Diplomatie.
L’établissement d’une zone dénucléarisée au Moyen-Orient, la
relance du processus de paix au Proche-Orient et la crise au
Darfour. Tels sont les trois grands dossiers soulevés par l’Egypte
dans le cadre de la 62e session de l’Assemblée générale de
l’Onu.
Les grands dossiers du Caire
Le
chef de la diplomatie, Ahmad Aboul-Gheit, arrivé jeudi 20
septembre aux Etats-Unis pour prendre part à cet événement,
s’est entretenu tour à tour avec plusieurs personnalités,
dont le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon.
Le dossier nucléaire était le premier évoqué lors de ces
entretiens. Le Caire a réitéré son appel à faire de la
région du Moyen-Orient une zone libre d’armes de destruction
massive. « Nous avons mis en garde à plusieurs reprises
contre une éventuelle course aux armes nucléaires au
Proche-Orient. Cela va perturber et déséquilibrer la région
», affirme une source diplomatique qui a requis l’anonymat.
L’Egypte, qui a signé le Traité de Non-Prolifération
nucléaire (TNP), a toujours insisté sur cette question. Si
aujourd’hui les Etats-Unis mènent une campagne contre le
programme nucléaire iranien, Israël ne doit pas en être
exclu. « L’Egypte refuse qu’un ou deux pays dans la région
possèdent l’arme nucléaire. Nous nous sentons menacés. Nous
sommes résolus à poursuivre nos efforts jusqu’à la
réalisation de notre but, à savoir établir une zone
dénucléarisée au Proche-Orient », explique la source
anonyme.
La relance par l’Egypte de la question nucléaire intervient
au moment où les Etats-Unis tentent de créer une
mobilisation générale contre le programme nucléaire iranien
au cours de cette 62e session de l’Assemblée générale de
l’Onu. Or, l’Egypte y a trouvé une opportunité pour relancer
sa proposition de faire du Proche-Orient une zone exempte
d’armes nucléaires et dénoncer Israël. « Les Américains
veulent intensifier les pressions sur Téhéran. Ils vont
demander à tous les pays d’approuver de nouvelles sanctions
contre le régime islamiste pour l’obliger à cesser
l’enrichissement d’uranium. Pour Le Caire, c’est une
excellente opportunité de soulever la question au niveau de
toute la région en y incluant Israël », souligne une source
diplomatique anonyme. D’autant plus que Le Caire été
conforté par la décision de l’Agence Internationale de l’Energie
Atomique (AIEA) d’adopter une résolution non-contraignante
appelant à l’établissement d’une zone dénucléarisée au
Moyen-Orient (proposée par l’Egypte) et contre laquelle
Israël et les Etats-Unis ont voté, alors que l’Union
Européenne (UE) s’est abstenue. Cinquante-trois pays ont
voté pour la résolution, 47 se sont abstenus et 2 pays
(Israël et les Etats-Unis) ont voté contre la résolution.
Cette dernière appelle tous les pays de la région à établir
une zone où des armes nucléaires ne sont ni développées, ni
fabriquées, ni essayées, ni même acquises. Elle demande
aussi que le stationnement des bombes atomiques sur les
territoires des pays de la zone ou sur les territoires sous
leur contrôle soit interdit. Israël, qui a adopté une
politique d’ambiguïté nucléaire, ne confirme ni ne dément le
fait d’avoir l’arme atomique. « Tant Israël que l’Iran sont
des sources d’inquiétude », a déclaré Ahmad Aboul-Gheit. Et
d’ajouter : « Il est effrayant qu’un, deux ou trois pays
seulement possèdent des armes nucléaires dans la région ».
Le Caire s’oppose cependant à toute solution militaire du
problème nucléaire iranien. « Nous appelons à régler le
dossier nucléaire iranien par la voie des négociations et
garantir à l’Iran son droit d’utiliser l’énergie nucléaire à
des fins pacifiques », a déclaré Aboul-Gheit.
La paix et le Darfour
Outre le nucléaire, l’autre grand dossier qui intéresse l’Egypte
est celui de la paix au Proche-Orient. Le Caire souhaite que
les Américains « fassent bouger les choses ». « L’Egypte
constate qu’aucun effort majeur n’a été fait par la
diplomatie américaine à l’approche de cette conférence
proposée par le président George Bush », déclare la source
diplomatique. « Nous voulons que Washington fixe un ordre du
jour et œuvre au rapprochement des positions entre
Israéliens et Palestiniens, car un échec de la conférence
serait un revers pour toute la région. Les Etats-Unis n’ont
toujours pas indiqué comment ils envisageaient la réunion
entre Palestiniens et Israéliens », déclare la source
anonyme. Souhaitant contenter les pays arabes de la région
qu’il aspirait à rallier à sa politique iraqienne, le
président Bush avait proposé la tenue de cette conférence
sur la paix. Or, Washington n’y accorde aucun intérêt
véritable, ce qui a exaspéré ces pays, dont l’Egypte. Pour
eux, la proposition américaine de tenir cette conférence
s’est avérée être une boutade. Les Etats-Unis sont
soupçonnés de vouloir par cette conférence donner une fausse
impression d’élan vers la paix au Proche-Orient sans
s’attaquer sérieusement au règlement du conflit
israélo-palestinien. Le Caire veut que les Etats-Unis
proposent quelques idées et une série de consultations
programmées en marge de l’Assemblée générale des
Nations-Unies. Il souhaite aussi que la période
d’aujourd’hui à novembre soit mise à profit pour éclaircir
les positions.
Le troisième grand dossier qui intéresse l’Egypte est celui
du Darfour. L’Egypte a décidé d’envoyer 2 100 soldats au
Darfour dans le cadre des forces de maintien de la paix afin
d’aider à régler cette crise. Sous commandement conjoint de
l’Onu et de l’Union africaine, les 26 000 hommes de cette
force de maintien de la paix seront chargés de ramener le
calme dans la province de l’ouest du Soudan. Le ministre des
Affaires étrangères a affirmé, dans un premier temps, le
plein soutien de l’Egypte à l’accord de paix global au
Soudan et sa confiance en la capacité des partenaires de
paix à poursuivre la mise en œuvre des articles de l’accord
et à relever les défis qui entravent la mise en vigueur de
l’accord d’un moment à l’autre. Le Caire craint que des
troubles au Soudan ne viennent affecter ses intérêts. Il
souhaite préserver la stabilité au Soudan. L’Egypte veut
mettre en valeur la responsabilité des donateurs
internationaux pour honorer leur engagement à reconstruire
le Sud-Soudan. Rappelant que l’Egypte met en œuvre un
programme complet pour aider à reconstruire et à développer
le Sud-Soudan, qui forme un des points principaux de
l’accord de paix global, dont des projets dans les secteurs
de l’électricité, de l’enseignement et de la santé.
Chérif Ahmed