Iran.
Le bras de fer entre la République islamique et la
communauté internationale sur la question nucléaire entre
dans une phase décisive, les deux parties soufflant le chaud
et le froid.
Guerre psychologique
La
visite du président iranien Mahmoud Ahmadinejad à New York
pour participer à l’Assemblée générale de l’Onu, qui a
entamé ses travaux ce mardi, intervient à un moment critique
des relations entre la République islamique et la communauté
internationale. Si les Etats-Unis ont été tenus d’octroyer
un visa au président iranien, vu qu’ils sont tenus de le
faire avec tous les représentants des pays membres de l’Onu
participant à l’Assemblée générale, Ahmadinejad, l’une des
personnalités internationales suscitant le plus d’hostilité
aux Etats-Unis, n’est pas pour autant le bienvenu au pays de
l’Oncle Sam. Le président iranien a cherché à déposer une
gerbe sur le site du World Trade Center, détruit par les
attentats du 11 septembre. Demande rejetée et considérée
comme le comble de l’impudence par le président américain
George W. Bush. Comme en 2006, M. Ahmadinejad a offert à M.
Bush un débat public à l’Onu. La Maison Blanche a également
exclu cette éventualité. C’est tout juste donc si le
président de la République islamique peut s’exprimer à la
tribune de l’Assemblée générale de l’Onu.
Nombreux sont les observateurs qui estiment que le président
iranien ne fait que défier une fois de plus son adversaire
américain. Or, M. Ahmadinejad, fidèle à la politique
iranienne qui consiste toujours à souffler le chaud et le
froid, s’est gardé de se montrer trop agressif, tout en
faisant preuve de force et d’assurance. Alors que la visite
du président iranien intervient avec en arrière-plan une
escalade des tensions et fait craindre une nouvelle guerre,
M. Ahmadinejad s’est voulu quelque peu rassurant. « Il est
faux de penser que l’Iran et les Etats-Unis se dirigent vers
la guerre. Pourquoi dire cela ? Pourquoi devrions-nous
partir en guerre ? Il n’y a pas de guerre en vue », a dit M.
Ahmadinejad dimanche sur la chaîne de télévision américaine
CBS. « Dans les relations internationales aujourd’hui, la
bombe atomique ne sert à rien. Si elle était utile, elle
aurait évité la chute de l’Union soviétique, si elle avait
une quelconque utilité, elle aurait réglé le problème qu’ont
les Américains en Iraq. Le temps de la bombe est passé », a
affirmé le leader iranien dans cet entretien. Et d’ajouter :
« Vous devez comprendre que nous n’avons pas besoin d’une
bombe atomique (…). Notre programme est très transparent.
Nous sommes sous la supervision de l’Agence (internationale
de l’énergie atomique, AIEA). Tout est sur la table. Nous
n’avons rien à cacher : nos activités sont très pacifiques
».
Des déclarations qui ne risquent toutefois pas d’apaiser
l’Occident. L’Iran est visé par deux résolutions du Conseil
de sécurité de l’Onu lui imposant des sanctions pour son
refus de renoncer à ses activités nucléaires les plus
sensibles et George Bush pousse à de nouvelles mesures
punitives.
Cependant, si le président iranien a voulu écarter les
ambitions nucléaires de son pays, il a tout de même été
clair sur le fait que rien ne le ferait reculer. Ni la «
guerre psychologique » ni les sanctions économiques
n’arrêteraient « la marche de l’Iran vers le progrès »,
a-t-il prévenu avant son départ pour New York.
Dans le même temps, un autre dirigeant iranien, le général
Yahya Rahim Safavi, conseiller spécial militaire auprès du
guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei et ancien
chef des Gardiens de la révolution, une institution-clé de
l’armée iranienne, a averti dimanche les Etats-Unis contre
toute attaque de l’Iran, affirmant que les soldats
américains dans la région étaient à portée des canons
iraniens. L’ayatollah Khamenei a lui aussi lancé une mise en
garde contre toute attaque militaire, après des
avertissements similaires de chefs militaires iraniens.
Pour un renforcement des sanctions
Toute la question est de savoir si l’exaspération pourrait
pousser M. Bush à en finir avant le terme de sa présidence,
en janvier 2009. Car selon M. Bush, qui a fait de l’Iran
l’un des Etats de « l’axe du mal », le régime islamique arme
aussi les extrémistes chiites contre les soldats américains
en Iraq, en Afghanistan, il aide les Talibans, il soutient
le Hezbollah qui œuvre à la déstabilisation du gouvernement
libanais, il appuie les groupes anti-israéliens considérés
comme terroristes.
D’un autre côté, le vice-président américain Dick Cheney a
envisagé de provoquer des frappes militaires entre l’Iran et
Israël afin de donner un prétexte aux Etats-Unis pour
attaquer l’Iran, rapporte l’édition de lundi dernier de
l’hebdomadaire américain Newsweek. Selon Newsweek, ce sont
les départs successifs de néo-conservateurs de
l’Administration américaine au cours de ces deux dernières
années qui ont permis d’éviter la guerre. La dernière
allusion du côté américain à une intervention militaire
remonte au 16 septembre quand le secrétaire à la Défense,
Robert Gates, avait expliqué que « toutes les options »
étaient « sur la table ». Mais il a aussi expliqué que
Washington considérait que la diplomatie des sanctions
constituait « de loin la meilleure approche pour continuer
de gérer la menace iranienne ».
Il y a aussi la position de la France, qui a récemment connu
un réel changement. Le ministre français des Affaires
étrangères, Bernard Kouchner, vient ouvertement d’envisager
l’éventualité de l’affrontement armé en cas d’échec de la
diplomatie. Plus modéré, le président français Nicolas
Sarkozy a écarté l’option d’un recours à la force, insistant
sur un renforcement des sanctions. Dans une interview
accordée au New York Times, le président français a ainsi
déclaré : « Nous ne sommes pas condamnés aux deux extrêmes.
Ce n’est pas vrai qu’il n’y a aucune solution entre la
soumission et la guerre. Entre la soumission et la guerre,
il y a une palette de situations, de solutions qui existe,
comme le renforcement des sanctions qui finiront par
produire leurs effets ».
Abir
Taleb