines qui touchent son sous-sol.

Bien que les responsables de la ville dépensent annuellement des millions pour célébrer la fête nationale de Mansoura, à l’occasion de la capture de Louis IX, ils n’ont guère pensé à la restauration du monument qui a témoigné de l’événement pour lequel ils célèbrent leur fête nationale. Waël Allam, membre du conseil local du gouvernorat de Daqahliya, a envoyé au gouverneur un rapport détaillé sur l’état actuel de la maison Ibn Loqmane et l’état déplorable dans lequel elle se trouve. « La maison risque de s’effondrer vu l’humidité qui a attaqué tous ses murs et les eaux souterraines qui ont atteint 60 cm de hauteur, selon un rapport du comité qui a été chargé l’année précédente d’étudier l’état de la maison. Jusqu’à présent, personne n’a fait un pas en avant pour sauver ce monument unique en son genre dans l’Egypte tout entière », explique Waël Allam dans son rapport. Allam a ainsi demandé une restauration rapide et l’adoption d’un plan pour le développement de ce monument qui représente un symbole pour la ville de Mansoura et pour tous les Egyptiens.

La maison Ibn Loqmane est, en fait, dans un état lamentable qui exige une mesure immédiate de la part du ministère de la Culture avant qu’il ne soit trop tard et qu’on ne perde l’unique monument ayyoubide qui subsiste encore en Egypte. Seule l’âme de Louis IX en serait satisfaite, lance un observateur.

Amira Samir

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