Pétrole.
En dépit d’un léger repli, les cours de l’or noir restent
au-dessus des 80 dollars depuis quelques jours. L’Opep est
soupçonné de ne pas pouvoir contrôler la hausse.
Explications.
Une hausse qui va durer
Quatrième
record du prix du pétrole en deux semaines : jeudi 20
septembre, le pétrole new-yorkais a percé pour la première
fois de son histoire le plafond de 84 dollars. Egalement, le
baril de brent de la mer du Nord, qui était resté plus
discret cet été que le pétrole new-yorkais, est revenu sous
les projecteurs. Il a aligné les records vendredi 21
septembre, grimpant jusqu’à 79,94 dollars. En tout, sur la
semaine, le pétrole a pris 5 dollars à New York et près de 4
dollars à Londres, avant de se replier légèrement le lundi
24.
Depuis la mi-août, les cours de la principale matière
première mondiale n’ont pratiquement pas cessé d’augmenter
enregistrant une hausse de plus de 15 %. A cela s’ajoute, la
situation extraordinairement tendue de l’offre mondiale de
brut. Les investisseurs craignent des pénuries de brut au
quatrième trimestre. Et ils s’alarment en particulier de
l’état, jugé critique, des stocks de brut aux Etats-Unis. En
effet, l’Agence américaine de l’énergie a annoncé que les
stocks hebdomadaires d’essence avaient reculé de 3,8
millions de barils, une chute très supérieure aux attentes
des analystes. De plus, la décision mardi 18 septembre de la
Banque Centrale américaine (FED) de baisser d’un demi-point
ses taux avait donné une sérieuse impulsion au prix du
pétrole qui a franchi au même jour pour la première fois le
seuil de 82 dollars. Explications : Philippe Martin,
professeur à l’Université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, a
déclaré au quotidien français Libération : « En tentant de
conjurer la récession américaine et de limiter la casse de
la croissance à l’échelle mondiale, la Fed a rendu
euphoriques les marchés, qui pensent que la demande de
pétrole va être toujours haute ».
Vague de prospections
Mais les cours de l’or noir ont-ils augmenté pour se
maintenir à ces niveaux ? En fait, cette hausse a engendré
une vague de prospections sur le futur des cours. Au moment
où certains experts s’attendent à un repli relatif des prix,
d’autres sont allés jusqu’à prévoir un baril à 100 $. Khaled
Abou-Bakr, directeur général du groupe Taqa, avait prévu
deux semaines avant la montée des prix un baril entre 80 et
100 dollars d’ici juin 2008.
Les analystes de la banque Goldman Sachs ont, quant à eux,
relevé la semaine dernière leur prévision du prix du baril
pour fin 2007 à 85 dollars, contre 72 dollars auparavant, «
avec des risques importants de pics au-dessus de 90 dollars
le baril ». Ils ont également émis une prévision à 95
dollars le baril pour 2008. Par contre, ABN Amro estime que
le prix du pétrole retombera sous la barre de 70 dollars
dans le courant des prochains mois, car, les réserves se
situent toujours dans le haut de la moyenne enregistrée les
cinq dernières années.
Les mécanismes habituellement utilisés pour baisser les
cours ne semblent pas avoir d’effet cette fois-ci. On parle
là d’une intervention de l’Organisation des Pays
Exportateurs de Pétrole (OPEP). En fait, la décision de
l’organisation le 11 septembre d’augmenter sa production
journalière de 500 000 barils depuis le premier novembre n’a
pas calmé le marché. Pour Khaled Abou-Bakr ainsi que pour
bien d’autres experts, l’OPEP n’y peut rien. «
L’organisation ne contrôle plus le marché. Une importante
partie de la production est dans la mer du Nord et la mer
Caspienne ainsi qu’en Afrique. La production de la majorité
des pays de l’Opep est au maximum », explique-t-il.
Par ailleurs, l’agence Reuters a appris d’une source de l’Opep
que les membres discuteraient probablement de la possibilité
d’un nouveau relèvement de son plafond de production si les
cours du pétrole restaient supérieurs à 80 dollars
américains le baril pendant plus de 15 à 20 jours. Une idée
qui ne fait d’ailleurs pas l’unanimité au sein de
l’organisation. L’Iran, par exemple estime que « la
discussion selon laquelle l’Opep est un fournisseur et un
régulateur de prix et qu’elle peut donc faire l’objet de
pressions n’est pas acceptable », a déclaré le porte-parole
du gouvernement, Gholam Hossein Elham, d’autant plus que
seulement « 30 % du pétrole mondial provient de l’OPEP ».
Marwa
Hussein (avec agences)