Al-Ahram Hebdo, Opinion |Wahid Abdel-Méguid, Iran, Etats-Unis et monde arabe : un double conflit
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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Opinion

Iran, Etats-Unis et monde arabe : un double conflit

Wahid Abdel-Méguid
Politologue
 

L’influence iranienne en Iraq est évidente et ne fait absolument pas l’objet de polémique. Raison pour laquelle l’Administration Bush a estimé que le dialogue avec Téhéran au sujet de l’Iraq était incontournable.

Ceci vient prouver la portée de l’influence iranienne en Iraq. D’ailleurs, l’actuelle administration américaine assimile l’Iran à Satan. Aux yeux de cette administration, le régime de l’ayatollah est la source du mal dans la région, comme celui de Saddam Hussein dans le passé. Une fois que ce dernier fut déchu, le régime des ayatollahs est devenu le « mécanisme principal » qui produit le mal dans tout le Moyen-Orient.

Si Washington se trouve aujourd’hui obligé de dialoguer avec Téhéran, cela  signifie qu’il se rend compte de la difficulté de sortir de l’impasse en Iraq sans s’entendre avec le régime qu’il honnit mais dont il ne peut nier l’influence. Cela dit, le dialogue n’a pas été jusqu’à présent fructueux et n’a pas écarté la possibilité d’une guerre américaine contre l’Iran.

Une situation qui n’empêche pas l’instauration d’un dialogue entre les Arabes et Téhéran. Il y a en fait une grande différence entre ce contentieux américano-iranien et le différend opposant les pays arabes modérés à l’Iran.

Entre Washington et Téhéran, la crise a connu une nouvelle phase à partir du deuxième mandat de Bush. C’est un combat où une partie doit absolument gagner et où l’autre perdra inéluctablement. Dans ce genre de combats, les compromis, les solutions du juste-milieu et les règlements marqués par des compromis n’ont pas de raison d’être.

Il est étrange que l’Iran s’engage dans un tel combat devant la première puissance mondiale avec toute son arrogance qui n’a pas d’égale dans l’histoire des empires et des superpuissances.

Mais l’Iran aspire bien à ce que ce combat se solde par un résultat similaire à celui de la guerre israélienne contre le Liban l’an dernier.

Si l’Iran persiste jusqu’à la fin et poursuit son programme nucléaire et même s’il fait l’objet d’une frappe militaire américaine, il en sortira triomphant. Mais il nous rappellera la victoire « divine » évoquée par Hassan Nasrallah, le dirigeant du Hezbollah en été 2006 suite à l’échec de l’agression israélienne.

 

La rivalité irano-arabe

Quant au conflit des pays arabes modérés avec l’Iran, il revêt une nature différente. La rivalité irano-arabe est l’une des caractéristiques-clés bien ancrées dans l’histoire moderne du Moyen-Orient. Le régime du chah était en état de conflit avec les pays arabes radicaux. Ce, avant l’ère du régime des ayatollahs et les menaces qu’il a adressées aux pays arabes en général et à ses voisins en particulier. Un régime qui s’est formé dans la guerre des huit ans contre l’Iraq pour se transformer en un rival aux pays arabes modérés. Mais le conflit irano-arabe où s’entremêlent des éléments nationaux (persans contre arabes) et sectaires (chiites contre sunnites) reste plus axé sur le pouvoir devant être prédominant dans la région. Avec Washington, c’est toujours un conflit d’influence, mais basé sur la nature de celle-ci. Entre Arabes et Iraniens, c’est plutôt un conflit sur la portée de cette influence.

Le conflit sur le pouvoir opposant les Etats-Unis à l’Iran est une partie de la bataille entre deux projets contradictoires, chacun annulant l’autre. Washington veut intégrer la région dans le nouvel ordre mondial sous sa houlette. Il entend à travers le projet du grand Moyen-Orient reformuler ses conjonctures régionales en introduisant un changement à l’intérieur de certains pays. Alors que les ambitions d’Iran visent à  avorter le projet américain pour mettre un terme à l’influence de Washington. Ce, dans le cadre d’un projet consistant à contrer l’influence de Washington et à islamiser la politique.

Donc, le conflit sur l’influence revêt un aspect qualitatif avec deux parties, chacune essayant de s’arroger le rôle de l’autre. Washington tente de soumettre et de contraindre Téhéran à renoncer à la militarisation de son programme nucléaire et par conséquent à lui asséner un coup stratégique. Alors que Téhéran, de son côté, espère que sa persistance sera le point de départ de son projet qui obligerait les Américains à reculer face à des pertes politiques et stratégiques s’ajoutant à celles d’ordre militaire en Iraq.

Quant au conflit sur le pouvoir entre les pays arabes modérés et l’Iran, il est d’ordre quantitatif. Il est donc difficile que l’une des parties du conflit annule l’autre. L’objectif de chacune serait alors d’accroître son influence et non pas de soumettre l’autre. La nature de ce conflit rend le dialogue plus fructueux entre ces antagonistes. D’autant plus que le dialogue arabo-iranien doit être global et doit couvrir les différents dossiers de discorde sans se limiter au seul dossier iraqien.

A un moment où Washington a insisté sur le fait que son dialogue avec Téhéran soit axé exclusivement sur l’Iraq parce qu’il n’accepte aucun compromis au niveau du programme nucléaire iraqien.

Quant au dialogue arabo-iranien requis, il doit être global vu la nature du conflit surtout avec la cause iraqienne dans laquelle le rôle de l’Iran suscite les craintes des capitales arabes modérées. Rien n’empêche qu’un tel dialogue arabo-iranien ait lieu surtout après la tentative récente du Caire d’étudier ses différentes facettes avec la visite effectuée par le ministre adjoint iranien des Affaires étrangères au Caire.

Une initiative qui constitue un nouveau progrès dans la position de l’Egypte qui émettait toujours des réserves sur le dialogue avec Téhéran, qu’elle estimait toujours inutile. Ceci si nous évoquons l’arrière-plan de l’expérience des rapports égypto-iraniens qui était négative dans sa totalité. Nombreuses ont été les tentatives égyptiennes de jeter les ponts avec Téhéran et vice-versa. Chaque fois, les rigoristes du régime iranien exerçaient des pressions pour avorter n’importe quel progrès sur la voie d’un dialogue fructueux entre les deux pays.

La situation de Téhéran dans son conflit avec les Etats-Unis qui sont soutenus par l’Europe fait que l’Iran a plus que jamais besoin de renouer avec les pays arabes modérés. Si l’Egypte s’engage dans cette voie, le dialogue sera sérieux surtout que l’Arabie saoudite n’a jamais rompu avec l’Iran.

Les craintes arabes autour du rôle de l’Iran et notamment en Iraq doivent être l’instigateur du dialogue, puisque l’Iran y est prédisposée et favorable. Il faut toutefois que cette volonté iranienne soit réelle et ne soit pas une manœuvre consistant à mettre un terme aux pressions qu’endure l’Iran et à soutenir sa position dans son conflit avec l’Oncle Sam.

Mais la réussite de n’importe quel dialogue arabo-iranien exige que Téhéran passe en revue son projet et réalise que la coopération constructive avec les Arabes est l’unique issue pour contrer l’influence américaine dans la région.

Les pays arabes modérés, quant à eux, doivent développer le projet du Moyen-Orient de manière à garantir les intérêts et les droits des Etats et à disposer pleinement d’eux-mêmes sans entrer dans une confrontation ouverte avec les Etats-Unis. Pour que ce projet voie le jour, il faut qu’il soit élaboré en prenant en considération certains facteurs qui doivent être disponibles dans les pays en question. Ce qui sera assuré par les réformes politiques, sociales et économiques longuement attendues et ce qui est impossible d’ajourner aujourd’hui .

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