Iraq.
Une conférence sur l’avenir du pays a tourné court. L’Onu a
refusé de jouer un rôle accru sans une amélioration de la
sécurité, alors que les bailleurs de fonds se sont gardés de
s’impliquer dans un pays miné par la corruption.
Constats amers
En
difficulté en Iraq, les Etats-Unis ont été déboutés dans
leur demande d’une implication accrue de l’Onu dans ce pays
en proie à une violence et un chaos sans précédent. Le
secrétaire général de l’organisation internationale, Ban
Ki-moon, a souligné samedi à New York lors d’une conférence
internationale sur l’avenir de l’Iraq que les conditions de
sécurité sur place devaient d’abord s’améliorer. « L’accent
a été mis sur le rôle-clé que l’Onu peut jouer afin de
promouvoir la réconciliation nationale en Iraq », ainsi que
« pour faciliter la coopération régionale », a déclaré M.
Ban après la réunion. « J’envisage d’augmenter l’effectif
actuel de l’Onu en Iraq, nous avons du monde à Bagdad, nous
pourrions augmenter celui d’Erbil (nord) et peut-être ouvrir
un bureau à Bassorah » (sud), a-t-il dit. Mais le chef de
l’Onu a dû reconnaître que la situation sécuritaire en Iraq
laissait trop à désirer pour qu’il puisse envisager un
accroissement vraiment substantiel de la présence onusienne
sur place, faisant la sourde oreille aux assurances données
par le premier ministre iraqien et la secrétaire d’Etat
américaine. Faisant valoir le ralliement de tribus sunnites
de la province d’Anbar, Nouri Al-Maliki a assuré que son
gouvernement avait accompli d’importants progrès : « La
sécurité s’est beaucoup améliorée à Bagdad. Nous allons être
en mesure d’assurer la sécurité des Nations-Unies pour leur
permettre de jouer leur rôle efficacement ». De son côté,
Condoleezza Rice a tenté de rassurer, en vain. « La
situation sécuritaire en Iraq est difficile mais elle
s’améliore », a-t-elle affirmé. « Certainement, la sécurité
du personnel de l’Onu sera une haute priorité pour nos
forces et les forces multinationales », a-t-elle assuré.
Mais pour le chef de l’Onu, « il reste beaucoup à faire »,
a-t-il dit, en réponse à une question sur la possibilité de
mettre en œuvre la résolution 1 770 du Conseil de sécurité.
Celle-ci, adoptée en août dernier à l’initiative des
Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, confère à l’Onu, un
rôle accru en Iraq, dans de nombreux domaines, y compris
politique et diplomatique, alors que la violence persiste
dans le pays. Les nombreuses tâches confiées à l’Onu par
cette résolution nécessiteront inévitablement un renfort en
personnel et de nombreux contacts de terrain avec la
population. Or, l’Onu avait limité sa présence en Iraq à 65
personnes après l’attentat d’août 2003 contre son quartier
général à Bagdad, dans lequel 22 personnes avaient été
tuées, dont son représentant spécial, Sergio Vieira de Mello.
La plupart de ces personnes vivent actuellement cloîtrées à
l’intérieur de la Zone verte, quartier administratif et
diplomatique hautement protégé du centre de Bagdad, en
raison de l’insécurité. Depuis l’adoption de la 1 770, l’Onu
a décidé de faire passer à 95 le nombre de ses personnels
civils en Iraq — 65 à Bagdad et 30 à Erbil, dans le nord à
majorité kurde. Le personnel de l’organisation est hostile à
un renforcement de ses effectifs en Iraq et prône même le
rapatriement des représentants de l’Onu qui travaillent dans
la Zone verte.
Gouvernement gangrené
La réunion, qui rassemblait l’Iraq, les cinq pays membres
permanents du Conseil de sécurité, huit voisins de l’Iraq
(Arabie saoudite, Bahreïn, Egypte, Iran, Jordanie, Koweït,
Syrie, Turquie), l’Union Européenne, la Ligue arabe,
l’Organisation de la conférence islamique, la Banque
Mondiale (BM) et le FMI, s’est également penchée sur les
moyens de reconstruire le pays dévasté par la violence. Là
aussi, aucun engagement concret n’a été pris. La conférence
devait tenter de faire avancer le Contrat international
d’objectifs pour l’Iraq (ICI). De hauts responsables de plus
de 50 pays et organisations avaient adopté en mai à Charm
Al-Cheikh cette initiative quinquennale lancée en juillet
2006 par Bagdad et l’Onu, avec le soutien de la BM, pour
renforcer la sécurité et redresser l’économie en Iraq. Mais
l’ombre d’une enquête officielle américaine sur la
corruption en Iraq, publiée vendredi, s’est abattue sur la
conférence, rendant hypothétique toute chance d’un
engagement réel en faveur de la reconstruction de l’Iraq.
Cette enquête a établi que le gouvernement iraqien était
gangrené par la corruption avec la complicité des plus
hautes autorités de l’Etat. Le manque de soutien des
responsables politiques iraqiens aux efforts
d’assainissement de leur administration « a établi la
corruption comme étant la norme du fonctionnement de
plusieurs ministères », assure ce rapport présenté comme les
résultats préliminaires d’une enquête de l’ambassade des
Etats-Unis. Le document de 82 pages conclut que les
ministères iraqiens sont sous la coupe de milices et de
mafias et que le premier ministre s’est montré « ouvertement
hostile » à l’idée d’autoriser des audits indépendants.
Le rapport analyse la capacité de l’Iraq à mettre en œuvre
des lois anticorruption. « l’Iraq est totalement incapable
d’un respect même rudimentaire de ces lois », assure-t-il.
La Commission pour l’intégrité publique, censée combattre la
corruption, « reste passive plutôt que de se montrer comme
un véritable organisme d’investigation », relève le rapport.
« Plusieurs ministères sont à tel point sous la coupe de
milices ou de gangs qu’il est impossible d’opérer sans une
force militaire pour protéger les enquêteurs » de la
commission, souligne-t-il. Le ministère de l’Intérieur est
notamment considéré comme totalement hors de portée de toute
mesure de contrôle, et les enquêtes de corruption menées au
ministère de la Défense ont été totalement inutiles. Le
rapport dénonce, un par un, tous les ministères et souligne
même que dans certains cas la corruption les paralyse, comme
pour le ministère de la Santé, incapable de fournir les
services indispensables aux citoyens.
Le système judiciaire est « faible, impressionnable et sujet
à des pressions politiques, ainsi qu’encombré de petites
affaires », conclut le document, qui remarque qu’un seul
dossier de corruption a été jugé devant le tribunal de
Bagdad, siège de toutes les administrations .
Hicham Mourad