Complications
La situation se complique au Liban. Alors qu’un accord
entre la majorité et l’opposition semblait en vue pour
désigner un successeur au président Emile Lahoud, dont
le mandat expire le 24 novembre, l’assassinat du député
de la majorité anti-syrienne, Antoine Ghanem, vient tout
remettre en question.
Des rencontres dans les prochains jours entre le
président du Parlement Nabih Berri, un des dirigeants de
l’opposition, et le chef de la majorité anti-syrienne,
Saad Hariri, et le patriarche maronite, le cardinal
Nasrallah Sfeir, ont été annulées à la suite de
l’attentat. M. Berri avait lancé une initiative pour
tenter de parvenir à un consensus sur le nom du prochain
président entre la majorité, soutenue par les pays
occidentaux, et l’opposition, favorable à Damas et
Téhéran, alors que les deux camps sont à couteaux tirés
depuis des mois.
Malgré l’attentat, M. Berri a maintenu la convocation
des députés pour élire le chef de l’Etat au 25
septembre. Mais les deux camps risquent d’exploiter cet
assassinat au maximum et jusqu’à la dernière minute en
vue du scrutin : la majorité pour forcer la main à ceux
dans ses rangs qui refusent d’élire le président à la
majorité absolue, et l’opposition pour forcer la
majorité à accepter un candidat de consensus. Les
députés élisent le président à la majorité des deux
tiers du nombre de sièges au Parlement (86) au premier
tour et à la majorité simple (65) ensuite. L’opposition
estime que cette règle équivaut à un quorum des deux
tiers, qui lui permettrait d’empêcher l’élection d’un
candidat indésirable à ses yeux. La majorité, qui ne
dispose pas des deux tiers des sièges, a menacé d’élire
le président à la majorité simple en cas de blocage, au
besoin hors du Parlement. Après l’attentat, le nombre
des députés de la majorité est tombé de 69 à 68 sur un
total ramené de 128 à 127.
Le Liban s’enfonce dans une profonde crise depuis la
démission en novembre 2006 des ministres de l’opposition
dirigée par le Hezbollah, qui considère comme illégitime
le gouvernement de Fouad Siniora appuyé par les pays
occidentaux et de nombreux Etats arabes. Un blocage
persistant risque de créer une vacance au sommet de
l’Etat, voire de former deux gouvernements rivaux qui se
disputeraient le pouvoir, comme dans les dernières
années de la guerre civile (1975-1990) .