Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les travailleurs manifestent leur colère
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Egypte

Malaise social. Les 27 000 ouvriers de l’entreprise de filature et tissage Ghazl Al-Mahalla sont entrés en grève afin d’obtenir la part qui leur est due dans les profits annuels de l’entreprise, la plus grande du secteur du textile. Reportage.

Les travailleurs manifestent leur colère

Il est midi. Le lundi 24 septembre, les 27 000 ouvriers de Ghazl Al-Mahalla sont à leur deuxième jour de grève. Regroupés sur la place Talaat Harb au sein de l’entreprise, des dizaines s’approchent de nous à notre entrée. Ils s’expliquent. Ce ne sont pas les revendications salariales uniquement, mais aussi le sort de leurs camarades arrêtés. « La libération des 5 collègues détenus par la police est devenue notre demande prioritaire », lance un ouvrier. « Aucun de nous ne va regagner sa maison avant la libération de nos collègues », lance un autre.

Le Parquet venait de décider la détention provisoire de 5 de leurs collègues pour 4 jours. Il les a accusés d’inciter à la grève, causant ainsi à l’entreprise des pertes estimées à 10 millions de L.E., comme le signale la direction de l’entreprise qui a saisi le Parquet de la plainte. Une décision qui a enflammé la situation déjà tendue.

Cette grève, qui intervient 9 mois après une précédente aussi importante, a été déclenchée à cause du retard de la paye de leur part des bénéfices de l’entreprise publique. Mais cette fois-ci, les demandes des ouvriers ont augmenté d’un cran et ne se limitent plus à récupérer de petits droits salariaux. Ils ont revendiqué également la démission du comité syndical et du PDG de l’entreprise.

Aïcha Abdel-Hadi, la ministre de la Main-d’œuvre, et Mahmoud Mohieddine, le ministre de l’Investissement, avaient promis aux ouvriers de leur payer en bénéfices annuels l’équivalent de 150 jours de salaire, une somme sur laquelle la direction s’est livrée à beaucoup de manœuvres, selon les ouvriers, et a refusé de confirmer. Et jusqu’à présent, ils n’ont reçu que l’équivalent de 20 jours. La veille de la grève, pour les calmer, l’administration leur avait proposé de leur payer davantage : l’équivalent de 40 jours, pour que les ouvriers acceptent de remettre le paiement du reste de leur argent sine die. Une proposition qui a été aussitôt réfutée.

Mohsen Al-Gilani, président de la société holding dont dépend l’entreprise se défend : « L’assemblée générale ne s’est pas encore réunie pour approuver la part des ouvriers dans les profits. Elle attend le rapport de l’Organisme central des comptes concernant le bilan de l’entreprise », a-t-il expliqué par téléphone à l’Hebdo.

Mais ces déclarations ne convainquent pas les ouvriers. Ces derniers veulent toucher leur argent tout de suite. « Quand l’administration nous inflige des retranchements de salaire pour un jour d’absence, même s’il s’agit d’un vendredi, week-end payé selon la loi, elle n’attend pas le rapport de l’Organisme des comptes »,ironise un ouvrier.

A deux semaines du petit Baïram et quelques jours après la rentrée scolaire, les ouvriers — qui touchent chaque mois des salaires variant entre 250 et 500 L.E. (44 et 88 euros) — passent par les moments les plus difficiles. Plusieurs enfants accompagnent leurs mères en grève, car ils ont été renvoyés des écoles, n’ayant pas pu payer les frais scolaires. D’autres écoles ont refusé de délivrer aux élèves les manuels scolaires.

« L’administration calcule nos salaires au millième près », s’insurge une des ouvrières en nous montrant sa fiche de paie. « Une heure de travail coûte 1 000 millièmes (sous), soit une L.E. », lance-t-elle. Après 23 années de travail, son salaire mensuel est à peine de 225 L.E. Et ce, au moment où les loyers des appartements à Mahalla ont atteint en moyenne 300 L.E. par mois.

La hausse des loyers a incité les ouvriers à demander une allocation de logement. « Les hauts fonctionnaires bénéficient d’un logement de fonction au loyer de 5 L.E., alors que nous devons payer des centaines des livres », éclate un ouvrier.

Jusqu’à la fin de la journée, le bras de fer est resté engagé entre les ouvriers d’une part et l’administration de l’autre. Le gouvernement ? Il fait, lui, la sourde oreille pour l’instant. C’est en fait la deuxième grève en moins d’un an. La grève de décembre 2006 avait entraîné une vague de protestations ouvrières, considérée comme la plus importante en douze ans. La raison du déclenchement de la grève était la même, recevoir une part des bénéfices annuels. A l’époque, ils avaient réussi à obtenir l’équivalent de 45 jours de salaire pour 6 mois de travail ainsi qu’une prime équivalente à 20 jours de salaire que le gouvernement leur avait octroyée pour les calmer. Mais cette fois-ci, la réaction du gouvernement semble être différente. Les deux ministres en charge du dossier, celle de la Main-d’œuvre et celui de l’Investissement, n’ont pas encore réagi. Le PDG de l’entreprise, lui aussi, ne s’est pas manifesté.

Mohsen Al-Gilani non plus. Mais il s’est montré très agressif au bout du fil. « Les revendications sont refusées. Elles sont toutes illégales et illogiques. Et je ne vais pas visiter l’entreprise. Tout ce que je peux affirmer, c’est que leur part des profits ne sera pas inférieure à celle de l’année dernière, soit l’équivalent de 120 jours de salaires », nous a-t-il déclaré.

D’autre part, les ouvriers de Kafr Al-Dawar ont organisé une grève en solidarité avec ceux de Mahalla. Au Caire, un nombre d’ouvriers des minoteries du sud du Caire ont entamé un court sit-in. Ils ont de même lancé un communiqué soutenant les revendications de leurs collègues qu’ils ont qualifiées de légitimes, surtout la fixation par le gouvernement d’un salaire minimum qui soit en harmonie avec les prix actuels. Une demande qui se répète souvent dernièrement. Les salaires des ouvriers des minoteries du Caire sont aussi faibles que ceux de leurs homologues à Mahalla.

Marwa Hussein

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Les 8 revendications des ouvriers

Recevoir l’équivalent de 150 L.E. du salaire de base en profits annuels.

Retirer confiance du comité syndical ainsi que du PDG de l’entreprise.

Inclure les primes dans le salaire de base comme pourcentage fixe non lié à la production.

Augmenter les primes pour la nourriture.

Allouer une prime pour le logement.

Fixation d’un salaire minimum conformément aux prix actuels.

Fournir un moyen de transport pour les ouvriers qui habitent loin de l’entreprise.

Améliorer les services médicaux

 

 




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