Presse.
Non à l’affrontement. C’est ce que les journalistes, somme
toute divisés, ont décidé. Une action plus énergique serait
menée si le gouvernement maintient son attitude.
Le syndicat pour le dialogue
Il
suffit de se diriger vers le Syndicat des journalistes pour
voir cette foule qui y campe. Conférences, réunions,
protestations ... L’effervescence domine le milieu des
journalistes, surtout ce 19 septembre. C’est-à-dire une
semaine après une décision de justice de condamner à un an
de prison et à une amende de 20 000 L.E. 4 rédacteurs en
chef de journaux indépendants. Ibrahim Issa, du Dostour,
Waël Al-Ibrachi, de Sawt Al-Oumma, Abdel-Halim Qandil, d’Al-Karama
(à l’époque), et Adel Hammouda, d’Al-Fagr, sont dans le
collimateur de l’Etat. Au cours d’une première réunion juste
après la condamnation, l’ex-président du syndicat et
candidat pour le siège cette année, Makram Mohamad Ahmad,
propose la création d’une commission « du dialogue ».
Dialogue avec le gouvernement pour tenter de parvenir à une
solution à la crise des journalistes. Yéhia Qallach, le
secrétaire général du syndicat, explique que « cette
commission vise à entrer en dialogue avec le Conseil suprême
de la presse et le chef de l’Etat lui-même pour relancer la
promesse du président sur l’annulation des peines de prison
dans les délits de presse ». Galal Aref, président du
syndicat, se trouve à la tête de la commission, qui inclut
également quelques membres du conseil du syndicat ainsi que
de grands écrivains et rédacteurs en chef, dont Salaheddine
Hafez, Ragaï Al-Merghani, Farida Al-Naqqach, Moustapha Bakri
et Makram Mohamad Ahmad. Or, la rencontre ne manque pas de
faire l’objet de querelles, reflétant plus que jamais la
division qui marque le milieu de la presse depuis l’affaire
de « la rumeur sur l’état de santé du président ». Le débat
animé commence avec une dispute verbale entre Salah
Abdel-Maqsoud et Ahmad Moussa, tous deux membres du conseil
du syndicat. Moussa s’attaque au syndicat et l’accuse
implicitement de politique de deux poids, deux mesures, car
le syndicat n’a pas soutenu Mohamad Ali Ibrahim, rédacteur
en chef d’Al-Gomhouriya. Ce dernier est en procès avec le
Club des juges pour les avoir injuriés et accusés de former
une organisation.
C’est
là qu’intervient Abdel-Maqsoud, accusant Moussa lui-même
d’être derrière l’emprisonnement de plusieurs journalistes,
les dénonçant devant le Parquet. Les voix s’élèvent et
perturbent la réunion, et d’autres interviennent essayant de
calmer la tension. Une fois le calme revenu, une seconde
querelle éclate entre Gamal Fahmi, également membre du
conseil, et Makram Mohamad Ahmad. A chaque fois que Fahmi
tente de prendre la parole et de prononcer le nom d’Ibrahim
Issa, il est tout de suite interrompu par Makram. Du coup,
Fahmi finit par quitter la réunion. « C’est parce que
certains confrères essayent de perturber ce rassemblement et
d’y imposer un agenda qui leur est défini par le
gouvernement ».
L’idée, cependant, était de réduire la tension et d’éviter
un bras de fer avec le gouvernement. Car « nous avons besoin
d’ouvrir un dialogue avec le gouvernement et cette
commission est le seul mécanisme pour le faire », affirme
Moustapha Bakri, rédacteur en chef du journal Al-Osboue.
L’idée est d’inciter le gouvernement à recourir, en cas
d’abus, au Syndicat des journalistes plutôt qu’au Parquet et
d’activer la loi sur la libre circulation de l’information
et en échange, le syndicat réactivera la charte de la
déontologie de la presse. Un délai de deux semaines a été
accordé au gouvernement au terme duquel le syndicat pourrait
procéder à des mesures plus importantes, comme une grève
généralisée à la presse indépendante et celle d’opposition.
Galal Aref et Makram Mohamad Ahmad sont chargés d’entrer en
contact avec les responsables de l’Etat. « Nous avons
commencé par envoyer une lettre au président Moubarak
demandant son intervention. Nous avons aussi contacté
Safouat Al-Chérif pour réclamer une réunion d’urgence et il
est prévu qu’on fasse de même avec le président du Conseil
suprême de la magistrature », explique Aref. Jusqu’à ce
jour, la commission n’a pas eu d’écho chez le gouvernement
sur son initiative.
Chaïmaa Abdel-Hamid