Presse.
Ecrivains, journalistes et avocats décident de s’unir pour
prendre la défense de la libre expression.
Un
front tripartite de liberté
Le
bâtiment est facile à repérer. Dans un des quartiers les
plus huppés du Caire, à Zamalek, et au-dessus de la grille
de la porte s’élève la plaque de l’Union des écrivains. Il
faudrait suivre la grille pour accéder à une entrée pourtant
assez modeste. Un parfum du passé embaume la demeure, un
haut plafond, une épaisse moquette et au fin fond du
couloir, des portraits anciens. Portraits d’hommes de
lettres, ceux qui se sont succédé à la tête de l’union. Un
portrait assez récent y figure aussi, celui du président
actuel, Mohamed Salmawy. De la pièce à côté, on reconnaît sa
voix, le mot « dostour » revient plusieurs fois, ses
interlocuteurs interviennent, Galal Aref, chef du Syndicat
des journalistes, et son confrère Sameh Achour, bâtonnier de
l’Ordre des avocats. Puis, les voix deviennent moins
claires.
Il faudrait attendre un peu plus d’une heure pour connaître
les détails de cette réunion qui rassemble pour la première
fois les trois « syndicats d’opinion ». Au deuxième étage,
dans l’amphithéâtre, les journalistes se font de plus en
plus nombreux. Cette fois-ci, ils sont dans l’attente d’une
affaire qui les concerne directement. Au moment où la
liberté d’expression semble cruellement attaquée, avec la
condamnation à un an de prison de quatre rédacteurs en chef,
l’Union des écrivains lance une initiative : un « front »
pour combattre « en faveur des libertés ». Même si l’idée
est née bien avant ce 12 septembre, « la condamnation des
journalistes a dépêché la rencontre », affirme Achour lors
de la conférence de presse car, comme l’explique Salmawy, «
il n’est pas possible que l’Union des écrivains ne joue pas
de rôle alors qu’une affaire relative à la liberté
d’expression est soulevée ».
L’idée est simple : des réunions tripartites régulières et
des activités communes pour « échanger les vues et examiner
le dossier des libertés » sur fond de lois controversées les
ligotant. Des libertés indissociables. « C’est pourquoi nous
avons besoin de nous allier et cette réunion démontre que
l’affaire ne concerne pas uniquement les journalistes, mais
l’ensemble des citoyens, la vie politique en Egypte. La
lutte pour la liberté de la presse est celle de l’Egypte »,
prêche Aref. Discours d’un fervent Nassérien, qui semble
trouver écho chez deux autres Nassériens à quelques nuances
près. Mais loin des discours éloquents, le concret a marqué
cette réunion inaugurale, le « Front des syndicats d’opinion
» a délégué le bâtonnier de l’Ordre des avocats pour assurer
la défense des quatre rédacteurs en chef pendant le
processus d’appel.
Samar
Al-Gamal