Désertification. La
conférence des parties de la Convention de la lutte contre ce phénomène s’est
récemment achevée à Madrid, après deux semaines de discussions. Ismaïl
Abdel-Guélil, représentant
de l’Egypte, en dresse le bilan.
« Il faut mettre fin à l’assassinat
silencieux »
Al-Ahram Hebdo : Tout d’abord, quel
était l’objectif de la conférence de Madrid ?
Ismaïl
Abdel-Guélil : La conférence de Madrid est la huitième session de la conférence
des parties à la Convention des Nations-Unies pour la lutte contre la
désertification (UNCDD). Cette rencontre intervient dix ans après l’entrée en
vigueur de cette convention. Les responsables et les parties à cette dernière
ont réalisé qu’à l’issue de cette période, rien n’a, en fait, été réalisé. Cette
convention avait pour objectif principal de traiter la dégradation des
territoires agricoles afin de diminuer les effets du phénomène de la
désertification. Et donc, réduire la pauvreté dans le monde. Mais aucun des 191
pays signataires de cette convention n’a vraiment atteint cet objectif. Au
contraire, les régions touchées par ce phénomène en souffrent toujours. Et
d’autres régions du monde ont été atteintes par ce fléau qui ne connaît pas de
frontières. D’où une conséquence certaine dans un futur proche : l’augmentation
de la pauvreté dans le monde. Cette huitième session visait donc à adopter un
nouveau plan d’action, autrement dit une nouvelle stratégie de lutte contre la
désertification.
L’Organisation
des Nations-Unies (ONU) a voulu traiter des difficultés posées à la réalisation
de progrès.
— Et que s’est-il concrètement dégagé des
discussions qui ont eu lieu pendant plus de 10 jours, du 3 au 14 septembre
dernier ?
— Les
pays participants à cette conférence ont convenu que la cause principale du
changement climatique, de la dégradation de la biodiversité et de la
désertification n’est autre que les activités humaines. Ces trois phénomènes
sont liés les uns aux autres car le déséquilibre écologique règne. D’où les
cyclones, les inondations et les vagues de sécheresse qui sévissent à plusieurs
endroits du monde. Ils ont alors adopté une nouvelle stratégie allant de 2008 à
2018, visant à continuer à lutter contre la désertification. Il s’agit d’un
plan national propre à chaque pays qui prend en considération les changements
climatiques dans leurs régions respectives. Ces changements font accroître le
danger de la désertification. Mais un point de discorde, durant cette
conférence, a été le financement de la lutte contre la désertification. Notamment
dans les pays émergents.
— De nombreux experts étaient présents lors
de la conférence. Selon eux, quelles sont les causes de cette dégradation
environnementale ?
— Les
experts réunis à la conférence se sont accordés pour dire qu’il s’agit d’une
négligence extrême engendrée par un manque de volonté politique ainsi que par
un manque de financement des activités de lutte contre les dégradations. Les
questions de l’environnement n’occupent pas une position prioritaire dans les
agendas des leaders des pays émergents. D’où les politiques et les pratiques
qui nuisent à l’écologie dans leur pays. Savez-vous que les mauvaises pratiques
détruisent annuellement 30 % de la surface des terres agricoles dans le monde
et coûtent 42 milliards de dollars ?!
— En quoi consiste pour vous la solution ?
— Il
faut que les pays émergents changent leur concept sur les questions
environnementales, et notamment sur celle de la désertification. L’Islande, à
titre d’exemple, est un pays pluvieux. Pourtant, il souffre de la
désertification. Celle-ci désigne la détérioration de la terre de sorte que la
productivité agricole de ces terres diminue pour atteindre zéro. Et c’est ce
qui cause le déplacement des populations vers d’autres lieux riches en
ressources naturelles. Il est donc question de faire face aux activités et
pratiques humaines, dont la construction de bâtiments sur les terres agricoles,
la mauvaise utilisation de l’eau d’irrigation et la pollution de
l’environnement. Car il faut mettre fin à ce qu’on appelle le phénomène de «
l’assassinat silencieux ». Pour cela, la société civile doit aussi multiplier
les activités visant à faire face à la désertification. Les Organisations Non
Gouvernementales (ONG) sont appelées à participer à toutes les discussions des
comités de la conférence des parties puisqu’elles sont considérées comme un
moyen effectif dans la lutte contre la désertification.
— Pourquoi l’Espagne, et non un pays
émergent, a-t-elle accueilli cette conférence ?
—
Parce que dans ce pays, près du tiers de ce territoire est menacé de
désertification. L’Espagne est le pays le plus aride et le plus affecté par les
changements climatiques d’Europe. Le problème de la désertification affecte de
manière grave 31,49 % de la superficie du pays, selon les estimations des
scientifiques. D’après l’Onu, 6 % de la surface de ce pays est déjà dégradé de
manière irréversible. La surexploitation des ressources hydriques de la
déforestation, les incendies de forêts, l’agriculture intensive et
l’urbanisation galopante sont parmi les facteurs du processus. Pire encore, le
pays n’est pas seulement directement affecté par la désertification, il l’est
aussi indirectement par le biais de l’immigration grandissante d’habitants
d’Afrique subsaharienne, qui fuient la désertification et la paupérisation de
leurs régions. Ces répercussions sociales environnementales et humaines de la
sécheresse et la désertification ne vont pas se limiter à l’Espagne, mais vont
s’étendre à toute la Méditerranée.
— En tant que directeur du Centre de
Recherches sur le Désert (CRD), quelle sera selon vous la portée réelle de
cette conférence ?
— Lors
de la conférence de Madrid, les pays industriels ont reconnu que les dangers de
la désertification, des changements climatiques et de la dégradation de la
biodiversité leur sont communs. Mais la déclaration de Madrid ne sera efficace
que lorsque les pays de la planète manifesteront la volonté politique de mettre
un terme au développement de ce phénomène universel qui ne connaît pas de
frontières géographiques ni politiques. Coopérer pour y faire face est devenu
une nécessité.
Propos recueillis par Racha Hanafi