Pakistan.
La date du 6 octobre a été finalement fixée pour organiser
les présidentielles. Un scrutin controversé auquel le
président Pervez Musharraf devrait se présenter en uniforme
de chef de l’armée malgré les objections de l’opposition.
Elections à hauts risques
Une déclaration a remué ciel et terre au Pakistan cette
semaine. La commission électorale a annoncé la tenue de
l’élection présidentielle le 6 octobre. A son tour, le
président Pervez Musharraf a annoncé sa candidature à un
nouveau mandat de cinq ans, en dépit de son impopularité
croissante et des recours déposés par l’opposition et des
avocats devant la Cour suprême pour contester la tenue du
scrutin.
En première réaction à sa déclaration, un millier de
manifestants, issus des différentes formations d’opposition
pakistanaise, se sont regroupés plusieurs jours de suite
cette semaine devant le siège de la Cour suprême, à
Islamabad, pour dénoncer cette déclaration. Conséquence, une
quinzaine de dirigeants de l’opposition ont été arrêtés pour
prévenir de nouvelles manifestations contre la décision de
Pervez. La plupart des personnes arrêtées appartiennent à la
Ligue musulmane du Pakistan (PML), parti de l’ancien premier
ministre Nawaz Sharif qui vit en exil et qui a été empêché
ce mois-ci de revenir au pays. L’alliance conservatrice
religieuse MMA a fait également l’objet d’arrestation.
Explication des autorités : « Nous avons arrêté 14 personnes
par mesure préventive. Elles avaient appelé à des
manifestations et nous avons craint que cela n’entraîne des
troubles à l’ordre public dans les prochains jours », a
déclaré un responsable qui a précisé que d’autres
arrestations devaient avoir lieu. Mais, le porte-parole de
la PML dont le président a été interpellé, Ehsan
Iqbal, a dénoncé la déclaration des autorités et a affirmé
que le gouvernement était pris de panique face aux menaces
des élus de l’opposition. Cet avis est partagé par plusieurs
partis de l’opposition qui ont accusé Musharraf de tenter «
d’écraser toute opposition ».
Or, l’opposition, mais aussi une part importante de la
société civile et de l’ordre judiciaire, revendiquent depuis
longtemps plusieurs demandes. D’abord, ils exigent que
Musharraf renonce à sa fonction de commandant en chef des
forces armées et qu’il se présente à l’élection en tant que
simple civil. Certains opposants refusent même qu’il puisse
briguer un nouveau mandat, même s’il démissionne de ses
fonctions militaires. « Musharraf en uniforme ou sans
uniforme est inacceptable. C’est anticonstitutionnel. Nous
allons faire échouer son élection », a déclaré Hafiz Hussain
Ahmed, chef de file d’une coalition de partis islamistes.
Musharraf, qui tire une grande partie de son pouvoir de sa
fonction de commandant des armées, a annoncé qu’il
démissionnerait de ses fonctions militaires s’il était élu
mais la plupart de l’opposition doutent de cette annonce.
D’autre part, tous les partis d’opposition ont déclaré
qu’ils boycotteraient l’élection de Musharraf qui se fait au
suffrage indirect. Ils ont aussi l’intention de démissionner
en bloc du Parlement national et des assemblées provinciales
le jour où Musharraf doit officiellement présenter sa
candidature le 29 septembre. Ce boycott n’empêchera pas la
tenue du scrutin mais le privera de sa légitimité. Le
scrutin se tiendra peu de temps avant la dissolution de ces
assemblées en vue des élections législatives. Plusieurs
leaders de l’opposition ont présenté des recours à la Cour
suprême, où ils exigent que la plus haute juridiction du
pays invalide la date fixée par la commission électorale,
réclamant que le futur président soit élu par les nouvelles
assemblées nationales et provinciales qui doivent être
renouvelées lors d’élections au suffrage universel fin 2007
ou début 2008, et non par les sortantes.
Ainsi, la balle est-elle placée dans le camp de la Cour
suprême. Cette dernière devrait rendre la semaine prochaine
sa décision concernant les divers recours disposés contre la
candidature de Musharraf et la tenue du scrutin la semaine
prochaine. Un jugement qui interdirait à Musharraf de se
présenter. Certains responsables ont laissé entendre que
Musharraf pourrait déclarer l’état d’urgence si la justice
l’empêchait de se présenter. D’autres évoquent une
dissolution du Parlement et la convocation de nouvelles
élections, même si dans ce cas, le président pakistanais ne
serait pas assuré de retrouver une majorité. A cet égard et
face à l’intention de l’opposition de boycotter le scrutin,
les avocats pakistanais ont annoncé lundi dernier leur
volonté de présenter l’un des leurs à la présidentielle,
l’ancien juge de la Cour suprême Wajih-udin Ahmad.
Depuis six mois, la tension s’aggrave de plus en plus dans
le pays. Et le pouvoir de Musharraf, issu d’un coup d’Etat
en douceur en octobre 1999, vacille. Il est ainsi confronté
à sa plus grave crise politique en huit ans de pouvoir. Il
tente de conclure un accord de partage de pouvoir avec
l’ancien premier ministre en exil Benazir Bhutto, qui exige,
en échange du soutien de son puissant parti aux législatives
prévues fin 2007 ou début 2008, le poste de premier
ministre, l’abandon des procédures la visant pour corruption
et l’abandon par Musharraf de sa casquette de chef des
armées, entre autres. Même si les négociations entre le
président Musharraf et Bhutto semblent piétiner, la première
et seule femme à avoir jamais dirigé la République islamique
du Pakistan avait annoncé son retour d’exil pour le 18
octobre. Date fixée avant l’annonce de la date des élections
.
Maha Salem