Presse.
Partial pour les uns, équilibré pour les autres, le rapport
du Conseil suprême de la presse, a plutôt déçu. Il n’apporte
pas de solution à l’état actuel de la profession fait de
tiraillements entre liberté et contraintes.
En deçà des attentes
« Ils ont porté atteinte aux fondements principaux de la
société et de la paix sociale, provoqué la terreur parmi les
citoyens et nui à l’intérêt public ». C’est en ces termes,
si durs, que le Conseil suprême de la presse a conclu son
rapport sur la couverture par les journaux des rumeurs sur
l’état de santé du président de la République. Trois
journaux indépendants sont pointés du doigt plus que les
autres : Al-Dostour, Al-Badil (indépendant) et Al-Karama
(nassérien). En fait, sur 100 pages, le rapport avait pour
objectif de recenser et d’analyser tout ce qui a été publié
par la presse, toutes tendances confondues, entre août et
septembre 2007.
Un chapitre de facture théorique, s’attardant surtout sur la
différence entre la « nouvelle » et « la rumeur », précède
l’analyse qui conclut, entre autres, que trois journaux ont
mélangé les deux notions dans leur traitement de ce sujet
aussi sensible. Ainsi, le document critique « les sources
anonymes », et donne, à titre d’exemple, l’article publié
par Al-Dostour, qui affirme que « le président est atteint
d’insuffisance dans la circulation du sang qui empêche
l’arrivée du sang au cerveau », sans source mentionnée. Le
texte estime pourtant que le reste de la presse d’opposition
ou indépendante était plutôt modérée dans sa couverture. «
Les journaux des différents partis ont abordé ce sujet avec
beaucoup de vigilance. Certains ont minimisé l’importance de
ces rumeurs alors que d’autres l’ont tellement rejeté », dit
le rapport. Quant aux journaux nationaux ou
pro-gouvernementaux, ils ont, dès le début, dénoncé ces
rumeurs en couvrant, d’une part, les activités quotidiennes
du président et, d’autre part, en publiant les déclarations
et les analyses qui démentent ces rumeurs.
Le parti pris est facile à noter, surtout que le rapport a
coïncidé avec la condamnation de quatre rédacteurs en chef
dans une autre affaire liée au parti au pouvoir. Gamal Fahmi,
membre du conseil du Syndicat des journalistes, déplore le
thème même du rapport d’autant plus qu’il est élaboré par un
conseil « gouvernemental » et donc « qui ne se mobilise qu’à
la demande du régime et fermant les yeux sur d’autres
violations aussi professionnelles, menées par les journaux
proches du pouvoir ». Il donne des exemples aussi simples
que le mélange de la publicité et de la rédaction, et la
publication des noms des accusés avant leur jugement. Le
document ne serait donc que peu crédible, surtout qu’il
serait facile de repérer une tentative « d’inventer des
preuves pour condamner certains journaux ». C’est un «
règlement de comptes politique », dit Fahmi. Les partisans
de la presse indépendante et d’opposition estiment en gros
que la presse n’a pas franchi les lignes rouges en matière
de déontologie ou de professionnalisme. « La santé du
président ne doit pas être un secret. C’est un sujet qui
préoccupe l’opinion publique et donc doit être étalé dans la
presse ».
A la recherche de transparence
Abdallah Al-Sennawi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire
nassérien Al-Arabi, affirme que le rapport a totalement
négligé le contexte social qui a servi de terrain fertile à
de telles rumeurs, un contexte régi par « le manque de
transparence et l’absence d’informations ». La période au
cours de laquelle le rapport a été élaboré ne peut que
soulever davantage de doutes sur les véritables motivations
derrière l’idée même. En quelques jours, tout a été fait et
« le rapport a fini par poser plus d’entraves à la liberté
d’expression », conclut Awatef Abdel-Rahmane, professeure à
la faculté de communication de l’Université du Caire.
Les auteurs du rapport ne sont certes pas du même avis,
notamment Farouq Abou-Zeid, président de la commission
chargée d’élaborer ce document. « Pourquoi une si vive
mobilisation ? C’est normal, parce que ces rumeurs touchent
le président de la République et ont eu des conséquences
négatives sur la société », justifie-t-il. Le Conseil
suprême de la presse est, en effet, chargé de suivre tout ce
qui est publié dans la presse et de vérifier la loi en
publiant des rapports périodiques sur les pratiques
journalistiques.
Abou-Zeid affirme que ces rapports, contrairement à ce que
l’on pense, pourraient être un outil pour protéger les
journalistes de la prison. « Ce rapport n’implique pas un
procès et ses recommandations n’iront pas au procureur
général mais au conseil du Syndicat des journalistes. C’est
à ce dernier de réactiver son rôle et de prendre en
considération ces rapports pour freiner les violations
professionnelles menées par quelques journalistes. Mais si
le syndicat reste silencieux, il n’y aurait que
l’alternative de la justice ».
Un document qui vient, une fois de plus, mettre en relief
les divergences et les rapports de force de cette affaire de
rumeurs et de condamnations.
Aliaa
Al-Korachi