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 Semaine du 26 Septembre au 2 octobre 2007, numéro 681

 

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Egypte

Excision. Le Conseil national de la maternité et de l’enfance prépare un projet de loi qui incrimine cette pratique. Pour certains, qui prônent le pragmatisme, c’est au niveau des mentalités qu’il faut mener la lutte.

Frapper fort

Faut-il considérer l’excision comme un crime passible d’une lourde peine de prison au même titre que le viol et le meurtre ? La question soulève un vif débat au moment où le nombre de fillettes qui ont subi des déformations ou qui ont trouvé la mort durant des opérations d’excision se multiplie. Le souvenir de Boudour, fillette de 13 ans trouvant la mort suite à une opération d’excision dans le village de Chahatine à Gharbiya, en juin dernier, est encore dans tous les esprits. La même scène s’est répétée en août dernier à Assiout lorsque les parents de Karima, une fillette de 12 ans, ont décidé de l’exciser dans une clinique du gouvernorat. Les deux filles sont mortes suite à des hémorragies. La police est intervenue et a fermé les cliniques qui ont fait les opérations.

97 % des femmes en Egypte sont excisées, selon le Conseil national de la maternité et de l’enfance. Un chiffre troublant. La loi actuelle datant de 1998 interdit les opérations d’excision mais celles-ci sont pratiquées dans la clandestinité en l’absence de sanctions sévères.

Après les récents incidents, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, a décidé de l’interdire totalement. Les médecins contrevenants seront suspendus.

Par ailleurs, le Conseil de la maternité et de l’enfance et les ONG œuvrant dans le domaine de la femme ont commencé à se mobiliser. Une marche de protestation a été organisée à Minya, à Assiout et à Gharbiya sous le slogan « Non à l’excision des filles ». Une commission a été créée regroupant des féministes pour préparer une loi incriminant cette opération. « Nous avons demandé au président du Parlement, Fathi Sourour, de placer cette loi en priorité dans l’agenda du Parlement durant sa nouvelle session prévue en novembre prochain », a déclaré Mouchira Khattab, directrice du Conseil national de la maternité. En fait, il n’y a en Egypte aucune loi qui incrimine l’excision ou qui pénalise les médecins qui effectuent ces opérations. « Est-il possible que, jusqu’en 2007, il n’y ait aucune législation qui défend les victimes de cet abus physique ? L’existence d’une loi va nous aider dans notre travail, car les peines de prison représentent un moyen dissuasif aussi bien pour les médecins que pour les parents », explique Farkhonda Hassan, du Conseil national.

En fait, la nouvelle loi en préparation considère l’excision comme un crime qui expose les médecins et les parents à une lourde peine. Un médecin qui pratique l’excision encourt la fermeture de son cabinet et la suspension ainsi qu’une peine de prison qui varie entre 3 et 5 ans. Quant aux parents, ils encourent une peine de prison qui varie entre 1 et 3 ans. En cas de décès, la loi en préparation prévoit de lourdes peines pouvant atteindre 15 ans de prison.

 

« Comment incriminer toute une société ? »

S’il y a unanimité quant à la nécessité de lutter contre l’excision, les avis sont partagés sur l’attitude à adopter face à cette pratique. D’un côté, il y a ceux qui sont pour l’instauration de lourdes peines contre les personnes qui pratiquent cette opération. De l’autre, il y a ceux qui appellent à un traitement plus adéquat contre une pratique très ancrée dans la société.

Les partisans d’un durcissement des peines affirment que l’excision est une mutilation et se réfèrent au code pénal qui interdit toute atteinte au corps humain sauf pour des raisons médicales. « Nous devons savoir que l’excision laisse des séquelles très graves tant physiques que psychologiques sur la personne qui la subit. De là, on peut comparer cette pratique à un crime », explique Viviane Fouad, responsable du dossier de l’excision auprès du Conseil de la maternité et de l’enfance. Elle s’élève contre ceux qui disent que l’excision est dictée par la charia. « Cette pratique n’existe pas en Arabie saoudite. Rien dans le Coran ne l’autorise. Et le pape Chénouda a confirmé que cette pratique n’a aucune base religieuse ». L’autre camp pense que du point de vue social, cette pratique est une coutume enracinée dans la société rurale liée à l’honneur et à la chasteté de la fille et qu’il serait irréaliste de penser qu’elle puisse stopper grâce à une loi. « L’excision est une tradition très répandue. Il faut traiter le problème avec plus de raison. Si on l’interdit de manière aussi catégorique, nous aurons affaire à un marché noir de l’excision qu’il sera très difficile de contrôler. Notons que les maris dont les femmes ont refusé d’exciser leurs filles de peur de les perdre, les ont obligées à le faire plus tard, surtout à la campagne. C’est une affaire de tradition. Comment peut-on incriminer toute une société ? », explique la sociologue Nahed Ramzi, chercheuse au Centre national des études sociales et criminelles en ajoutant que ce genre de pratique a besoin d’un bouleversement dans les mentalités, qui ne pourrait se faire qu’à travers la sensibilisation.

Sensibilisation qui ne semble pas encore avoir porté ses fruits puisque à l’annonce de la préparation de ce projet, des familles se sont hâtées d’exciser leurs filles. Malgré la décision du ministre de la Santé d’interdire cette pratique, l’excision continue à être pratiquée clandestinement. La plupart des opérations sont pratiquées dans des cliniques privées et mal équipées. Le Conseil national de la maternité et de l’enfance déploie des efforts multiples afin d’éradiquer cette pratique. Il opère notamment en Haute-Egypte, où plusieurs villages ont été déclarés exempts d’excision. Mais la tâche s’annonce difficile.

Marianne Youssef

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L’histoire législative de l’excision

Le débat sur la pratique de l’excision a été déclenché en Egypte en 1996 lorsque la chaîne américaine CNN a diffusé un programme montrant une opération d’excision d’une jeune fille égyptienne. A cette époque, l’ancien ministre de la Santé, Ali Abdel-Fattah, avait autorisé cette pratique uniquement dans les hôpitaux où elle devait être faite par des spécialistes pour ne pas exposer la vie des filles au danger. En 1997, le nouveau ministre, Ismaïl Sallam, annule cette décision et interdit la pratique de l’excision. Cette interdiction soulève un tollé. Pour leur part, les autorités religieuses se sont trouvées divisées sur la question. Alors que le cheikh d’Al-Azhar, Mohamad Sayed Tantawi, a estimé que rien dans les textes ne justifie cette pratique, le mufti de la République de l’époque, Nasr Farid Wassel, a jugé, lui, cette opération licite même si l’islam ne la rend pas obligatoire. D’autre part, des médecins, des islamistes et des avocats ont contesté l’interdiction de l’excision par le ministre de la Santé, Ismaïl Sallam. A leur tête figuraient le cheikh Youssef Al-Badri, islamiste connu pour ses procès contre les intellectuels, et le docteur Mounir Fawzi, professeur de gynécologie à l’Université de Aïn-Chams, qui, entre autres, ont intenté des procès contre le ministre de la Santé pour annuler sa décision. Ils estimaient que cette dernière a encouragé indirectement la pratique de ces opérations hors des hôpitaux et par des non spécialistes, ce qui expose les filles au danger. Le tribunal administratif leur avait donné raison en juin 1997 en se référant à la fatwa de l’ancien cheikh d’Al-Azhar, Gad Al-Haq Ali Gad Al-Haq, selon laquelle l’excision serait une obligation religieuse. Ismaïl Sallam a alors présenté un recours contre la décision du tribunal, de même que l’ex-président du Syndicat des médecins, Hamdi Al-Sayed. Le tribunal a approuvé sa décision. Depuis 1998, les opérations d’excision sont interdites dans tous les hôpitaux, mais elles sont pratiquées dans la clandestinité. Dans les provinces du Delta et de la Haute-Egypte, les habitants ont recours aux sages-femmes traditionnelles (dayas) pour exciser leurs filles. Depuis cette date, les annonces de décès de jeunes filles à la suite d’opérations d’excision se font encore entendre.

Mirande Youssef

 




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