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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Iraq. Une conférence sur l’avenir du pays a tourné court. L’Onu a refusé de jouer un rôle accru sans une amélioration de la sécurité, alors que les bailleurs de fonds se sont gardés de s’impliquer dans un pays miné par la corruption.

Constats amers

En difficulté en Iraq, les Etats-Unis ont été déboutés dans leur demande d’une implication accrue de l’Onu dans ce pays en proie à une violence et un chaos sans précédent. Le secrétaire général de l’organisation internationale, Ban Ki-moon, a souligné samedi à New York lors d’une conférence internationale sur l’avenir de l’Iraq que les conditions de sécurité sur place devaient d’abord s’améliorer. « L’accent a été mis sur le rôle-clé que l’Onu peut jouer afin de promouvoir la réconciliation nationale en Iraq », ainsi que « pour faciliter la coopération régionale », a déclaré M. Ban après la réunion. « J’envisage d’augmenter l’effectif actuel de l’Onu en Iraq, nous avons du monde à Bagdad, nous pourrions augmenter celui d’Erbil (nord) et peut-être ouvrir un bureau à Bassorah » (sud), a-t-il dit. Mais le chef de l’Onu a dû reconnaître que la situation sécuritaire en Iraq laissait trop à désirer pour qu’il puisse envisager un accroissement vraiment substantiel de la présence onusienne sur place, faisant la sourde oreille aux assurances données par le premier ministre iraqien et la secrétaire d’Etat américaine. Faisant valoir le ralliement de tribus sunnites de la province d’Anbar, Nouri Al-Maliki a assuré que son gouvernement avait accompli d’importants progrès : « La sécurité s’est beaucoup améliorée à Bagdad. Nous allons être en mesure d’assurer la sécurité des Nations-Unies pour leur permettre de jouer leur rôle efficacement ». De son côté, Condoleezza Rice a tenté de rassurer, en vain. « La situation sécuritaire en Iraq est difficile mais elle s’améliore », a-t-elle affirmé. « Certainement, la sécurité du personnel de l’Onu sera une haute priorité pour nos forces et les forces multinationales », a-t-elle assuré.

Mais pour le chef de l’Onu, « il reste beaucoup à faire », a-t-il dit, en réponse à une question sur la possibilité de mettre en œuvre la résolution 1 770 du Conseil de sécurité. Celle-ci, adoptée en août dernier à l’initiative des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, confère à l’Onu, un rôle accru en Iraq, dans de nombreux domaines, y compris politique et diplomatique, alors que la violence persiste dans le pays. Les nombreuses tâches confiées à l’Onu par cette résolution nécessiteront inévitablement un renfort en personnel et de nombreux contacts de terrain avec la population. Or, l’Onu avait limité sa présence en Iraq à 65 personnes après l’attentat d’août 2003 contre son quartier général à Bagdad, dans lequel 22 personnes avaient été tuées, dont son représentant spécial, Sergio Vieira de Mello. La plupart de ces personnes vivent actuellement cloîtrées à l’intérieur de la Zone verte, quartier administratif et diplomatique hautement protégé du centre de Bagdad, en raison de l’insécurité. Depuis l’adoption de la 1 770, l’Onu a décidé de faire passer à 95 le nombre de ses personnels civils en Iraq — 65 à Bagdad et 30 à Erbil, dans le nord à majorité kurde. Le personnel de l’organisation est hostile à un renforcement de ses effectifs en Iraq et prône même le rapatriement des représentants de l’Onu qui travaillent dans la Zone verte.

Gouvernement gangrené

La réunion, qui rassemblait l’Iraq, les cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité, huit voisins de l’Iraq (Arabie saoudite, Bahreïn, Egypte, Iran, Jordanie, Koweït, Syrie, Turquie), l’Union Européenne, la Ligue arabe, l’Organisation de la conférence islamique, la Banque Mondiale (BM) et le FMI, s’est également penchée sur les moyens de reconstruire le pays dévasté par la violence. Là aussi, aucun engagement concret n’a été pris. La conférence devait tenter de faire avancer le Contrat international d’objectifs pour l’Iraq (ICI). De hauts responsables de plus de 50 pays et organisations avaient adopté en mai à Charm Al-Cheikh cette initiative quinquennale lancée en juillet 2006 par Bagdad et l’Onu, avec le soutien de la BM, pour renforcer la sécurité et redresser l’économie en Iraq. Mais l’ombre d’une enquête officielle américaine sur la corruption en Iraq, publiée vendredi, s’est abattue sur la conférence, rendant hypothétique toute chance d’un engagement réel en faveur de la reconstruction de l’Iraq.

Cette enquête a établi que le gouvernement iraqien était gangrené par la corruption avec la complicité des plus hautes autorités de l’Etat. Le manque de soutien des responsables politiques iraqiens aux efforts d’assainissement de leur administration « a établi la corruption comme étant la norme du fonctionnement de plusieurs ministères », assure ce rapport présenté comme les résultats préliminaires d’une enquête de l’ambassade des Etats-Unis. Le document de 82 pages conclut que les ministères iraqiens sont sous la coupe de milices et de mafias et que le premier ministre s’est montré « ouvertement hostile » à l’idée d’autoriser des audits indépendants.

Le rapport analyse la capacité de l’Iraq à mettre en œuvre des lois anticorruption. « l’Iraq est totalement incapable d’un respect même rudimentaire de ces lois », assure-t-il. La Commission pour l’intégrité publique, censée combattre la corruption, « reste passive plutôt que de se montrer comme un véritable organisme d’investigation », relève le rapport. « Plusieurs ministères sont à tel point sous la coupe de milices ou de gangs qu’il est impossible d’opérer sans une force militaire pour protéger les enquêteurs » de la commission, souligne-t-il. Le ministère de l’Intérieur est notamment considéré comme totalement hors de portée de toute mesure de contrôle, et les enquêtes de corruption menées au ministère de la Défense ont été totalement inutiles. Le rapport dénonce, un par un, tous les ministères et souligne même que dans certains cas la corruption les paralyse, comme pour le ministère de la Santé, incapable de fournir les services indispensables aux citoyens.

Le système judiciaire est « faible, impressionnable et sujet à des pressions politiques, ainsi qu’encombré de petites affaires », conclut le document, qui remarque qu’un seul dossier de corruption a été jugé devant le tribunal de Bagdad, siège de toutes les administrations .

Hicham Mourad

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