Al-Ahram Hebdo, Evénement | En deçà des attentes
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Presse. Partial pour les uns, équilibré pour les autres, le rapport du Conseil suprême de la presse, a plutôt déçu. Il n’apporte pas de solution à l’état actuel de la profession fait de tiraillements entre liberté et contraintes.

En deçà des attentes

« Ils ont porté atteinte aux fondements principaux de la société et de la paix sociale, provoqué la terreur parmi les citoyens et nui à l’intérêt public ». C’est en ces termes, si durs, que le Conseil suprême de la presse a conclu son rapport sur la couverture par les journaux des rumeurs sur l’état de santé du président de la République. Trois journaux indépendants sont pointés du doigt plus que les autres : Al-Dostour, Al-Badil (indépendant) et Al-Karama (nassérien). En fait, sur 100 pages, le rapport avait pour objectif de recenser et d’analyser tout ce qui a été publié par la presse, toutes tendances confondues, entre août et septembre 2007.

Un chapitre de facture théorique, s’attardant surtout sur la différence entre la « nouvelle » et « la rumeur », précède l’analyse qui conclut, entre autres, que trois journaux ont mélangé les deux notions dans leur traitement de ce sujet aussi sensible. Ainsi, le document critique « les sources anonymes », et donne, à titre d’exemple, l’article publié par Al-Dostour, qui affirme que « le président est atteint d’insuffisance dans la circulation du sang qui empêche l’arrivée du sang au cerveau », sans source mentionnée. Le texte estime pourtant que le reste de la presse d’opposition ou indépendante était plutôt modérée dans sa couverture. « Les journaux des différents partis ont abordé ce sujet avec beaucoup de vigilance. Certains ont minimisé l’importance de ces rumeurs alors que d’autres l’ont tellement rejeté », dit le rapport. Quant aux journaux nationaux ou pro-gouvernementaux, ils ont, dès le début, dénoncé ces rumeurs en couvrant, d’une part, les activités quotidiennes du président et, d’autre part, en publiant les déclarations et les analyses qui démentent ces rumeurs.

Le parti pris est facile à noter, surtout que le rapport a coïncidé avec la condamnation de quatre rédacteurs en chef dans une autre affaire liée au parti au pouvoir. Gamal Fahmi, membre du conseil du Syndicat des journalistes, déplore le thème même du rapport d’autant plus qu’il est élaboré par un conseil « gouvernemental » et donc « qui ne se mobilise qu’à la demande du régime et fermant les yeux sur d’autres violations aussi professionnelles, menées par les journaux proches du pouvoir ». Il donne des exemples aussi simples que le mélange de la publicité et de la rédaction, et la publication des noms des accusés avant leur jugement. Le document ne serait donc que peu crédible, surtout qu’il serait facile de repérer une tentative « d’inventer des preuves pour condamner certains journaux ». C’est un « règlement de comptes politique », dit Fahmi. Les partisans de la presse indépendante et d’opposition estiment en gros que la presse n’a pas franchi les lignes rouges en matière de déontologie ou de professionnalisme. « La santé du président ne doit pas être un secret. C’est un sujet qui préoccupe l’opinion publique et donc doit être étalé dans la presse ».

A la recherche de transparence

Abdallah Al-Sennawi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi, affirme que le rapport a totalement négligé le contexte social qui a servi de terrain fertile à de telles rumeurs, un contexte régi par « le manque de transparence et l’absence d’informations ». La période au cours de laquelle le rapport a été élaboré ne peut que soulever davantage de doutes sur les véritables motivations derrière l’idée même. En quelques jours, tout a été fait et « le rapport a fini par poser plus d’entraves à la liberté d’expression », conclut Awatef Abdel-Rahmane, professeure à la faculté de communication de l’Université du Caire.

Les auteurs du rapport ne sont certes pas du même avis, notamment Farouq Abou-Zeid, président de la commission chargée d’élaborer ce document. « Pourquoi une si vive mobilisation ? C’est normal, parce que ces rumeurs touchent le président de la République et ont eu des conséquences négatives sur la société », justifie-t-il. Le Conseil suprême de la presse est, en effet, chargé de suivre tout ce qui est publié dans la presse et de vérifier la loi en publiant des rapports périodiques sur les pratiques journalistiques.

Abou-Zeid affirme que ces rapports, contrairement à ce que l’on pense, pourraient être un outil pour protéger les journalistes de la prison. « Ce rapport n’implique pas un procès et ses recommandations n’iront pas au procureur général mais au conseil du Syndicat des journalistes. C’est à ce dernier de réactiver son rôle et de prendre en considération ces rapports pour freiner les violations professionnelles menées par quelques journalistes. Mais si le syndicat reste silencieux, il n’y aurait que l’alternative de la justice ».

Un document qui vient, une fois de plus, mettre en relief les divergences et les rapports de force de cette affaire de rumeurs et de condamnations.

Aliaa Al-Korachi

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