Al-Ahram Hebdo,Société | Barbe cherche niqab
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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Société

Marieuses. Elles ont existé de tout temps. Avant, elles se déplaçaient de maison en maison vantant beauté et richesse. Aujourd’hui, certaines prennent pied dans les mosquées sur un terrain purement religieux. 

Barbe cherche niqab 

Elle a 27 ans, porte le niqab (voile couvrant entièrement le visage) et n’est pas mariée. Pourtant, son bonheur est d’unir les couples, sans contrepartie. C’est après la prière des tarawihs que Nadia prend note des demandes de femmes vêtues de niqab ou de abayas et qui cherchent un mari pour elles ou pour leurs filles. « La foi avant tout. Porte-t-il la barbe ou hésite-t-il à la faire pousser ? Dans quelle mosquée prie-t-il ? Son daeya (prédicateur) est-il du genre classique ou moderne, etc. ? ». Telles sont les questions posées à Nadia par des mamans de jeunes filles qui ont dépassé l’âge du mariage. Ayant beaucoup de connaissances parmi les jeunes, surtout de fervents musulmans, elle sert d’intermédiaire pour unir des couples. Et c’est aux parents de s’informer de la bonne réputation des postulants, de décider des formalités du mariage. « Je fais cette action li wagueh Allah (pour Dieu). Lorsque je mets en contact deux postulants et que je lis dans leurs yeux tout le bonheur, je suis ravie », dit Nadia. Avec le temps, elle est devenue une experte du mariage. Trouver une femme pieuse, portant le niqab, et connaissant bien sa religion, c’est le critère recherché par tous ses postulants barbus. Une fois la prière terminée, Nadia s’approche d’une femme en compagnie de sa fille. Ayant remarqué qu’elles venaient régulièrement à la mosquée et que la fille suivait assidûment des cours de récitation du Coran, Nadia n’hésite pas à proposer un bon mari pour cette dernière. « Apprendre sa foi est une manière de conjurer certains risques et d’enraciner une identité islamique menacée aujourd’hui », dit-elle à la maman pour la convaincre de son choix. Or, le choix de Nadia n’est pas parfois le bon, puisqu’il se base essentiellement sur les apparences. La rencontre a lieu donc entre cette fille et le futur gendre qui est le fils d’une amie à Nadia. L’entretien se passe plutôt mal. L’homme en question, âgé, barbu et arrogant, l’assaillit de questions. « Quelle est ta relation avec tes camarades d’université ? Est-ce que tes sœurs sont toutes voilées ? Connais-tu par cœur tous les versets du Coran ? ». Des questions qui déroutent la jeune fille et mettent dans l’embarras Nadia qui ne perd pas espoir de faire des heureux. Or, si Nadia ne perçoit aucun sou, d’autres en ont fait un gagne-pain, comme Soad, qui touche 50 L.E. pour chaque demande et quand un accord de mariage est conclu, elle en demande 500. « Les chaînes satellites, que possèdent-elles de plus que moi ? Leurs honoraires sont bien plus élevés. C’est un métier honnête et tout le monde en profite », se défend Soad.

En effet, le rôle des marieuses n’est pas nouveau. Jadis, quand les femmes n’étaient pas autorisées à sortir de chez elles, des dallalas (vendeuses ambulantes) passaient dans les maisons, transportant dans leurs besaces des marchandises et des photos de femmes et d’hommes à marier. Plus tard, quand la femme est devenue active, la marieuse s’est quelque peu éclipsée et les couples se construisaient par l’intermédiaire d’amis à l’université ou au travail. Aujourd’hui, chose contradictoire, il y a une montée du conservatisme religieux et aussi une sorte de perte de contact social : chacun pour soi. Conséquence : des sites sur le Net ont commencé à proposer des candidatures au mariage, des chaînes satellites et des agences matrimoniales ont suivi l’exemple.

 

L’habit ne fait pas le moine

Et depuis que les gens accordent une grande importance à la pratique de la religion au quotidien, des mosquées se sont substituées au rôle des marieuses pour réduire le nombre des célibataires endurcis. Une fois par semaine, les imams diffusent par micro les critères des jeunes hommes ou femmes à la recherche de l’âme sœur. Pareil du côté des femmes, des mères s’adressent à une marieuse pieuse pour caser leurs filles. « L’expérience du mariage des mosquées ne diffère pas des autres unions, cela peut réussir comme cela peut tourner à l’échec. Mais le problème est que la marieuse ou l’imam de la mosquée se basent essentiellement sur les apparences. Ils résument la foi en un niqab ou une barbe. Il suffit que l’homme porte une barbe et fréquente les mosquées de manière régulière pour le proposer comme mari. Autrement dit, on se soucie peu du caractère de l’individu. De plus, dans ce genre de mariage, la période des fiançailles qui permet au couple de mieux se connaître n’existe pas », explique la sociologue Leïla Abdel-Wahab, tout en affirmant que nombreux sont ceux qui affichent leur religiosité sans être de véritables croyants.

Pour trouver une femme, Fouad, un comptable de 36 ans, est venu chercher l’âme sœur dans une mosquée. Selon ses propos, une femme pieuse qui porte le niqab, connaît parfaitement le Coran et fréquente régulièrement les mosquées ne peut qu’être la femme idéale comme le précise l’islam. Mais l’expérience amère qu’il a vécue l’a fait changer d’avis. « L’islam est tolérant et modéré. Ma femme, trop fanatique, m’a rendu la vie difficile. D’après son entendement, un bon musulman ne doit jamais regarder la télévision. Elle m’a même poussé à vendre le mobilier et à dormir par terre, une forme d’ascétisme. Lorsqu’on rendait visite à ma sœur, elle refusait de boire ou de manger sous prétexte qu’elle ne sait pas d’où provient son argent », raconte Fouad tout en ajoutant que sa femme a fini par le quitter, lui laissant six enfants à sa charge.

Or, le rôle de ces marieuses ne se limite pas seulement à unir deux personnes qui désirent fonder un foyer, mais aussi à prendre en charge les frais du mariage si le couple est issu de famille pauvre. Dans une mosquée du quartier de Madinet Nasr, une prédicatrice saisit l’occasion pour expliquer aux femmes que suivant l’esprit de l’islam, il ne faut pas repousser les projets de mariage, mais proscrire la dot exorbitante. Celle-ci a créé une association appelée Rawdet Al-Hadi qui aide les femmes défavorisées. Avec l’argent de la zakat, elle prend en charge les frais de leur mariage. « Fonder un foyer n’est pas une simple affaire. Il est devenu difficile de faire des économies et encore moins de rassembler une belle somme d’argent pour se payer un logement dans un quartier convenable, et ensuite arriver à le meubler. Il faudra encore 15 ans aux jeunes pour atteindre ce but », affirme Karima, femme de l’imam, en appelant les femmes dans la mosquée à faire don des différents articles dont elles n’ont pas besoin pour servir les autres et les aider à se marier. Mayssa, 35 ans, a dépassé l’âge du mariage. Elle n’est pas jolie et ses chances de trouver un mari étaient bien minimes, d’autant qu’elle est issue d’un milieu défavorisé. Un jour, à la mosquée, elle n’a pas eu honte de rédiger un morceau de papier et le lancer à l’imam. Ce dernier a annoncé le nom de la postulante et les qualités recherchées chez l’homme qui partagera sa vie. Un fidèle a accepté de la rencontrer. Y a-t-il a eu affinité ? De toute façon, ils se sont mariés.

Chahinaz Gheith

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