Privatisation. La société
Arab Contractors s’apprête à devenir une société anonyme et lancer une partie
de son capital en Bourse, avec pour objectif d’assainir ses comptes. Certains y
voient le début de cession d’une autre entité publique.
Arab Contractors change de statut
Après
la privatisation de la Banque d’Alexandrie et celle de la Banque du Caire, le
tour à un autre poids lourd, la société Arab Contractors, pourrait bien venir :
le Conseil des ministres vient de donner son aval à une future modification de
ses statuts qui la transformerait en société anonyme. « Cette décision a été
prise suite à la demande de la société elle-même. Il s’agit notamment de
modifier sa forme juridique afin de lui apporter une flexibilité de gestion. Cela
renforcera sa capacité concurrentielle sur les marchés internationaux », a
expliqué Magdi Radi, le porte-parole du Conseil des ministres, lors d’un point
de presse. Il ajoute que la décision vise aussi la préparation au lancement en
Bourse des actions de la société. Ce qui lui apportera de nouvelles sources de
financement. Une idée à laquelle le premier ministre, Ahmad Nazif, est vite
revenu apporter une précision : « Le lancement en Bourse sera surtout une
opération de restructuration de la société et ne signifie pas sa vente à des
étrangers ou à un investisseur stratégique ». Une déclaration décrite par le
secrétaire général de l’Union de construction, Mohamad Al-Hayatmi, de « très
élastique ».
La
société Arab Contractors, créé par l’ingénieur Osmane Ahmad Osmane en 1955, est
l’une des grandes sociétés de construction dans la région de MENA (voir
encadré). Son président, Ibrahim Mehleb, nie de plus toute intention de la
vendre partiellement. Mais, il estime important qu’elle devienne une société
anonyme pour deux raisons : augmenter sa compétitivité et améliorer sa
situation financière. « En devenant société anonyme, Arab Contractors sera
capable de surmonter bien des contraintes bureaucratiques », souligne-t-il en
expliquant que la législation à laquelle la société est soumise remonte aux
années 1960. Du coup, « Arab Contractors ne peut, par exemple, pas se présenter
aux adjudications internationales, malgré sa bonne réputation. Il est donc
indispensable de se soumettre aux règles normales du marché, tout en restant
propriété de l’Etat », ajoute-t-il. Du point de vue financier, Mehleb avance
que cette transformation est nécessaire pour libérer les actifs de
l’entreprise. « Depuis les années 1960, la société se charge des projets
gigantesques du gouvernement, sans être toujours payée. Alors nous avons été
obligés d’emprunter aux banques. Résultat : nos dettes dépassent actuellement
les 4 milliards de L.E. », explique-t-il. Et pour Salah Hégab, président du
comité de construction auprès de l’Association des hommes d’affaires, le
gouvernement a tardé à se décider. « Le gouvernement veut se débarrasser d’un
lourd fardeau de dettes. Avec ce changement de statut, les décisions seront
prises selon les critères du marché plutôt que les critères politiques. Pourquoi
Arab Contractors doit-elle rester publique alors que ses concurrentes sont des
sociétés anonymes dans lesquelles le gouvernement possède des parts ? ».
Une
opinion rejetée en bloc par Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à
l’Université du Caire, qui assure que « le fait de devenir société anonyme, et
de ne plus être sous l’emprise de la loi publique, ne va pas résoudre
magiquement les problèmes d’Arab Contractors. Par contre, cette décision
dévoile l’intention du gouvernement de privatiser l’entreprise. Et
malheureusement la vente d’Arab Contractors ne sera qu’un prolongement du
scénario de vente des actifs du gouvernement ». Selon lui, le plan de vente de
la société a commencé avec la mise aux enchères internationales d’un terrain de
5 500 feddans (2 321 hectares) sur la route de Suez pour assainir la situation
financière de la société. « Or, ce terrain pourrait plutôt devenir une petite
ville, et rapporter plus de liquidité », souligne-t-il.
La
suite du feuilleton sera connue à l’issue de l’assemblée générale d’Arab
Contractors, présidée par le ministre de l’Habitat, Ahmad Al-Maghrabi. Le 15
octobre, elle approuvera ou pas le changement de statut. Mais peu
de place est laissé au doute.
Gilane Magdi
Un mastodonte de construction
Créée en 1955 par l’ingénieur Osmane Ahmad Osmane, Arab Contractors est l’une des plus importantes sociétés de construction dans la région MENA. Depuis sa nationalisation en 1961, elle est le « bras constructeur » de l’Etat égyptien dans ses différents projets de développement, dont, parmi les plus célèbres : le Haut-Barrage d’Assouan et le pont du 6 Octobre, au Caire. Arab Contractors conduit actuellement plus de 6 projets gouvernementaux tels que l’Institut de chirurgie cardiaque. De même, la société bénéficie d’une importante présence à l’étranger, puisqu’elle possède des branches dans plus de 26 pays éparpillés dans trois continents : 14 en Afrique, 8 en Asie et 5 en Europe. Les actifs d’Arab Contractors dépassent les 2,3 milliards de L.E. et la société emploie plus de 60 000 personnes. En 2007, le magazine américain ENR (Engineering News Record) a classé la société au 113e rang sur 225, en termes de performances. Arab Contractors est par ailleurs classée 18e des 20 plus importants constructeurs de ponts et chaussées par le même magazine, l’année dernière.